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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Sceikh Aboulanwar M.Djarma khatre

L’AFRIQUE PEUT ELLE ESPERER?

Nulle doute que l’espoir de voir une Afrique libre indépendante et démocratique caresse tous les Africains depuis l’aube des différents mouvements d’émancipation qui avaient gagné le continent, dés la fin de la deuxième guerre mondiale.

Aussi, même si les leaders politiques de l’époque étaient pleins de fougue et d’inébranlable volonté de prendre en main la destinée de leurs pays respectifs, beaucoup d’outils leur manquaient pour faire aboutir leurs desseins.

D’abord les conditions dans lesquelles ils ont accédé à celle qui est abusivement considérée comme une Indépendance, ne laissaient aucune chance aux acteurs de prendre des initiatives sans l’interférence intempestive du néo-colonialisme. Les accords de 1960 sont une illustration parfaite de cette assertion. (La politique extérieure, l’exploitation des matières stratégiques, l’éducation et la monnaie) sont du domaine de la « coopération », donc soumises a une concertation préalable avec la rue Monsieur à Paris, du moins pour l’Afrique francophone. Les divergences profondes des intérêts, plutôt les contradictions fondamentales de ceux-ci ne permettent aucune entente, même pas de compromis entre les deux. Alors la loi du plus fort est la meilleure. A titre d’exemple, en 1965, un ministre d’un pays africain grand producteur du coton, a signé à Tokyo au Japon un accord pour l’installation d’une industrie textile sans l’avis préalable de la rue Monsieur (siège du ministère de la Coopération à Paris) . Très satisfait de son opération le ministre rend compte au président de la République et lui demande une semaine des vacances que celui-ci lui accorda avec plaisir. A peine arrivé à destination, il reçoit un message lui demandant de regagner la capitale d’urgence. Le président de la République lui demande de prendre l’avion le soir même « puisque ta réservation est faite, tu vas t’excuser auprès de l’Ambassadeur du Japon à paris que le projet en question ne peut pas voir le jour ». Le ministre dit au président que ce projet n’a pas de semblable en Afrique et qu’il fallait le sauver ;le président lui répond : « nous devons sauver l’usine textile ou notre pouvoir ? » Le ministre dit : « j’ai compris ». Il prend Air France le même soir pour se rendre à paris. Il prend rendez-vous avec l’Ambassadeur du Japon. Dès qu’il fit son entrée, l’ambassadeur lui dit : « Ne dites riens ils nous ont informé et nous vous comprenons. »

Le ministre va droit à la rue Monsieur pour rencontrer le secrétaire d’Etat aux affaires africaines qui, dès son entrée à son bureau lui lance : « c’est bien comme ça pour tout le monde n’est-ce pas ? » Cet exemple authentique est le reflet des conditions dans lesquelles opéraient les dirigeants africains pendant les quarante premières années des indépendances si le mot peut encore signifier quelque chose.

Tout les bouleversements, les coups d’Etat et même parfois des rebellions dans certaines régions, sont alimentés par ces mains aux gants de fer ; soit parce que tel dirigeant ne veut pas comprendre soit par ce qu’il a trop compris. Il faut le déstabiliser et avec lui son pays pour créer une instabilité provoquant ainsi des doutes sur la fiabilité du système et sur sa capacité de garantir des investissements.

Cette situation a crée des inconditionnels, des marionnettes, des bénisseurs et des serviles totalement conditionnés pour freiner un quelconque progrès dans quelque domaine que soit.( On me dira oui c’est toujours facile de rejeter la responsabilité de notre retard sur les autres) soit ; et si les autres là sont parfois nous mêmes ?L’agression culturelle est telle que par fois nous sommes pires que les autres. Est-ce cela que l’écrivain congolais Sony Labou Tansi appelait la « mocherie » ? En tout cas elle ne date pas d’aujourd’hui. Il parait que l’autodiscipline, la servilité, la docilité voire l’imbécillité, sont les meilleures recettes pour toute élite qui a la prétention de servir un jour son pays dans les hautes sphères de son État.

Pour autant que cela fût valable hier, il l’est encore aujourd’hui, tant au niveau de la Franceafrique auprès des chefs d’Etats prisonniers de leurs tours d’ivoire, tel un chasseur qui attrape un lion par la queue.

Enumérer les raisons de notre retard en Afrique serait inopportunément fastidieux. Mais évoquer les conditions optimales pour un décollage désormais obligatoire est le devoir de tous .Il faut que l’élite renonce s’il le faut à son ambition de briguer de responsabilités au niveau des hautes sphères de l’Etat. Qu’ils acceptent de servir d’aiguilleurs des consciences, d’agitateurs de la jeunesse, la vraie. De parler, d’écrire et de publier leurs réflexions et leurs analyses les plus désobligeants et les plus critiques envisageant des solutions originales. il faut nécessairement quitter les sentiers battus pour une projection purement africaine, tenant compte de nos valeurs culturelles de nos civilisations et de nos intérêts nationaux. Nous lisons parfois des grands Africains qui abordent des sujets brûlants et dans un sens responsable et très honorable, mais la majorité préfère se taire sous prétexte qu’elle est fragile ou qu’elle a des prétentions ; jusqu’à quand ?

Il faut avoir le courage de poser les problèmes à l’ordre du jour tels que : la reforme en profondeur des structures et des institutions de l’Etat, les questions économiques financières et monétaires, les programmes d’enseignement et de l’éducation, les instruments de coopération régionaux, les méthodes du développement agricole etc.

La démocratie, les libertés et la bonne gouvernance ne peuvent-elles s’exercer dans la conception importée où les Africains sont à même de garantir les libertés et la bonne gouvernance avec des structures nées de leurs propres tripes.

Il est vrai que les conditions précaires dans lesquelles sont placés les universitaires africains ne leur laissent aucune fenêtre pour voir et observer ce qui se passe autour d’eux. La maigreur des salaires, les conditions sécuritaires, l’indécence du logement et l’entretien de leur famille leur enlèvent toute envie de lire et encore moins celle de faire des recherches, soit. Mais cela est-il suffisant pour expliquer cette inertie ?

En tout cas l’espoir ne nous serait permis que le jour où nous acceptons de braver ces barrières et de briser toutes les chaînes que je viens d’énumérer et celles que je dois certainement ignorer du fait des limites qui m’entourent.