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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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                                      Mme Hélène CAVE

1- 

  mMadame l’Ambassadeur, la Délégation de l’Union Européenne a facilitée la signature en 2007 d’un Accord politique entre la majorité présidentielle et l’opposition démocratique, baptisé, « Accord du 13 août ». Quel bilan faites-vous de sa mise en œuvre, à quelques semaines de la fin du processus électoral enclenché ?

 

Sans aucun doute, l'Accord politique inter-tchadien d’août 2007 est un accord qui a marqué – et qui marque encore- la vie politique du Tchad. Il est le fruit de l'engagement indéniable de l’ensemble de la classe politique de ce pays pour construire une démocratie en paix. Et ceci est précieux et fondamental, si on pense à la longue période de guerres et de rebellions vécue par le Tchad depuis son indépendance.


L'Union européenne, qui a été fortement impliquée dès le début de ce processus, fait un bilan positif des accomplissements qui résultent de l'application de cet Accord. Le Tchad n'est plus "le même pays" depuis la signature de cet Accord par 91 partis politiques de la majorité et de l’opposition démocratique. L’évolution ne peut pas être mesurée dans l'urgence et sur le court terme, d’autres effets seront visibles dans les mois et années qui viennent. Je suis persuadée que les tchadiens ont déjà pu valoriser bien mieux que moi les acquis de cet Accord. Permettez-moi de mentionner les importants changements du cadre légal pour l’organisation d’élections, ce que l’on appelle "l’arsenal juridique", la tenue des élections législatives et la tenue de l’élection présidentielle. Ce sont les exemples positifs de loin les plus marquants, malgré les dysfonctionnements bien documentés de l’administration électorale, la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI), au niveau central ou dans ses démembrements, qui devront impérativement être corrigés avant le prochain cycle électoral.

Mais il est également important de souligner que ces actes électoraux se sont déroulés à l'occasion de ce que je pourrais désigner comme un "cycle d'apprentissage". En fait, il y a beaucoup de nouveaux éléments que la société tchadienne dans son ensemble a dû incorporer dans son quotidien depuis la signature de cet Accord : la CENI est un exemple de nouveauté, la tentative de décentralisation de cette administration électorale en est un autre. De même, l'expression libre des partis politiques et la liberté individuelle de chaque citoyen ont gagné une plus grande consistance. Les moyens de communication sociale bénéficient actuellement d'une large liberté d'expression. Certes, la route sera encore longue, mais des étapes essentielles ont déjà été parcourues. La société tchadienne a soif de démocratie et de liberté d’expression. Quant à la philosophie et aux termes de l'Accord, une attention suffisante n'a pas encore été accordée aux points qui figurent dans son fameux Chapitre ou Point 4. Je pense par exemple, suivant les termes mêmes de l'Accord, à la question de la "neutralité de l'Etat". Là aussi il y a des pas positifs à mettre en exergue, mais il va falloir prodiguer des efforts supplémentaires. La communauté internationale, présente dans le Comité de Suivi, a souvent mentionné la nécessité d’approfondir les termes du Chapitre 4, ceci a aussi été reconnu par le bilan qui a été fait par le Comité de Suivi.

 

 

2-  Quelles sont les actions et projets menés par l’Union Européenne pour appuyer la démocratisation et le Développement du Tchad ?

 

L’Union européenne est indéniablement un acteur très engagé depuis longtemps pour accompagner le Tchad dans ses efforts de démocratisation, de consolidation de l’Etat de droit et de développement du pays. Dans notre perception, l'appui à la démocratisation est également une aide au développement, au même titre qu’un projet d’adduction d’eau ou de développement rural. L'Union européenne est très impliquée dans un partenariat constructif avec les autorités tchadiennes, et les relations que nous avons avec nos homologues et amis tchadiens à tous les niveaux sont très bonnes. Notre coopération découle des engagements internationaux dont nous sommes mutuellement redevables, en particulier l'Accord de Cotonou. Le partenariat UE-Tchad trouve donc ses bases solides dans cet Accord. Le Fonds européen de Développement (FED) finance les projets de coopération inscrits dans un Programme indicatif pluriannuel. L'actuel FED, d’un montant de 310 millions d'euros, couvre la période 2007-2013 et finance des projets dans les secteurs de la Bonne Gouvernance et du Développement Durable. Un énorme travail a été fait et continue d'être réalisé dans des domaines très importants pour la société tchadienne comme ceux de l'accès à l'eau potable ou aux services de santé, de la construction d'infrastructures routières, de la réforme de la justice et des forces de sécurité intérieure, de l’amélioration de la gestion des finances publiques, du développement local, de l’appui au cycle électoral, de l'élevage, de la protection de l'environnement (en particulier le Parc de Zakouma), pour n’en citer que quelques uns. L’Union européenne est aussi un acteur humanitaire très engagé au Tchad, avec notre bureau ECHO. Nous déployons un maximum de ressources pour aider à enrayer la crise alimentaire et nutritionnelle, nous intervenons aussi pour l'assistance aux réfugiés centrafricains et soudanais du Darfour et aux déplacés tchadiens à l'intérieur du territoire. Aussi un grand nombre d'actions sont financées pour aider les organisations de la société civile à fournir des services à leurs communautés, notamment en matière de Droits de l’Homme.

La contribution de l’Union européenne dans tous les pays ACP[1] – et donc au Tchad – suit toujours les priorités du pays établies dans la Stratégie pour la Réduction de la Pauvreté. Et nous essayons également de travailler ensemble avec nos Etats membres (la France et l’Allemagne dans le cas du Tchad) et nos partenaires internationaux de manière à maximiser les résultats de l'aide internationale au développement du Tchad.

 

 

3-  L’Union Européenne est l’un des partenaires extérieurs  privilégiés du Tchad, quel regard portez- vous aujourd’hui sur l’évolution du processus politique et démocratique dans ce pays et sur les actions du Gouvernement ?

 

Les autorités tchadiennes sont souveraines. Ceci est un point très important à souligner. Seuls les tchadiens savent quel destin ils veulent donner à leur pays. L'Union européenne n'est pas un contrôleur international ou une agence de certification du mérite démocratique d'un quelconque pays. Les leçons, ce n'est pas nous qui les donnons. Mais nous savons très bien quels sont les piliers démocratiques que toute société humaine doit avoir comme paradigme. Nous avons des valeurs auxquelles nous accordons un rôle central dans notre vie collective : celles de la liberté, de la tolérance, de la solidarité, du respect de l'Etat de droit et des Droits de l'Homme. Nous aimerions que le Tchad partage collectivement ces valeurs, car nous sommes persuadés qu'il s'agit de la seule base possible pour le progrès des peuples.

Nous sommes très attentifs à l'ouverture démocratique du Tchad et nous nous engageons à la soutenir sans réserve tant que ce processus donnera des signes d'une dynamique positive, comme c'est le cas ces dernières années. C’est d’ailleurs le message que j’ai transmis à Son Excellence le Président Idriss Déby Itno lors de la présentation de mes lettres de créance. Nos partenaires tchadiens nous connaissent bien et savent que nous tenons nos promesses. Toutes ces questions sont débattues dans le cadre du Dialogue Politique qui est aussi un engagement qui découle de l’Accord de Cotonou. Les autorités tchadiennes savent que le Dialogue Politique avec l'Union européenne est une affaire très sérieuse et gage d'une confiance mutuelle à bâtir en permanence.

Nous avons eu l'occasion de féliciter à plusieurs reprises la sagesse des autorités tchadiennes dans leur gestion de la situation sécuritaire critique qui vise la région saharo-sahélienne, et récemment la gestion de l’impact de la crise libyenne. Nous avons eu l'occasion de les féliciter aussi pour leur contribution et avancées importantes en matière de paix dans cette région. Nous sommes conscients des énormes défis en matière de paix et démocratie auxquels le Tchad fait face, et aussi quant aux exigences du respect des Droits de l'Homme, d'approfondissement de l'Etat de Droit et du combat contre la corruption et l'impunité.

Dans ce domaine très sensible, beaucoup reste encore à faire. L’Union européenne ne ménagera pas ses efforts pour appuyer le Tchad à tourner les pages douloureuses de son histoire. Mais aussi pour appuyer celles et ceux qui réclament et méritent que justice soit faite par rapport à un passé encore non surmonté. Il serait inutile de rappeler, à titre d'exemple, que le jugement de l'ex-président Habré reste à tenir, et que l’Union européenne partage la vision du Tchad, concernant un procès équitable, transparent et dans les plus brefs délais, sans doute en Belgique. Ou que la lumière puisse être faite sur les événements de février 2008, sur les exactions commises ou la disparition de M. Ibni Oumar Mahamat Saleh. Nous sommes confiants que la sagesse des autorités tchadiennes contribuera de manière décisive à la résolution de ce genre de situations graves.

 

 

4-  Appuierez-vous l’organisation de prochaines élections communales du 22 janvier 2012 ?

 

L'Union européenne a été le plus grand contributeur à la préparation et au déroulement du cycle électoral actuel au Tchad. Cela a commencé par le recensement général de la population, puis le recensement électoral, la mise en place de la CENI, le renforcement des partis politiques et un grand nombre d'autres actions dont les résultats sont encore visibles. D'ailleurs, l'objectif de ces financements était celui de doter le Tchad de nouveaux outils pérennes pour l'administration électorale. Nous estimons que cet objectif est atteint et que les élections communales doivent en faire la preuve. L’Union européenne a déboursé depuis le début environ 10 millions d'euros, soit plus de 6,5 milliard de francs CFA.

Le Tchad a une opportunité de démontrer sa maturité pour l'organisation d'un scrutin juste et transparent. Et ce n'est pas une quelconque opportunité, car ce sera une élection historique. Pour la première fois, les tchadiens des milieux urbains, dans un premier temps, pourront élire démocratiquement leurs représentants, leurs pouvoirs locaux. Il s'agit d'une opportunité citoyenne que, j'en suis convaincue, tous les acteurs politiques, tous les citoyens, toutes les organisations sociales ne voudront pas manquer. La portée démocratique de cette élection est gigantesque et il faut l'honorer.

Ensuite, il faut aussi que l'entièreté du territoire soit couverte par un processus électoral identique. Nous sommes confiants que les tchadiens seront vigilants pour une adéquate application de la loi. Plusieurs des projets financés par l'Union européenne – menés par les organisations qui opèrent auprès des collectivités locales – s'intéressent à une des questions essentielles pour la réussite de cette élection : la sensibilisation à la participation citoyenne massive.

 

 

5-   Quel sera l’avenir de « l’Accord du 13 août 2007 », à la fin du processus électoral ?

 

La concrétisation de l'Accord Politique de 2007 a été confiée à l'ensemble de la classe politique, à cette fin représentée par le Comité de Suivi de l'Accord, dont le "Garant" est le Chef de l'Etat. L'Union européenne et les autres partenaires internationaux ont joué le rôle de "facilitateurs" du Dialogue et nous en sommes très honorés. Surtout parce que les résultats ont prouvé qu'il s'agissait d'un bon pari, d'une aventure aussi porteuse d'idéal démocratique. Nous sommes toujours aux côtés des acteurs politiques tchadiens pour "faciliter" l'avancement du dialogue.

Encore une fois, il appartient exclusivement aux tchadiens de déterminer leurs priorités et leur philosophie de travail. Le Chef de l'Etat a mandaté le Comité de Suivi pour tracer des propositions quant à l'avenir de cette concertation politique. C'est un modèle de travail sui generis dont, très probablement, d'autres sociétés africaines en situation de transition post-conflit pourraient bénéficier. Nous estimons que les vertus de ce modèle doivent être protégées et développées, tout en respectant les institutions démocratiques représentatives des citoyens, comme l'Assemblée Nationale. Un bilan de cet Accord du 13 Août 2007 a été fait par le Comité de Suivi lui-même et les principales conclusions sont :

– que le dialogue inter-tchadien soit maintenu ;

– que des corrections soient apportées à l'administration électorale, en réponse aux dysfonctionnements détectés ;

– qu'une "nouvelle feuille de route" soit établie pour le renforcement de la cohésion nationale, du processus démocratique et de la bonne gouvernance ;

– que le Gouvernement, l'Assemblée nationale et les partis représentés dans ses groupes parlementaires soient les principaux acteurs de cette "feuille de route", comptant sur l'appui des partenaires internationaux.

Il serait souhaitable, à notre avis, que cette éventuelle nouvelle instance de concertation puisse faire un saut qualitatif quant à la nature des problèmes à traiter et aux actions à entreprendre. Elle pourrait, par exemple, s'inscrire dans la logique des priorités de développement du Tchad énoncées par Son Excellence le Président Idriss Déby Itno pour son nouveau mandat. Elle pourrait associer un spectre plus large d'acteurs sociopolitiques, car les défis du développement ne se jouent pas exclusivement entre les mains des chefs des partis politiques, et la société civile tchadienne a un rôle clé à jouer. Cette instance pourrait inclure une représentation des organisations du mouvement associatif, des groupes communautaires, ou des associations d'intérêt collectif.

Le Tchad à l’aube de l’année 2012 n’est plus le Tchad sombre, en guerre, ou en proie à la rébellion des dernières décennies ou années. C’est un Tchad qui veut vivre en paix, se développer, se démocratiser, jouer un rôle politique dans la sous-région. A cet effet, l’Union européenne est au rendez-vous et jouera son rôle de partenaire privilégié.

 

 

Eric Topona, Correspondant du Magazine Panafricain « Courrier d’Afrique »



[1] Afrique, Caraïbes, Pacifique