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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

ERIC TOPONA« J’ai beaucoup  de choses à apporter à l’union des journalistes tchadiens. J’ai préparé un plan d’action que je soumettrais à mes collègues du bureau sous peu après notre passation de service. La première  urgence, serait de doter l’UJT d’un siège, puisqu’elle n’en a pas une depuis sa création en 1989 ».

   

Elu le 19 mai dernier à l’unanimité à la tête de l’Union des Journalistes du Tchad (UJT), M.Eric Topona fait partie de la jeune génération montante des journalistes tchadiens les plus engagés qui évoluent dans un environnement institutionnel, politique et médiatique dangereux et risqué. Son franc parlé, lui vaut des fortes pressions et des menaces d’intimidation  des autorités tchadiennes et des dignitaires du régime.

En 2010, il a démissionné du journal La Voix où il fût directeur de publication par intérim.

Correspondant sportif  au Tchad de BBC, Eric Topona travaille aussi pour le magazine Notre Afrik.

Dans cette interview qu’il nous accorde, Eric Topona déplore l’accès équitable aux sources à l’information  des journalistes tchadiens qui ne disposent pas depuis 1989 d’un siège.

Pour  son mandat à la tête de l’UJT, Eric Topona promet de se mettre au service de ses confrères tchadiens afin de défendre leurs intérêts moraux et matériels au dé là  des sensibilités éditoriales.

Cependant, Eric Topona craint déjà que la réélection d’Idriss Deby ne lui devienne un obstacle pour la réalisation de ses vastes ambitions.

 

 

Interview exclusive avec Eric Topona, nouveau Secrétaire général de l’Union des Journalistes du Tchad (UJT).

 

Blog de makaila : bonjour M.Eric Topona ! Pourriez-vous dire  à nos lecteurs, qui êtes-vous ?

 

Eric Topona : Je suis né le 19 novembre 1984 à N’Djaména. Juste après mon baccalauréat obtenu en 2003, je me suis envolé pour Cotonou où j’ai pris une inscription en droit.  Je suis rentré au Tchad en 2008,  détenteur  d’un master 1 en sciences juridiques, option Sciences Politiques et Relations Internationales.  Après un bref passage au Ministère de la Fonction Publique  et du Travail, en qualité d’Administrateur Civil, je fus affecté au Ministère de la Communication, en septembre 2009, comme journaliste au service français de la Rédaction du journal parlé de Radio Tchad, jusqu’à ce jour. Il faut dire que je suis membre  fondateur du journal La Voix et j’y ais assumé les fonctions de rédacteur en chef, puis de Directeur de Publication par intérim, avant ma démission en juillet 2010 pour des raisons personnelles. Je suis actuellement correspondant sportif de BBC/Afrique et du magazine Notre Afrik.

Je suis aussi le Président du Réseau des Anciens Parlementaires Juniors du Tchad, et membre actif de plusieurs autres associations de jeunesse. A bientôt 27 ans,  voici ce que  je peux dire sur ma modeste personne.

 

-  Le 19 mai dernier, vous avez été  élu au poste de Secrétaire général de l’Union des Journalistes du Tchad (UJT), quel est votre sentiment ?

 

Eric Topona : ll faut dire que jusqu’au 18 mai, date de l’ouverture de ce Congrès, je n’étais pas encore décidé à briguer un poste au sein du bureau exécutif, tellement l’UJT était l’apanage des ainés, ceux qu’on appelle les doyens de la profession. Le  déclic m’est venu juste à quelques heures de l’élection proprement dite. C’est comme cela que j’ai approché le jour même  du vote certains confrères, et je leur ai dis, je suis candidat, j’ai besoin de votre soutien, et voilà j’ai été élu.  Cette élection, il faut l’avouer m’a réconforté dans ma quête permanente du succès et j’espère contribuer modestement à l’éclosion du métier de journaliste qui est entrain  de se dévoyer depuis ces dernières années au Tchad. Puisque j’ai été élu, je n’ai pas de souci à me faire. Avec les autres membres du bureau, nous allons mener le bateau UJT à bon port avec l’aide de Dieu.

 

-          Quel regard portez-vous sur l’environnement médiatique politique tchadien sous le régime actuel ?

 

Eric Topona : La presse tchadienne en général vit dans un environnement qui n’est pas du tout reluisant. D’un coté, la presse publique pour laquelle, je travaille est à la solde du pouvoir en place, de l’autre, une presse privée, désarçonnée, qui n’a pas les moyens  de sa mission. Je crois que cela fait partie de notre mandat. Il va falloir que le gouvernement fasse de son mieux pour permettre à la presse libre de jouer son rôle, tel que le prescrit la constitution de  la République. Il faudrait qu’il n’y ait plus de journalistes en prison, plus de censure. Bref, que les journalistes tchadiens exercent leur métier en toute liberté et que les moyens puissent leur être accordés, à travers l’aide à la Presse.   La presse tchadienne est  certes libre, mais le peu de professionnalisme des journalistes et le manque de moyens  posent problèmes.

 

-           Comment les journalistes tchadiens évoluent t-ils aujourd’hui dans ce contexte démocratique  après  des régimes d’exception successifs qui ont muselé  la presse ?

 

Eric Topona :  Je l’ai dis, les journalistes  tchadiens évoluent dans un contexte pas du tout reluisant. Il est vrai, ceux-ci bénéficient d’une  relative liberté de ton, mais à quoi cela servirait-il s’il faut être libre et ne pas disposer des moyens conséquents pour exercer le métier ? L’un des freins à la promotion de la liberté de la presse, c’est bien  le difficile accès aux  sources d’informations. C’est l’une de mes priorités durant ce mandat.

       

-  Votre élection  saluée par de nombreux observateurs, intervient  dans un contexte politique tchadien difficile où Idriss Deby est réélu avec un score qui  frise le ridicule.   Votre mandat à la tête de l’UJT sera-t-il facile ?

 

Eric Topona :  Ce qui m’a surpris dans tout cela, c’est l’unanimité qu’a suscité ma candidature le 19 mai dernier. Je n’ai pas que des amis parmi les journalistes tchadiens. Mais tous ou presque ont soutenu ma candidature et je tiens à les en remercier très sincèrement. Je suis connu pour mon franc parlé, pour ma franchise.  Je ne passe pas par le dos de la cuillère pour exprimer, dénoncer ce qui ne marche pas. En tant que nouveau secrétaire général, je me mettrai au service de mes confrères de toutes les sensibilités éditoriales. N’oubliez pas que je fus menacé il ya un peu moins d’un an par deux membres du gouvernement pour des articles écrits par un journaliste de La Voix que j’ai commenté sur rfi. C’est dire que malgré la réélection de Deby, la tâche ne sera pas du tout aisée pour les journalistes qui se montreront objectifs et critiques vis- à vis du pouvoir.

 

-  Ceux qui vous connaissent, pensent déjà que l’UJT a trouvé l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Vous n’êtes pas le genre de Secrétaire général béni oui oui. Quel est votre plan d’action d’urgence ?

 

- Eric Topona : J’ai beaucoup  de choses à apporter à l’Union des Journalistes Tchadiens. J’ai préparé un plan d’action que je soumettrais à mes collègues du bureau sous peu après notre passation de service. La première  urgence, serait de doter l’UJT d’un siège, puisqu’elle n’en a pas une depuis sa création en 1989. Après, nous allons militer au près des  partenaires pour une professionnalisation du métier. Il nous faudra  relancer la machine UJT, grippée depuis un certain temps, pour réunir tous les journalistes tchadiens autour de nos idéaux. Et puis, nous allons aussi plaidé auprès du nouveau gouvernement qui sera mis en place pour une augmentation substantielle de l’aide de l’Etat à la Presse. Nous exigeons un environnement sécuritaire plus propice à tous les journalistes et un accès équitable aux sources d’informations.

 

-  Globalement le pays se porte mal à tous les niveaux, quel sera le rôle du journaliste tchadien dans une telle situation où  l’aspiration et la volonté populaire  s’expriment de péniblement ?

 

Eric Topona :  Le journaliste a toujours été le porte-parole  de la masse. Et si vous lisez la presse écrite tchadienne et vous écouter les radios privées telle FM libertés, vous vous rendrez compte de l’implication des journalistes tchadiens dans la construction de l’état de droit. Les journalistes continuent de dénoncer  tout ce qui ne marche pas au Tchad et je crois que c’est à saluer. C’est cela notre rôle, sinon, inutile d’être journaliste.

A coté, il faut noter la passivité de la population tchadienne. Elle ne se  plaint jamais, et même si les journalistes dénoncent les travers de nos gouvernants, si cette population ne réagit pas, ça n’aura aucun effet. L’inertie n’est pas une bonne chose.

 

-  Ces derniers temps, des informations récurrentes font état sur l’ensemble du pays de cherté de vie, des coupures d’eau et d’électricité permanentes, comment  les Tchadiens vivent-ils ce drame ?

 

-Eric Topona : C’est un problème crucial, ce que vous évoquez. Je n’ai pas d’électricité depuis plus de deux semaines.  L‘administration tourne au ralenti, de même que les entreprises.

-          La dernière fois que j’ai eue l’électricité, remonte au 10 mai 2011. Beaucoup de tchadiens, pour ceux qui en ont les moyens utilisent des groupes électrogènes. Ceux qui n ‘en ont pas, vivent dans le noir. Ce n’est pas normal que les tchadiens manquent aussi d’eau.

.Heureusement, que la centrale électrique de farcha sera opérationnelle dans bientôt, et on espère que tout cela pendra fin.

Quant à la cherté de la vie, le gouvernement n’a rien pu faire, et la situation continue. Et les tchadiens ne savent à quel sain se vouer.Tout cela doit être jugulé, pour que les tchadiens vivent en paix.

 

-   De l’Afrique du nord en Afrique au sud du sahara, les mouvements populaires  contestataires occupent la rue pour protester, réclamer plus de démocratie, de justice sociale et de liberté. Au Tchad, la résignation a atteint un seuil inexplicable. Comment percevez-vous ce silence du peuple tchadien face aux dérives inadmissibles du pouvoir ?

           

-Eric Topona :  Le président Deby lui-même l’a dit à maintes reprises, la démocratie est une réalité au Tchad. Je suis de ceux là qui pensent que la révolution du jasmin ne pourra pas se dérouler au Tchad, les tchadiens  ne sont pas politiques, ils ne sont pas matures.

         La démocratie ne pourra s’enraciner que si les tchadiens s’impliquent pleinement dans la vie politique de leur pays. Sans une mobilisation, et bien il n’y aura pas de changement dans leur quotidien.

 

-          Quel votre mot de la fin ?

        

-  Eric Topona : Je demande aux   tchadiens  de croire en eux. Le Tchad d’a-ujourd’hui n’est pas celui d’hier. C’est à nous de nous battre pour que la démocratie puisse s’enraciner. Personne d’autre ne le fera à notre place. Que ceux qui se reconnaissent du pouvoir ou  de l’opposition puissent défendre leurs idéaux dans le calme, et la sérénité.

 

      Merci et bonne chance

 

Propos recueillis par Makaila Nguebla