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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

forces mixtes

L'arbitraire s'intensifie au Tchad avec les évictions forcées


Issa Souleymane


Le règne de l’arbitraire s’intensifie avec les évictions forcées

L’arbitraire au Tchad est érigé sous forme de Gouvernement. Les évictions forcées commencées en 2008 reprennent de plus bel en 2012. Les habitants du carré 5 du Quartier Sabangali longeant la route de la Corniche, située au bord du fleuve Chari font maintenant l’objet de menace d’éviction forcée. En 2008, c’étaient les habitants du quartier Sara de Gaule qui avaient été dépossédés par la Mairie de leurs maisons situées également au bord du Chari, sans aucun dédommagement, ni relogement. En effet, il s’agit d’une éviction forcée malgré le fait que le Maire d’antan était venu en personne donner l’ordre pour qu’on les recense afin qu’on les dédommage et les reloge. Rien de tout cela n’a été fait jusqu’aujourd’hui. Environ 500 personnes vivaient dans ce quartier.

A la place de ce quartier, un certain Américano-iranien est entrain d’ériger un complexe hôtelier dénommé « Sabangali resort ». Entre temps, certains d’entre eux ont pu trouver refuge dans le quartier voisin, c’est-à-dire Sabangali, précisément dans le Carré 5, connu sous le nom de Hillé Haoussa, qui signifie village des Haoussa, où ils ont pu construire leurs maisons. Le nom du quartier même, à savoir Sabangali signifie en langue haoussa « la nouvelle ville fortifiée ». C’est un quartier où les premiers immigrés Haoussa du Nigeria et du Niger étaient venus habiter avec les autochtones, en majorité des pêcheurs. Avec le temps d’autres Tchadiens sont venus y habiter aussi.

La même société immobilière qui avait dépossédé les habitants du quartier Sara De Gaule en 2008 veut encore chasser les habitants du Carré 5 du quartier Sabangali. Comme d’habitude, son propriétaire passa par le truchement de la Mairie pour acquérir le quartier. Il importe de signaler que dans ce Carré il y a une école communautaire bâtie par les efforts des habitants du quartier et reconnue ensuite par l’Etat tchadien. Il existe également une mosquée qui a été construite par une ONG koweitienne pour le bénéfice des habitants de ce quartier. La Mairie usa également de la même astuce qu’en 2008 : une forte commission composée de plusieurs ministères, notamment de l’Intérieur, de la Sécurité Publique, des Affaires foncières, de la Mairie, etc. auxquels se sont joints deux personnes du quartier sur l’insistance des habitants, fit une descente impressionnante sur le quartier le 8 novembre 2011 avec pour mission de recenser les habitants du q uartier.

La seule différence cette fois-ci est que les membres de la commission ont clairement fait savoir aux habitants du carré qu’il n’en sera pas comme en 2008. Ils ont même pris le soin de préciser que les habitants seront d’abord dédommagés et relogés avant qu’on ne leur demande de quitter les lieux. Ainsi, les concessions, les chambres, les personnes habitant dans ces concessions et les arbres fruitiers furent recensés. La population n’attendait plus que le jour où elle sera désintéressée. Malheureusement tout se passa exactement comme en 2008. Il faut être natif pour croire l’Etat tchadien.

Car le jeudi 12 janvier 2012 à 13 heures 30, la Mairie envoya ses gardes municipaux audit Carré. Ces derniers vinrent munis de pots de peinture, se mirent aussitôt à cocher les maisons d’une croix blanche de manière zélée et arrogante, avec un message verbal des plus troublant : les Bulldozers viendront demain casser vos maisons ! Dieu merci la population a gardé son calme et les voyait faire leur travail. Peu de temps après, les responsables des ministères précités firent leur apparition au quartier, apparemment pour voir si leurs ordres ont été exécutés. Quelques habitants vinrent vers eux ; ils s’entendirent dire qu’elles aussi ont reçu des ordres venant d’en haut. Des ministres qui ne réfléchissent même pas, qui ne savent même pas parler à la population. Quand ils parlent c’est pour dire des âneries. Alors, un seul habitant du quartier leur donna d’une manière posée une véritable leçon de civisme dont je vous épargne les propos. L es habitants du quartier leur firent également savoir de la manière la plus claire possible qu’il est hors de question de quitter leurs maisons tant qu’ils n’ont pas été dédommagés et relogés comme la commission les arassurés.

Cette leçon semble avoir été comprise car le pire a été évité, du moins pour le moment. Peut-être le calme avant la tempête, car nos autorités ne répondent qu’à leur instinct de violence. Mais la violence n’engendre que la violence. Même si dans un premier temps la colère est contenue, elle s’explosera certainement quand l’occasion se présentera. Ainsi se perpétue l’injustice sociale au Tchad. Toutefois cette manière de vouloir précipiter les choses montre un désarroi certain des autorités ministérielles ou municipales. Elle semble indiquer de toute évidence que l’argent destiné à dédommager les habitants de ce carré a été débloqué et puis purement et simplement dévoyé.

L’agitation bizarre de ces autorités vise un seul objectif, celui de « blanchir » cet argent en faisant pression sur les habitants qui, pris de peur évacueront précipitamment les lieux et elles pourront alors prouver d’avoir exécuté les ordres « venus d’en haut ». Mal leur en pris, car les habitants du carré n’entendaient pas de cette oreille. Ils réclament tout simplement leurs droits. Est-ce que c’est un crime de réclamer son droit ? Après tout ce sont leurs propres maisons. Ils les ont construites avec leurs propres moyens et non pas avec de l’argent dilapidé comme ces autorités ont bâti leurs villas cossues ! C’est l’argent du peuple à qui ces autorités auront des comptes à rendre un jour.

L’histoire ancienne et même l’histoire récente nous enseignent que c’est le peuple qui a toujours le dernier mot. Nous n’avons pas besoin d’aller plus loin pour tirer ces leçons. Ces leçons se passent dans nos propres frontières, tout près de notre pays. Quand le vase va déborder il s’explosera avec certitude.


Il importe de rappeler qu’une infime partie seulement de la ville de N’Djamena a été urbanisée et tout récemment. Généralement les populations s’installent dans une zone et l’Etat la restructure par la suite. Les premiers quartiers ne répondent à aucune norme urbaine : Djambal Bahr, Farcha, Gardolé, Mardjan-Daffack, Arbout-Soulback, Bololo, Kilepmat, Bulabilin, Ridina, Djambal Ngato, Sabangali, Kabalaye, Ardebdjoumal, Paris-Congo etc. Si l’Etat veut viabiliser une zone, il doit nécessairement dédommager les habitants de cette zone comme le stipule la constitution tchadienne et non pas utiliser des pratiques mafieuse.

Personne n’est nullement contre la modernisation de sa ville. On doit d’ailleurs s’en féliciter d’ailleurs que l’Etat s’atèle à cette tâche. Mais cela doit se faire de manière planifiée et non pas en désordre. Ce qui se fait de nos jours au Tchad n’est qu’un saupoudrage dont le seul but est de détourné l’argent du peuple. A-t-on réellement besoin d’un autre aéroport ? L’actuel répond à toutes les normes aéroportuaires. Cette modernisation doit surtout se faire dans le respect des citoyens, car après tout c’est pour eux qu’on veut améliorer la ville et non pas contre eux. En définitive c’est eux qui se sentiront fiers d’avoir une ville moderne où il fait bon vivre.

Des exemples foisonnent pour montrer qu’on peut moderniser sa ville le plus humainement du monde mais non pas de manière mafieuse comme cela se fait au Tchad. Un seul exemple suffit. Pour construire le Bureau Politique National (BPN) abritant présentement le ministère des Affaires Etrangères, le premier Président du Tchad, Monsieur Ngarta Tombalbaye avait d’abord dédommagé les habitants du quartier Gardolé, ensuite il les a relogés en leur attribuant des lots, puis il leur a donné un délai humainement respectable. Il leur avait même affrété des véhicules pour les aider à déménager. Cela a pu être fait à un moment où le Tchad n’était pas aussi riche qu’aujourd’hui. Pourquoi cela n’est-il pas faisable de nos jours ? Pourquoi vouloir à tout prix vouloir cultiver cette culture de violence qui ne plongera le Tchad que dans la tourmente.

Une situation similaire s’était produite en novembre 2011 à Bangkok en Thaïlande où des populations riveraines avaient été menacées d’éviction forcée par une société immobilière appartenant à la femme de l’ancien Premier Ministre thaïlandais. L’ONU, par le biais du PNUD était vigoureusement intervenue en faveur de ces populations pour exhorter le gouvernement thaïlandais de trouver une solution humaine à ses populations, sinon l’aide au développement sera suspendue. Le Gouvernement thaïlandais avait obtempéré. Il est regrettable de constater que les Nations-Unies se transforment en véritables voyeurs au Tchad.

Issa Souleymane