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Publié par Mak

maktchadenligne 

L’inhumaine injustice faite à Nguebla Makaïla

Persécution d’une grande voix de la démocratie et l’État de Droit

 

 

Par Abdelaziz RIZIKI MOHAMED

Docteur d’État en Science politique

Écrivain comorien

Animateur du site www.lemohelien.com

                                                             Corbeil-Essonnes, France

 

 

   «On résiste à l’invasion des armes, on ne résiste pas à l’invasion des idées». Ce mot fort pertinent est de Victor Hugo (1802-1885). Il résume bien la situation de Nguebla Makaïla, un homme qui a choisi de se battre avec comme seule arme les idées, qu’il agite fort bien, qu’il expose avec la clarté du cristal, qu’il défend avec le courage de celui qui est soutenu dans un combat que beaucoup de gens savent juste, le combat pour la démocratie et l’État de Droit au Tchad et ailleurs.

 

   Nguebla Makaïla est Tchadien. Il est né le 12 décembre 1970 à Ndjamena au Tchad. Il a étudié l’Administration commerciale et le Marketing à l’Institut Tuniso-canadien de Gammarth, relevant du Ministère de l’enseignement Professionnel et technologique  en Tunisie.. Il y a obtenu son diplôme de licence professionnelle en Administration commerciale. C’est un ami. Dans la pure tradition africaine, c’est un frère car je l’ai accepté comme tel et il m’a accepté comme tel. Convaincu de l’utilité de l’Éducation et de la culture, il a quitté son Tchad natal pour étudier en Tunisie, aux temps du dictateur Zine El Abidine Ben Ali. En Tunisie, il s’est rapidement signalé à l’attention des autorités tchadiennes par ses prises de position en faveur de la liberté, de la démocratie et de l’État de Droit. Que pouvait attendre un militant de la stature de «Mak» d’un Zine El Abidine Ben Ali que l’écrivain français Gilles Perrault a accusé de «médiocrité lugubre d’un voyou de sous-préfecture»? Rien de bon, et c’est ainsi que, cédant aux caprices liberticides et aux lubies antidémocratiques des autorités tchadiennes, la Tunisie de l’ancien dictateur expulsa le militant Nguebla Makaïla vers le Sénégal, un pays naguère présenté comme la «vitrine démocratique de l’Afrique» et pas seulement de l’Afrique Noire. C’était en 2005.

 

   Le 10 mai 2005, mon frère Nguebla Makaïla a atterri au Sénégal, naguère terre d’asile, terre réputée pour sa longue tradition de tolérance, d’accueil et d’hospitalité. «Mak» ne pouvait trouver meilleure terre d’accueil. Du moins, c’est ce qu’il croyait. Ce que je n’ai pas encore dit, c’est que «Mak» est l’animateur du «Blog de Makaïla», un espace d’échanges et d’information parmi les plus fréquentés d’Afrique (plus de 4000 visiteurs par jour), sur lequel chacun peut s’exprimer comme il l’entend, même si certains peuvent y exprimer des idées racistes, ethnicistes, claniques, liberticides contre de communautés religieuses et insulter Nguebla Makaïla. Ce qui constitue une dangereuse dérive, un détournement inacceptable de l’objet de ce merveilleux forum d’échanges d’idées. Ce qui fait le charme du «Blog de Makaïla», c’est qu’il traite de l’information, en dehors du Tchad. C’est un blog gagné par l’internationalisme informationnel.

 

   Nguebla Makaïla ne peut pas vivre au Tchad, son pays natal, qu’il aime tant. Au Sénégal, il participe à la vie associative, anime l’émission «Le Banc des Réfugiés» sur la Radio communautaire Manooré, à Dakar. Militant des droits de l’Homme au sein de la RADDHO, il jouit de la confiance et de l’appréciation positive de M. Alioune Tine, le célèbre Président de la célèbre organisation. S’il fallait une seule preuve sur son honorabilité et sa moralité, celle-ci suffirait. Et, le Collectif de la Communauté tunisienne en Europe et la Section de la Ligue des Droits de l’Homme à Villefranche-sur-Saône se portent, elles aussi, garantes de la moralité et de l’intégrité de «Mak».

 

   Nguebla Makaïla a cependant un problème, et il est de taille: il n’a pas de passeport. Oui, il est privé de passeport, comme s’il était un homme sans patrie, un apatride. Sans qu’on ne le lui dise de manière explicite, le Tchad veut faire de lui un apatride. Or, l’article 15 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme nous apprend que «1.- Tout individu a droit à une nationalité. 2.- Nul ne peut être arbitrairement privé de sa nationalité, ni du droit de changer de nationalité». Par conséquent, malgré son immense talent et son humanité, Nguebla Makaïla ne peut ni voyager, ni travailler légalement, ni aller à l’hôpital, ni ouvrir un compte bancaire. C’est comme si on essayait de lui refuser toute humanité.

 

   En 2005, il a introduit une requête en première instance auprès de la Commission nationale d’Éligibilité à dessein d’obtenir le statut de réfugié politique. Or, ce statut de réfugié lui a malheureusement été refusé en novembre 2005 par la République du Sénégal, qui abrite Hissène Habré, l’ancien dictateur du Tchad, coupable de milliers d’assassinats et d’immenses détournements de fonds, mais qu’elle refuse de juger et d’extrader. Sans perdre son courage, «Mak» a ensuite effectué un recours en appel en 2008 qui, fort malheureusement n’a fait que confirmer la première décision. Dans cette affaire nageant dans le flou, l’absence de motivation claire et détaillée l’a empêché de saisir les autorités compétentes pour examiner à nouveau sa situation personnelle. En recours gracieux, Nguebla Makaïla a sollicité, en mai 2011, l’arbitrage de M. Abdoulaye Wade, alors Président de la République du Sénégal, pour l’obtention d’une carte nationale d’identité. Cette dernière lui a été refusée. Ce qui est curieux dans la lettre de l’ancien chef de l’État sénégalais, c’est qu’elle conseillait à «Mak» de saisir la Commission nationale d’Éligibilité pour demander le statut de réfugié politique ou la naturalisation. Ce que «Mak» avait fait, essuyant le refus initialement signalé. Situation kafkaïenne.

 

   Que faire alors? L’ONG Reporters Sans Frontières a pris fait et cause pour Nguebla Makaïla, en saisissant notamment le Président Macky Sall. Mais, depuis la lettre du 7 mai 2012, «Mak» attend. Il vit entre frustrations et espoir. J’ai dit à mon frère Nguebla Makaïla: «Moi, au moins, j’ai un passeport, et même si depuis septembre 1992, je ne suis pas allé chez moi aux Comores, je peux aller ailleurs, car les autorités comoriennes ont peur de certains scandales, dont celui de refuser le passeport comorien à un Comorien». En pensant aux malheurs de «Mak», je revis les miens car, depuis mars 2011, je fais l’objet d’un acharnement judiciaire de la part d’un ex-ministre comorien, qui m’accuse de «diffamation». Il ne peut pas faire plus, car la France n’est pas la Tunisie de Zine El Abidine Ben Ali. C’est de l’intimidation. Les frais d’avocats m’ont garroté, mais je reste débout. Dignement.

 

   Si les autorités tchadiennes ont quelque chose de précis à reprocher à «Mak», pourquoi ne portent-elles pas plainte contre lui? Par le passé, les Présidents Idriss Deby Itno du Tchad, Omar Bongo Ondimba du Gabon et Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville avaient porté plainte contre l’écrivain français François-Xavier Verschave et son éditeur Laurent Beccaria (Les Arènes), en France. Les 3 chefs d’État avaient perdu le procès, comme on peut le constater à la lumière du jugement rendu le 25 avril 2001 sur les affaires 0019304155 et 0021003645. Pourquoi donc le Tchad ne porte-t-il pas plainte contre «Mak», s’il a quelque chose de précis à lui reprocher, au lieu de s’acharner contre lui, dans des conditions qui ne le grandiront jamais?

 

   Pour ma part, je joins ma voix à celle de tous ceux qui défendent Nguebla Makaïla, qui m’honore de sa belle amitié. Un jour, quelqu’un, quelque part, se rendra compte de la nature absurde de la situation et réagira dans le sens des droits de l’être humain qu’est Nguebla Makaïla.