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Publié par Mak

raoudha1

                                       Raoudha Bouazzi, enseignante-chercheuse et chroniqueuse Tunisienne

La démocratie et le tiers monde


La démocratie est le régime politique dans lequel le pouvoir est détenu ou contrôlé par le peuple c'est à dire principe de souveraineté, sans qu'il y ait de distinctions dues la naissance, la richesse, la compétence... principe d'égalité.

En règle générale, les démocraties sont indirectes ou représentatives, le pouvoir s'exerçant par l'intermédiaire de représentants désignés lors d'élections au suffrage universel.


Ce régime politique est-il juste et équitable pour le Tiers Monde ou c'est juste un jeu d'échecs contrôlés par les pays développés ?

L'Afrique ne souffre pas seulement de la mauvaise gestion de ses dirigeants prédateurs, beaucoup plus préoccupés par leur enrichissement personnel que par le sort de leur pays, elle est obligée d'endurer la rapacité de ses premiers responsables qui ont renié leurs serments. Autant dire que le pouvoir corrompt les hommes jusqu'à la moelle.


L'expression de " Tiers monde " est en soi, nous l'avons vu, une notion éminemment politique dans la mesure où elle fait référence au Tiers État. Constitué en entité politique autonome à l'égard des deux blocs durant la guerre froide, à mi chemin entre un illusoire non alignement et une hypothétique " troisième voie ", l'unité politique du tiers monde, aussi peu réelle fut-elle, a terminé de voler en éclats avec la fin du monde bipolaire. Ce qui est apparu à Francis Fukuyama être une fin de l'histoire, a également semblé signifier la victoire de la démocratie et la diffusion du modèle politique non seulement à l'Est, mais encore dans l'ensemble du tiers monde. La question de l'identité culturelle du Tiers monde se pose aujourd'hui sans grande unité, sinon autour de la notion centrale et structurante de démocratie, qu'il s'agisse pour les pays du Tiers monde de s'en prévaloir ou au contraire de dénoncer dans la diffusion inéxorable du modèle depuis la fin de la guerre froide, une forme moderne et inédite d'impérialisme. Les rapports du Tiers monde à la démocratie ont toujours été délicats et controversés, posant la question de l'universalité du modèle démocratique et de droits inaliénables qui s'y adjoignent.



Au plan international tout d'abord, les régimes non démocratiques ont perdu leur légitimité. Constitués, pour nombre d'entre eux comme des remparts contre la " gangrène communiste " (en Amérique latine particulièrement), les régimes autoritaires soutenus singulièrement par la CIA, n'ont plus vocation à survivre dans un monde devenu unipolaire et mondialisé. La chute des dictatures s'explique le plus souvent par l'environnement international qui exerce une pression sans relâche sur ces régimes. Ainsi, les démocratisations en Amérique latine ont été aidées par l'élection de J.Carter : la démocratie américaine, phare de la liberté, se devait de privilégier la défense des droits de l'Homme partout où ils étaient menacés. J.Carter a ainsi appuyé la " troisième force " en Amérique latine, c'est-à-dire les mouvements modérés. Les effets n'ont pas tardé à se faire sentir : en 1979-1980 la chute de Samoza, l'avènement du gouvernement sandiniste au Nicaragua, le putsch pro démocratique au Salvador permettent d'entamer la transition démocratique. Dans la même logique, François Mitterrand appelait en Juin 1990 à la Baule les pays africains à se démocratiser s'ils voulaient bénéficier de l'aide française. Cette conditionnalité de l'aide a entraîné des progrès incontestables, même s'ils ne représentent pas la majorité des cas. Les conférences nationales se sont multipliées, ainsi que les élections. L'environnement international a donc pesé de manière considérable sur les processus de démocratisation, par la médiation des démocraties traditionnelles avec les pays proches géographiquement, culturellement, ou encore avec lesquels elles ont des liens historiques forts.

Cette diplomatie de l'ingérence a été rendue possible par la fin de la guerre froide qui a renforcé cette aspiration à ce que soient respectés les droits de l'Homme, cette volonté de ne plus se résigner aux violations des droits fondamentaux au nom de la souveraineté des Etats (cf. Monique Chemillier-Gendreau, Humanité et Souveraineté). De plus en plus, des voix se sont élevées pour récuser un ordre international dont la stabilité se ferait au dépens de la démocratie. La raison d'Etat et ses multiples variantes, en particulier l'impératif de développement ne justifie plus les entorses aux principes de démocratie, qui deviennent une des composantes des relations interétatiques. Partout on assiste à une volonté de promotion de la démocratie : à cet égard on peut citer la politique de " linkage " menée par les Etats-Unis vis-à -vis de la Chine, du moins jusqu'en 1994, et qui liait les accords commerciaux à la progression des droits de l'Homme. Démocratie et droits de l'Homme sont devenus l'objet d'un débat mondial et non plus seulement occidental. Des textes fondateurs, certains à vocation universelle (Charte des Nations-Unies, Déclaration Universelle des droits de l'Homme, pacte relatif aux droits civils et politiques, pacte relatif aux droits économiques, sociaux, culturels), d'autres à vocation régionale (Convention Européenne des droits de l'Homme, Charte Africaine des droits de l'Homme) s'imposent aux cultures particulières. A cet égard, le ralliement soviétique à la vision occidentale des droits de l'homme, celui de l'Amérique latine et de l'Afrique dans leur majorité à Vienne constitue un progrès incontestable pour le développement de la démocratie.

La réussite des démocraties de l'Ouest a d'autre part fourni un argument extrêmement fort à la cause de la démocratie : le modèle démocratique exerce dans le monde entier un impérialisme mystique. À bien des égards, la mondialisation implique la diffusion d'un modèle culturel unique dont la démocratie est l'aspect politique. Le décloisonnement du monde et la propagation du modèle, associé au niveau de vie occidental, a renforcé cette fascination. On assiste à une radicalisation de la modernité : l'extension de la démocratie devient possible là où elle ne semblait pas auparavant concevable.


D'autre part, des facteurs internes, liés à la diffusion de l'information ont joué en faveur de l'expansion de la démocratie.


En ce qui concerne les dictatures, l'usure du pouvoir et le mécontentement des populations ont créé les conditions de l'aspiration à plus de liberté et d'égalité.

L'impossibilité d'exprimer ce mécontentement par la sanction des urnes a été un facteur déterminant dans la revendication du changement.

 L'Afrique du Sud est, à cet égard, un bon exemple de démocratisation.

L'existence de minorités opprimées, la fragmentation des sociétés, en particulier celles du Tiers-Monde peut fournir un atout pour la démocratisation : ainsi l'avocat des droits de l'Homme Bernard Muna estime qu'un pays comme le Cameroun, peuplé de deux cents ethnies aux langues différentes, avec deux élites, une francophone et une anglophone, qui se divise entre islam, catholicisme, protestantisme, animisme et syncrétisme se trouve contraint par la force au pluralisme démocratique. De même la démocratie indienne offre vraisemblablement l'unique formule capable de canaliser la menace des divisions entre castes, d'amortir dans la mesure du possible les antagonismes religieux, de surmonter les problèmes ethniques ou régionaux.


Ces mouvements de fond ouvrent la possibilité de nouvelles avancées démocratiques, et permettent d'espérer que la " troisième vague " d'expansion de la démocratie n'est pas terminée.


Ecrit par: La tunisienne Raoudha Bouazzi= La seule partenaire arabe de Microsoft.