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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

malideby

 

Si je vous disais qu’au Tchad, la particularité des forces armées et de sécurité, c’est qu'elles sont politisées et sont loin de répondre aux critères d’une force républicaine, vous me diriez que ce n'est pas une exception et que c’est le cas de beaucoup de pays africains, comme le Cameroun.

 

Néanmoins la politisation des forces armées et de sécurité au Tchad a quelque chose d’unique, une sorte de particularité dans la particularité.

 

Il est vrai que dans les autres pays aussi, on trouve les mêmes maladies telles que la corruption, l’instrumentalisation par le pouvoir politique, les violations des droits de l’homme à travers la torture et les rackets. Cependant au Cameroun ou ailleurs, la forme est respectée : le passage obligatoire par les écoles d’officiers et de sous-officiers, le respect de la hiérarchie, la gestion des carrières par des systèmes réguliers d’avancement, la tenue de fichiers individuels, un minimum de technicité dans la gestion des soldes, des matériels et des transmissions, l’existence de corps d’armes bien marqués, la délimitation des compétences entre l’armée, la police et la gendarmerie, des méthodes de recrutements par concours ou par sélection sur une base nationale, etc.

 

Au Tchad, rien de tel : les forces armées et de sécurité sont un amalgame hétéroclite de soldats et officiers de carrière, d’anciens maquisards, de rebelles soudanais, d’ex-"libérateurs" centrafricains, de civils en chômage, d’anciens coupeurs de routes, de miliciens villageois, etc.

 

La Douane, la Police, la Garde nationale et Nomade, les rébellions soudanaises du Darfour, tchadiennes et centrafricaines, le grand banditisme armé, les groupes de braconniers transfrontaliers… tout ce beau monde constitue une nébuleuse unique, sans délimitation précise, le même individu pouvant passer d’un ensemble à un autre, suivant les bénéfices personnels attendus par tel choix et tel autre.

 

Pour tenir le tout et éviter que cette confusion ne provoque une anarchie totalement incontrôlable, le régime n’a d’autre choix que de confier les postes-clés et les matériels sensibles à des individus qui appartiennent au clan du président, sans tenir compte de leur qualification ou expérience, auxquels s’ajoutent quelques petits chefs de guerre issus d’autres groupes, chacun devant gérer non pas des unités organisées, mais un réseau de parents, de fidèles ou de clients, pouvant être mobilisés pour les opérations de répression ou de contre-insurrection.

 

La mobilisation pour ces opérations, donne lieu à de rudes marchandages avec ces chefs de réseaux qui exigent, non seulement des moyens financiers et matériels pour eux-mêmes et leurs hommes, mais aussi des grades fantaisistes, des investissements dans leur région, ainsi que des postes dans l’administration, les ambassades, les « projets » etc. pour leurs « parents intellectuels » , la création de nouveaux cantons ou sous-préfectures pour leur communauté d’origine, le règlement de diyas anciennes, etc.

 

A part certaines unités de la gendarmerie qui avaient été directement formées et équipées par la France, il est souvent difficile pour les voyageurs qui tombent sur des individus armés, de savoir de quel corps ou de quelle unité ils relèvent, et même s’ils sont Tchadiens ou Soudanais, gouvernementaux, rebelles, miliciens, ou coupeurs de route.

 

Le seul critère est linguistique, dans la mesure où l’accent permet souvent de deviner l’origine ethnique ou la nationalité de ces personnages, et savoir si on affaire à des individus appartenant à des clans dits supérieurs, moyens ou inférieurs, suivant une hiérarchisation subtile que la population est obligée d'assimiler, pour des nécessités de survie. Le niveau de marchandage pour le racket s'opérant suivant cette hiérarchie.

 

Au début des années 90, cette situation était compréhensible, mais après vingt ans de règne sans partage, les Tchadiens sont arrivés à la conclusion que cette situation ubuesque, n’est pas un héritage du passé du pays, mais une stratégie délibérée.

 

 

 


Abdelkérim Choukou