Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

1315488406-dictacteurs africains

L’Africain, éternel dindon de la farce


Honteuse instrumentalisation de l’Africain par de dirigeants décriés

Par Abdelaziz RIZIKI MOHAMED
Écrivain comorien
Animateur du site www.lemohelien.com
Corbeil-Essonnes, France.

                                                                      **********************



    «Le patriotisme est la vertu des brutes», affirmait Oscar Wilde, et on peut dire qu’il a raison car, si le nationalisme, exprimant un sentiment patriotique sincère est fort louable, on peut longuement et gravement s’interroger sur son détournement et sa transformation en facteur de haine et de manipulation politique. Quand on parle de nationalisme dans le monde d’aujourd’hui, on pointe du doigt directement les mouvements d’extrême droite en Occident, mais on oublie un peu trop facilement tous ceux des dirigeants africains qui manipulent leurs concitoyens pour essayer d’occulter leurs horribles crimes de toutes natures.

    Ce faisant, bien que mes convictions philosophiques et religieuses m’incitent à respecter la vie de manière sacerdotale, même si je suis farouchement opposé à la peine de mort, et bien que la mort horrible et violente de Mouammar El Kadhafi m’ait poussé à m’interroger sur l’utilité de cette exécution sommaire, ce n’est pas pour autant que je regrette son renversement. Qui plus est, je n’ai pas participé à la mascarade au cours de laquelle on a entendu les uns et les autres déclarer que Mouammar El Kadhafi était un grand Africain, un chantre sincère et agissant du panafricanisme, un opposant à l’impérialisme, lâchement assassiné par «l’Occident chrétien» en quête de «nouvelles Croisades». En même temps, on oublie les milliards d’euros et dollars que cet homme-là et sa famille ont cachés dans les banques occidentales, les assassinats d’opposant politiques, les conflits et rébellions provoqués et alimentés dans les pays qui avaient le malheur de partager une frontière avec la Libye. Dans les années 1980, le Tchad a été le principal pays d’expérimentation des lubies bellicistes de la Libye, causant d’indicibles calamités. Les pays du Sahel, pour leur part, ont subi les effets de la fomentation de différentes rébellions financées et entretenues par Mouammar El Kadhafi. Quant aux attentats contre des avions, ils firent de nombreuses victimes, dont certaines étaient africaines. Ici et là, on entend la voix de ceux qui disent que Mouammar El Kadhafi était généreux envers l’Afrique. Oui, mais avec quel argent, si ce n’est celui du peuple libyen.

    Plus au Sud, plus précisément en Côte-d’Ivoire, Laurent Gbagbo a fini par tomber, lui l’arrogant dictateur qui avait refusé de reconnaître des résultats électoraux qui ne lui étaient pas favorables et qui, chaque fois, qu’il s’affichait à la télévision avait ce rictus de mépris. Les manipulateurs de consciences africaines disent que Laurent Gbagbo est tombé en raison de la vindicte et de l’acharnement de la France, présentée comme une «puissance coloniale et néocoloniale». Dès lors, oubliant le nombre des victimes de cet homme, de nombreux Africains ont crié au scandale. Ce cri de scandale a été encore plus assourdissant que Laurent Gbagbo a été transféré à la Cour pénale internationale (CPI) de La Haye. Les adversaires de la Justice internationale et les chantres du nationalisme étroit avaient trouvé là un motif de parler de «Justice de Blancs contre les Noirs», parlant de «la politique de deux poids deux mesures», soutenant qu’il faut également juger George W. Bush, alors que cela est impossible, faisant semblant d’oublier que la plupart des exactions commises dans le monde font des victimes africaines. Devons-nous attendre que tous les criminels de guerre, les criminels contre la paix et les criminels contre l’humanité non-africains soient jugés pour engager des actions en Justice contre les bourreaux africains? Certains Africains le pensent et ils ont tort. Chaque fois qu’un malfrat africain est mis hors d’état de nuire, l’Afrique pourra souffler. Et qu’on ne nous parle pas de Justice africaine pour les dirigeants africains déchus car nous avons vu ce qu’il en est de l’impossible Hissène Habré.

    Le Darfour. Tout le monde a entendu parler de la guerre civile qui endeuille et ensanglante le Darfour depuis 2003, faisant plus de 500.000 morts et plus de 500.000 personnes déplacées (réfugiés de l’intérieur). Hassan Omar El-Béchir, Président de la République du Soudan est monté du doigt et, la Cour pénale internationale lança contre lui un mandat d’arrêt international le 14 juillet 2008. Mais, il ne tarda pas à parler «d’acharnement envers un Africain, un Arabe ou un Musulman», refrain repris dans plusieurs pays africains et arabes, comme on peut le constater dans certaines émissions à la radio et à la télévision, surtout sur RFI. En son temps, Mouammar El Kadhafi, combattu par les rebelles libyens de l’époque, n’hésitait pas à invoquer l’Islam attaqué par les nouveaux Croisés, tout en accusant ses tombeurs d’être des terroristes affiliés à Al Qaïda.

    Et puis, il y a le grand combattant, le nationaliste habile, Robert Gabriel Mugabe, devenu l’un des dictateurs les plus caricaturaux d’Afrique, un homme instruit qui a ruiné l’économie de son pays, un homme connu pour son arrogance et son incapacité à écouter les autres. Dès qu’on parle de sanctions contre son régime politique, on nous fait sortir le refrain de «l’Africain et du Noir qu’on n’aime pas». Or, malgré la nostalgie qu’on peut éprouver à l’endroit d’un Robert G. Mugabe combattant le colonialisme et le racisme dans l’ex-Rhodésie du Sud, force est de constater que cet homme a causé le malheur de son propre peuple. De ce fait, je ne ferais jamais partie des Africains qui prendront fait et cause pour un Robert G. Mugabe au prétexte qu’il est Africain.

    Assistant à une intéressante conférence en 2007, j’ai entendu une Congolo-Zaïroise déclarer devant une foule émue que Moïse Tschombé n’était pas le méchant qu’on décrit généralement, mais un doux agneau. Voilà comment on essaie de pervertir la réalité historique. Mais, celle qui défendait l’indéfendable a une excuse: elle est un membre de sa famille.

    En classe, à la mort du Président Ahmed Abdallah des Comores en 1989, assassiné par les mercenaires chargés de sa sécurité, j’ai subi les commentaires douteux d’un Professeur qui me demandait crânement si le défunt et Robert «Bob» Denard ne faisaient pas de commerce de femmes comoriennes. Humiliant! En 1989, parlant du nombre record de chefs d’État assistant aux obsèques de l’Empereur Hirohito du Japon, décédé le 7 janvier 1989, un de mes professeurs nous demanda en classe: «Croyez-vous qu’à la mort de Mathieu Kérékou ou de Mengistu, on assistera à une telle mobilisation de chefs d’État?». Et l’estocade, je l’ai reçue en 1992, et elle m’a été donnée par un condisciple: «Il a suffi que l’Afrique du Sud soit dirigée pendant des décennies par des Blancs pour qu’elle atteigne cet admirable niveau de développement». Chez moi aux Comores, la publication d’un article sur les autorités comoriennes par un journal français peut provoquer des manifestations hostiles à la France devant les grilles de l’Ambassade de France aux Comores.

    Dans tout ça, je me dis une chose: je ne saurais être solidaire d’un Mobutu Sese Seko, Jean Bedel Bokassa, Mouammar El Kadhafi, Mohamed Hosni Moubarak, Laurent Gbagbo, Moussa Dadis Camara, Ahmed Sékou Touré (il avait enterré son pays, la Guinée, entre 1958 et 1984 et endort encore de milliers d’Africains, au prétexte qu’il avait tenu tête à la France) (…) uniquement parce qu’ils sont Africains. Ces gens-là, en plus de nous affamer, de nous faire exiler et de nous tuer, nous font honte. Et, je ne les défendrais jamais par africanité. Les quolibets que nous recevons sur la tête, c’est à eux que nous le devons. En reparlant de mes Comores éternelles, je relève qu’entre l’île d’Anjouan et celle de Mayotte, restée française, il y a eu plus de 10.000 morts pour un pays ne comptant pas 600.000 habitants. Faites les comptes. Ces morts fuyaient la misère provoquée par la folie de leurs dirigeants, incapables d’assurer une gouvernance digne de ce nom. Mais, à la recherche d’un autre bouc émissaire, les Comores accusent la France d’avoir doté Mayotte d’un niveau de vie qui attire les Comoriens des trois îles d’en face. On accuse la France pour avoir réussi à amorcer le début d’un développement économique et social à Mayotte. C’est comme quand, à la suite du génocide de 1994 au Rwanda, on évacue la dimension rwandaise du problème pour chercher à faire porter le chapeau à la France, sans chercher à savoir ce qui se passe au niveau rwando-rwandais. En d’autres termes, nous ne voulons pas affronter les problèmes de manière réaliste, mais nous faisons preuve d’un nationalisme souvent aveugle, devenu un exutoire.