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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Si l’alternance politique est la seule alternative de sortie du sous développement des Etats africains pour les 50 prochaines années ?

Par Daniel Hongramngaye

hongramngaye@yahoo.fr

Dans la célébration des cinquantenaires des indépendances des Etats africains francophones, le temps du bilan semble sonné. Je ne suis pas de ceux qui pensent que les maux africains sont exclusivement d’origine étrangère. Le temps de « la faute, c’est l’autre » est terminé et tout africain soucieux du développement de l’Afrique doit se remettre en cause et faire une analyse objective des sources de blocages politiques, culturels et économiques.

Parmi ces facteurs de blocage, j’en vois un non des moindres : le refus d’alternance politique.

Pour étayer ce facteur, permettez que je vous conduise dans un exercice de comparaison des Etats francophones africains qui ont connu d’alternance et ceux qui sont allergiques au changement. La comparaison n’est pas raison mais  admettons qu’aucun résultat ne soit fortuit dans cette vie.

Ainsi donc, prenons le temps de visiter quelques villes d’Afrique de l’Ouest pour nous rendre compte des avantages de l’alternance et des inconvénients de son absence. Ce voyage nous amène dans 2 lots de ville ouest africaine qui sont d’un côté Abidjan et Bamako et de l’autre Lomé et Cotonou. Tout lecteur comprendra bien pourquoi toutes ces villes sont de l’Afrique de l’Ouest. En effet, j’ai cherché un pays d’Afrique centrale où il y a alternance démocratique pour question d’équilibrisme mais je n’ai pas trouvé. Même pas un seul. C’est vraiment dommage.

Dans le premier exemple composé des villes d’Abidjan et Bamako, une simple visite dans ces villes révèle soit les bienfaits de l’alternance, soit les méfaits de son absence.

Abidjan est dans un état de vétusté avancé. Cette ville longtemps admirée n’est que l’ombre d’une ville moderne et dynamique. Les rues et autres infrastructures crées magnifiquement par le vieux « Houphouët » sont en déliquescence avancée et c’est une ville en ruine qu’on a visitée en ce mois de mai 2010.

La faute est certainement l’absence d’une alternance. Gbagbo a fait 10 ans au pouvoir dont 5 par prolongation. Il n’est pas prêt à quitter. Pendant que son entourage constitué des « anciens profs » s’enrichit de manière extravagante, l’écrasante majorité de la population croupit dans la pauvreté. Le chômage atteint des taux humainement inadmissibles. Un ami qui a un bac +5 me disait qu’il travaille depuis 2 ans dans un service de marketing contre une rémunération mensuelle de 25 000 FCFA c'est-à-dire 800 FCFA par jour (un peu plus d’un euro). Pour ne pas rester à la maison, il est obligé d’accepter ce traitement ridicule.

L’ivoirité à l’origine des rebellions armées n’est pas entièrement exorcisée et je crains fort que la descente aux enfers de Abidjan se poursuive malgré les dates des élections fixée pour la nième fois au 31 octobre 2010.

 Un mur en abandon au quartier chic du rivera 2 à Abidjan

MUR.jpg

Comparativement à Abidjan, Bamako de ATT présente un autre visage. Tous ceux qui ont visité Bamako au début des années 2000  reconnaitront difficilement Bamako en 2010. C’est une ville en pleine transformation : des rues bitumées poussent en dizaine, voir centaines, des échangeurs se créent à tous les grands carrefours, des nouveaux ministères publics naissent tout autour de la ville. Bamako est véritablement une coquette ville et si les populations accompagnent ces réalisations avec un changement de comportement citoyen, tout le monde sera fier de ce pays.

Ce changement positif, on le doit à l’alternance.  Mali a connu trois régimes en moins de 20 ans et chaque régime est obligé moralement de faire mieux que le précédent. A travers le programme PDES, une lisibilité à horizon d’une vingtaine d’année est tracée et chaque jour que Dieu fait, on voit comme ce pays qui n’est ni pétrolier, ni grand exportateur d’une ressource quelconque avance. Mali n’a rien aujourd’hui à envier à la Cote d’Ivoire, malgré que cette dernière soit deuxième exportateur mondial du cacao ou qu’elle dispose d’un important port maritime.

L’alternance démocratique pousse les gouvernants à être sérieux dans la gestion de la chose publique car ils ont des comptes à rendre. Des faibles notes entraineront des sanctions populaires donc la rigueur est de mise.

Le nouvel échangeur en construction à Bamako

PONT-BAMAKO.jpg

Le deuxième lot d’exemple concerne les deux villes voisines : Lomé et Cotonou.  Ces deux villes très proches sur le plan géographique (moins de trois heures de voyage terrestre) sont aussi très liées sur le plan historique. Et pourtant, les similitudes s’arrêtent là. Lomé la capitale politique et économique du Togo présente un visage digne d’un cimetière. Un tour dans la ville convainc de l’atmosphère misérable qui règne dans le pays. Le recul démocratique a provoqué une misère noire et la mendicité plane dans la ville sans être nommée officiellement mendicité. Un ami qui a l’habitude de se rendre à Lomé me disait que tu ne peux traverser l’aéroport Eyadema de Lomé sans qu’un policier ne te demande un peu d’argent pour son thé. Et quand je me suis rendu à Lomé pour la première fois, les 3 postes de contrôle que j’ai parcourus au retour à l’aéroport, chaque policier m’a donné quelque chose pour son thé et je me suis rappelé ce que l’ami m’avait dit.

Comme à Abidjan, le désordre, les poubelles cohabitent sans aucun gène et la photo ci- dessous parle d’elle même

 

Aperçu d’une rue du marché central à Lomé au Togo

MARCHE-TOGO.jpg

 Ce pays de Togo est marqué par la confiscation du pouvoir par une famille qui dicte tout depuis plus de 40 ans. Des intouchables pillent les nombreuses ressources du pays (Phosphates) sans être inquiétés, ni inquiets. N’ayant aucun compte à rendre à qui que ce soit, ces dirigeants se foutent pas mal de la construction du pays. Les résultats sont là et implacables : un pays en ruine.

A quelques mètres de Lomé se trouve Cotonou tout à fait différent. La ville de Cotonou impressionne tout visiteur par son ancrage démocratique, son développement économique et social. Plusieurs régimes se sont succédé démocratiquement au pouvoir depuis la naissance du multipartisme dans ce pays  en 1990 et les gouvernants défaillants sont systématiquement sanctionnés et d’autres prennent les commandes. Quitte à ce que les échoués reviennent plus tard pour montrer en quoi ils sont devenus plus sages et plus orthodoxes.

Un aperçu d’une parcelle béninoise à Cotonou

Sans-titre.jpg

La dernière surprise est la tentative d’une partie des députés béninois de traduire l’actuel président Boni Yayi  devant la haute cour de la justice pour trahison et ses supposés complicités avec la compagnie ICC service qui a soutiré plus de 100 milliards FCFA aux citoyens beninois. Il est accusé de forfaiture et parjure, haute trahison, corruption et détournement de deniers publics, en tant qu’auteur, coauteur ou complice.

Cher lecteur, dites moi si de telles initiatives sont elles possible sous les cieux tchadien, camerounais, centrafricain équato guinée ou gabonais. Des chefs d’Etat qui pillent, tuent dans le silence absolu et complice de tout le monde. En ce qui concerne Deby car c’est lui je connais le mieux, de milliers de tchadiens sont déguerpis de leurs propriété depuis février 2008 en contradiction avec les textes légaux mais on ne peut rien dire car c’est quand même Deby Itno.

Et pourtant, la constitution qui régit tous ces pays dit clairement qu’aucun homme, fut-il président n’est au dessus de la loi. « KAT KAT SAKID » dirait Deby, littéralement « un simple papier ».

C’est pourquoi je suis convaincu que l’alternance est une solution pour le développement économique et social de nos Etats. Ce n’est pas forcement parce que les nouveaux qui arriveront sont meilleurs que les partants mais simplement par ce que l’alternance est un moyen de pousser nos dirigeants au travail sérieux, à la bonne gouvernance et aux meilleurs résultats car elle sanctionne tous ceux qui n’obéissent pas à cette règle.

L’alternance peut donc être le mot clé ou le mot magique en cette occasion de célébration du cinquantenaire des Etats africains francophones si nous nous voulons sortir de l’ornière économique dans la quelle nous nous sommes plongés près de 5 décennies.