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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

images-copie-1.jpeg                                                           Par Vourboubé Pierre

 

Bonjour, Mak !

 

3 mai, journée internationale de la presse.

 

Mak, hier, as-tu ri ? Parce que le 2 mai est la journée mondiale du rire. Au Tchad, peut-on vraiment rire ? Ce matin, c’était un monde fou devant le centre des chèques postaux : les fonctionnaires attendaient leurs salaires. Il a suffit d’un « il n’y a rien » pour qu’ils vident les lieux. Dans notre pays, nous passons notre temps à verser les larmes. Tout coûte la peau des fesses. Les salaires sont dérisoires. Beaucoup de fonctionnaires n’ont pas encore gagné leurs salaires d’avril. Peu de familles mangent trois repas par jour. La majorité dort dans des maisons en potopoto. Les dirigeants n’ont pas d’amour pour leur pays. Ils nous ridiculisent pour de miettes, nous refusent de l’eau à boire, nous traitent comme des chiens, des mendiants. L’électricité est un bien de luxe. Les centres de santé manquent de médicaments. Dans les écoles, nous déplorons l’insuffisance des fournitures et des enseignants. Des véreux écument le monde rural. Omniprésente, l’armée fait régner la terreur. La présence d’un homme en treillis ne rassure plus personne. On est assis sur une poudrière. Ici, on nous tue à petit feu. Comment rire dans ces conditions ?

 

Revenons à l’évènement du jour, Mak.

 

Dans le domaine de la presse, rien n’a été facile, le parcours long, les écueils nombreux. Le maigre résultat console quand même. « Zongo est mort brûlé par le feu », dit un air d’Alpha Blondy, la star ivoirienne. C’est pour ainsi dire que beaucoup d’hommes de la presse ont perdu leur vie en exerçant leur travail. D’autres traînent les séquelles de leur traumatisme. D’autres encore ont simplement déposé la plume, déçus ou dissuadés par le système. Entre deux évènements ou au cours du même fait, la presse peut passer du statut d’ennemie à celui d’allié ! Le pouvoir veut l’avoir avec lui et la museler aussi ! Combien de fois a-t-on entendu cette question lors des cérémonies officielle: « Où est la presse ? » Mais, une fois la couverture médiatique finie, on tourne le dos à la presse quand elle va dans un bureau pour une information sensée située le peuple sur la gestion des ressources de notre pays ! Elle est entre le marteau et l’enclume : l’opposition et le pouvoir veulent qu’elle dépeigne l’autre comme un aventurier, un diable, un traître à la solde des forces du mal ! « Ils vous ont achetés » ou « combien vous ont-ils donné pour dire (ou écrire) ça ? », entend-on quand un article vente les réalisations du pouvoir. « Vous êtes contre nous », dit-on quand un écrit dénonce les pratiques peu orthodoxes du pouvoir ! Parfois, on ne sait plus à quel saint se vouer !

 

Mais, la presse se rend-elle compte qu’elle est plus qu’un pouvoir parce que fait peur à tous les pouvoirs ? Pas si évident !

 

Cependant, Mak, c’est sous l’actuel régime qu’on regrette le plus les écueils contre la presse. Pourtant, il se dit démocrate ! Il devait donc favoriser l’épanouissement de la presse. Au lieu de cela, c’est tout le contraire qu’on n’observe. Idriss Déby Itno et les siens ont vraiment torturé la presse. Je ne serai pas excessif en disant qu’ils ont même tenté de l’enterrer. Nous nous souvenons tous de l’ordonnance promulguée pendant les troubles de 2008. Juristes, journalistes, politiciens, tout le monde est monté au créneau pour le dénoncer et dire qu’elle n’était pas adaptée au contexte de la démocratie. Qu’elle tuait la presse. Qu’elle était anticonstitutionnelle. A l’époque, le ministre de la communication s’appelait Mahamat Hissein, un journaliste de formation, le fondateur du « Le Progrès ». On dit que pendant son règne sur la communication, ce journaliste, ex-rédacteur en chef (ou ex-directeur de publication ?) d’Al Watan, organe de propagande du dictateur d’Hissein Habré, était tous les soirs à la Télé-Tchad dans le souci de censurer. Il n’apparaissait pas sur le petit écran mais, contrôlait tout, surtout lors des journaux parlés ! Du début jusqu’à la fin. Il assistait aux conférences de rédaction. A ces occasions, il dictait tout aux journalistes, étouffant cruellement l’émergence des talents parce qu’il lui fallait satisfaire son égoïsme. Tout ça parce que la presse d’Etat est devenue un organe de propagande du MPS. Et le ministre devait se rabaisser jusqu’à ce niveau pour éviter « les dérapages ». Eviter qu’on ne véhicule les vraies images de nos dirigeants, des hommes et des femmes aux méthodes barbares de gouvernance. Des hommes et des femmes qui n’ont pas l’amour du pays. Des diables et des diablesses qu’il faut défendre à tout prix, pour jouir des strapontins. Et le journaliste-ministre agissait ainsi ! 

 

Mak, parmi les gens de la presse qui m’ont marqué, je cite feu Noumasseri, alias « Petit fou ». Il était exceptionnel : il nous rappelait les règles de la grammaire, donnait des cours d’orthographe, de conjugaison, de vocabulaire, etc. Avec lui, en français, on apprenait toujours quelque chose, enrichissait son vocabulaire, construisait bien ses phrases, se rendait compte de ses erreurs et les corrigeait, pourvu qu’on soit attentif, passionné. Avec lui, c’était du « français facile ». Avec lui, on riait aussi, malgré la situation morose du pays décrite ci-dessus. Avec lui, on avait plus envie de quitter la radio nationale. A-t-on un studio à la radio qui porte son nom ? Paix éternelle à son âme !

 

Dans le processus, nous avons été aidés par nos amis étrangers. Mais, je me pose beaucoup de questions sur le rôle de certains médias dans la situation actuelle. Prenons RFI par exemple. Je ne comprends pas ce qu’elle fait concrètement. J’ai parfois l’impression qu’elle est un outil de propagande du pouvoir français, donc à la solde des régimes qui soutiennent notre dictature. Elle consacre plus de temps à la situation qui prévaut dans les autres pays qu’au Tchad. 

 

Mak, la presse a aussi ses brebis galeuses, ses traîtres qui tirent les efforts vers le bas. Ses traîtres qui ternissent son image. Comme nous l’avons regretté pour les syndicats. C’est le cas de ce journaliste qui a été surpris en train de falsifier les procès verbaux des communales à Bébédja. Il y en a qui mendient et arnaquent pendant les reportages, les couvertures médiatiques, les interviews, etc. Certains directeurs de publication imposent leur pensée aux journalistes si bien que les articles ne reflètent que ce qu’ils désirent. Ceux-là ne favorisent pas l’épanouissement intellectuel. D’autres n’ont aucune considération pour leurs collaborateurs qu’ils traitent comme des vulgaires personnes, les licenciant comme bon leur semble. Parfois, les articles sont cousus de fautes. On recense cent signes de ponctuation mal placés. Chez les indépendants, les analyses peuvent être partisanes ou faites à la manière des courtisans. Dans certains cas, elles sont subjectives, légères. Les redondances fréquentes. L’investigation rare (on se contente de que disent les protagonistes par exemple). Ne parlons pas des censures

 

Courage à la presse tchadienne !