Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

debykhartoumA l’annonce des rencontres entre le Gouvernement tchadien et les « rebelles » ou « mercenaires » selon l’endroit où l’on se trouve, j’ai été frappé par la composition de la délégation de N’Djaména et par l’organisation des rebelles, venus en deux « portions ».

Ça m’a paru incongru que le gouvernement envoie pour négocier avec les rebelles un pourfendeur patenté de cette même rébellion : Ahmat Mahamat Bâchir. Il est connu de tous comme le plus virulent des collaborateurs du Chef de l’Etat. Selon moi, la présence d’Ahmat Mahamat Bâchir est une façon pour le gouvernement de tendre un bâton à la place de la carotte. Cela est le signe du peu de considération que N’Djaména accorde à ces Tchadiens qui ont pris les armes contre le régime central. C’est du mépris. En face, les rebelles, incapables de s’organiser, ont envoyé deux délégations : l’UFR et la CORENA (une nouvelle venue dans cette forêt de terminologies). En réalité, comme l’a si bien compris le négociateur en chef gouvernemental, il y a d’un côté Timan Erdimi et de l’autre Mahamat Nouri. Les deux vrais patrons de ces mouvances. En fait, Nouri vient de trouver son Hadjaraï en Djibrine Assali comme Habré avec Miskine et Déby avec Moldom. Ne dit-on pas qu’il n’y a pas deux sans trois ?

Ce mépris gouvernemental est confirmé par les propos tenu par le Chef de l’Etat pendant son séjour parisien. En refusant d’accorder plus d’attention à la revendication de ses compatriotes en armes, Idriss Déby insinue qu’ils ne sont pas dignes d’attention de la part de son gouvernement. Le Président de la République, de plus en plus rassuré, estime qu’il n’a pas « d'argent à distribuer, ni de postes à distribuer, ni quoi que ce soit, ces gens sont partis à l'aventure sans un but ou objectif politique précis ». Euh oui, c’est ça le mépris. Mais en réalité, a-t-il tort ce Déby Itno ?

J’ai dirais oui, il a tort ! Parce que cette posture n’avantage pas les Tchadiens qui veulent d’une paix réelle. Une paix définitive et durable. Donc en tant que Chef d’Etat, il peut aller au-delà des considérations partisanes. Qu’il écoute sa raison au lieu de se laisser emporter par son cœur. Les grands hommes sont ceux qui s’élèvent face à l’adversité.

Mais, comme il l’a souligné à plusieurs reprises, Idriss Déby Itno  connait tous ces hommes qui se disent opposants tant civils que militaires. Il sait aussi très bien que les considérations qui ont poussé chacun d’eux dans la rébellion ou dans l’opposition sont beaucoup plus d’ordre matériel qu’idéologique. Je vous invite à lire le livre d’Ali Abdel-Rahmane Haggar, « Et demain le Tchad… Verbatim. Deux ans au cœur du pouvoir » pour comprendre à quel niveau tous ces hommes sont impliqués dans le désastre que vit actuellement notre pays.

De 1990 jusqu’en 2001, le président Déby s’est appuyé sur deux partis politiques essentiellement (le MPS et le PLD) pour asseoir son régime. Avec Ibni Oumar Mahamat Saleh, Mahamat Ahmat Alhabo, Mahamat Saleh Annadif, (tous originaires du Ouaddaï géographique comme par hasard) et leurs innombrables camarades « intellectuels » (Laoukoura? ), le PLD était le principal pourvoyeur de Déby en « technocrates ». L’URD de Kamougué, l’AND de Salibou, l’UNDR de Kebzabo, le RDP de Lol, l’UDR d’Alingué, le Viva RNDP de Kassiré, le RNDT le Réveil de Pahimi pour ne citer que ceux-là ont été « utilisés » à tour de rôle parfois simultanément pour consolider les fondements du pouvoir d’Idriss Déby Itno.

Pour ce qui est des chefs rebelles, il va s’en dire que Déby Itno a été longtemps confondu aux frères Erdimi qui étaient des vrais Raspoutine du palais rose. Faisant et défaisant les alliances, ils avaient entre leurs mains le destin de plusieurs cadres universitaro-technocrates qui étaient « utilisés » par Déby. Mahamat Nouri lui était le garant de la loyauté des Goranes  au président de la République. De cette posture, il en a tiré plusieurs avantages. Abakar Tollimi a été et reste toujours un proche de Déby. En vérité, je ne saurais dire pourquoi il est parti en rébellion. Si Djibrine Assali est le seul à se targuer d’une réelle indépendance vis-à-vis du Chef de l’Etat, il n’a ni les armes ni les hommes nécessaires pour en faire un chef à la dimension de ces trois derniers. Encore que lui aussi n’a pris les armes qu’à la suite des harcèlements des agents des renseignements qui voulaient l’impliquer dans l’affaire du djihadisme de Kouno. Pour les autres, ils ne représentent pas grand choses tant ils sont des véritables inconnus de la classe politique nationale et leur cause ne mobilise pas au-delà de leur sphère familiale.

Ces hommes qui se sont brouillés avec le Président de la République à un moment donné pour des raisons (presque toujours) personnelles, croient pouvoir mobiliser autour de leur personne les Tchadiens qui souffrent d’un réel manque de gouvernance. Comme chacun d’eux a une idée bassement égocentrique, ils n’arrivent plus à s’entendre entre eux. Leur lutte personnelle a pris le pas et la place des véritables questions d’enjeux nationaux. Acheikh Ibn Oumar dont on perçoit l’amertume l’a reconnu dans une interview. Aujourd’hui, aucune de ces forces soit disant politico-militaire ne pourra présenter un programme politique cohérent. Parce qu’elles n’y avaient jamais songé.

Pendant que le pays sombrait doucement mais surement vers la gabegie, la corruption, le clientélisme, le clanisme, la médiocrité, etc., ceux-là qui étaient encore des proches collaborateurs d’Idriss Déby Itno n’ont jamais fait entendre leur voix. Pire, ils en ont profité. Personne d’entre eux n’a eu le courage de ce professeur Avockssouma Djona qui a démissionné à deux reprises du gouvernement parce qu’il avait été bloqué dans l’exercice de ses fonctions.

Je crois que la seule résistance qui vaille contre le système en place est le boycott actif. Si toutes les personnes appelées à travailler avec Idriss Déby démissionnaient dès qu’elles se sentaient dans l’impossibilité d’accomplir leurs missions dans la règle de l’art, le Tchad n’en sera pas là.

Face à des adversaires qui ne pensent qu’à leurs intérêts bassement matériels, Idriss Déby et ses lieutenants ne peuvent qu’éprouver du mépris. Un mépris justifié par ceux-là même à qui il s’adresse.

Il n’est pas digne de collaborer pendant des années avec une personne sans lui reprocher quoi que ça soit et prendre les armes pour tuer des enfants innocents dès que l’on sent que ses intérêts sont menacés. Aujourd’hui, les Tchadiens blasés, méprisent tous ces politico-militaro-rébello-mercenaires tout autant que les « politicards aux petits pieds » qui se font passer pour des présidents de partis politiques. Il est grand temps de procéder au renouvellement de la classe politique nationale. Sinon, le nombre des abstentions aux consultations électorales ira crescendo. Et pour Déby aussi, le vrai interlocuteur, c’est prouvé, ne sera personne d’autre que le Soudan d’Omar El Bechir. Véritable parrain (pourvoyeur d’armes, de munitions, d’équipements, de la logistique, de bases arrières…) qui a obligé tout le monde à accepter le leadership de Timan Erdimi et qui contraint aujourd’hui tout ce beau monde à s’asseoir sur une même table avec leur pire ennemie, Ahmat Mahamat Bachir.

Déby n’a-t-il pas raison de parler de « mercenaires » ? 

 

Abdelnasser Garboa

 

nassirgarboa@yahoo.fr