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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

              bios_Inrer_Bacari.jpg Bios Diallo  Journaliste/ Ecrivain

 

Construit entre Kidye, lieu de départ d’une répression ; Juuga, un camp de réfugiés quelque part au Sénégal ; Seeno, une escale dans une capitale de sable et Waalafendo, la France, Une vie de sébile (Edition L’Harmattan), premier roman de Bios Diallo est une fiction sur la Mauritanie. De sa construction, c’est autant un roman historique qu’un roman d’interrogations sur le quotidien d’une cohabitation.

Bios Diallo, Moussa de son vrai prénom, explore là une écriture sur la mémoire. Il interroge les traumatismes ayant affecté notre pays. Si le texte peut paraître dur, quoi que la réalité le soit plus, les dialogues n’en sont pas moins sincères ; car visant à trouver les moyens à extraire le cancer de la méfiance entre les Mauritaniens. Bios piste les voies par lesquelles ses compatriotes vont pouvoir faire le deuil de leurs années de blessures.

On peut dire, alors, que l’amour tumultueux entre Bayel et Haame, les deux tourtereaux du roman, est celui de la quête pour la réconciliation. La paix et le pardon passent par la liberté de la parole. Nommer les choses, c’est les guérir dit l’auteur.

 

 

Dans cette interview exclusive, nous avons rencontré un Bios Diallo qui a déjà à son actif 2 recueils de poésies ; Les pleurs de l’arc-en-ciel (L’Harmattan, 2002) et Les os de la terre (L’Harmattan, 2009) ; 1 essai, De la naissance au mariage chez les Peuls de Mauritanie (Ed Karthala, 2005. Préface de Cheikh Hamidou Kane). Sans oublier que celui qui a eu le bonheur de rencontrer le chantre de la négritude, Aimé Césaire dont il dit être proche par l’ardeur de l’écriture, a participé à un certain nombre d’ouvrages collectifs dont justement Césaire et Nous (Cauris Editions, 2004) et Les Paris des Africains (Cauris Editions, 2002).

Avec Une vie de sébile, Bios Diallo dit boucler une trilogie sur la Mauritanie des deuils. Aujourd’hui, confie-t-il, il nourrit un réel espoir de transition vers la Mauritanie nouvelle, celle dont nous rêvons tous, apaisée et prospère.

Nouakchott-Info : Une vie de sébile, pourquoi ce roman ?


Bios Diallo : Il s’agit de la version, en prose, écrite en même temps presque que les recueils de poésie Les pleurs de l’arc-en-ciel et Les os de la terre. Et, comme vous le savez, la prose est plus assujettie à la migration des lieux. J’ai alors nourri mes personnages au gré de mes mouvements. Ainsi ils ont voyagé de Kidye à Waalafendo, en passant par Juuga et Seeno. Avant de revenir au point de départ.

Nouakchott-Info : Votre vie au fait !

Bios Diallo : Non, pas vraiment ! J’ai juste prêté mes pérégrinations, de la Mauritanie à la France, à Haame qui poursuit l’amour de sa vie, Bayel.

Nouakchott-Info : Bayel, l’héroïne de ce roman, est un personnage très attachant.

Bios Diallo : Oui, une Amazone aussi ! Ecorchée vive, c’est une vraie militante. Cela se voit à travers ses actions dans les camps de réfugiés, comme en France où elle court les cercles des droits de l’homme pour sensibiliser sur le sort des siens. Elle essaie, en même temps, de mobiliser ses compatriotes pour la Mauritanie de ses rêves. Elle est éprise de justice, surtout. Ce qui aura son prix pour elle.

Nouakchott-Info : Pensez-vous que la plaie de 1989 soit cicatrisée, pour en parler aujourd’hui ?


Bios Diallo : Je pense qu’il n’y a pas un temps pour dire l’horreur. J’avais été tenté, pendant longtemps, de ne pas publier le texte. Des amis, qui l’ont lu, ont estimé le contraire. Avec comme unique objectif que les gens, après lecture, se disent plus jamais ça ! L’homme ayant souvent la mémoire courte, il faut lui faire voir ou rappeler ses errements. Surtout quand ceux-ci écorchent l’honneur et la chair humaine.

Cela dit, ma conviction est que les drames de 1989 ont affecté le pays tout entier. Je dirai même que ceux qui en avaient planifié le dessein ont été les plus surpris. Surpris par l’ampleur des excès. Puisque au départ, c’est ma lecture, ils pensaient à un simple éloignement de quelques personnes gênantes ou ambitieuses. Parmi celles-ci, des soldats qui prenaient des galons dans les forces armées, mais aussi des personnes qui commençaient à se construire dans l’empire économique. Mais, en voulant faire barrage à ces personnes, on a donné du lait au serpent de la violence qui peut sommeiller en chacun de nous. Du coup, ceux qui étaient dans l’ombre et pensaient fermer des portes à leurs concurrents, ont provoqué une violence inconnue de notre esprit religieux. Mais comment arrêter une action, qu’on a provoquée, sans se dédire ?

Nouakchott-Info : Une chose est surprenante, chez vous. Gai, souriant, vos écrits sont tout votre contraire ! Les pleurs de l’arc-en-ciel, Les os de la terre et maintenant Une vie de sébile, tous des textes très durs, voire pénibles à lire, tellement il y a peu de place au rire !

Bios Diallo : Bon, votre constat ! Jovial ? Peut-être que j’ai besoin de ça, pour supporter la vie ! Et l’écriture est une autre maison dans la vie, un autre monde. Vous savez, on ne peut s’adonner ni au rire, ni à l’humour béat, quand le cœur saigne. Voilà pourquoi, au moment de la conception de ces écrits, alors que j’étais au lycée et ne devais être porté que vers l’ambiance joviale du scolaire, ma plume elle s’était laissée aller dans les phalanges de peines tues. Je n’ai rien inventé, j’ai juste été attentif à ce qui se dessinait tout au tour. Autrement dit, être jeune n’empêche pas d’être sensible à certains faits. Ce que fût, en partie, la période 1980-1991.

Nouakchott-Info : Vous n’avez pas peur ?

Bios Diallo : De quoi ?

Nouakchott-Info : En écrivant sur ces sujets sensibles ?

Bios Diallo : Je n’ai commis aucun crime moi ! Le roman est nourri par des témoignages recueillis. Puis il y a eu la construction des personnages. Donc s’il a invention c’est juste la mis en fiction. Et il a cessé, le sensible, depuis août 2005 ! Et même avant, puisque le régime précédent avait commencé à desserrer l’étau autour de ce que lui-même avait créé. Une fois de plus, agir au grand jour, aurait été se dédire. Du coup, il recherchait des voies et moyens en évitant de se remettre en cause. Or on ne recouvre pas de terre une plaie, on la soigne. Sinon on court le risque d’assister à quelque chose de plus fâcheux, comme dans le cas d’une récidive, d’une rechute de maladie.

Je viens de commander un livre du neuropsychiatre français, Boris Cyrulnik, auteur de Je me souviens… qui évoque une enfance sous occupation. Cette fois il s’agit de Mourir de dire la honte, publié chez Odile Jacob, qui explore ou va des crimes isolés aux crimes de masse. Etant des humains, nos blessures sont toujours diversement ressenties. Et c’est là qu’est tapi ce qu’il appelle que chacun de nous a connu la honte, que ce soit deux heures ou vingt ans. Il ajoute que ce poison de l'existence ne crée pas, pour autant, un destin inexorable. D’où l’acte qui permet à tout en chacun de se surpasser, un effort sur lui-même, afin de transcender l’ignominie.

Et je crois que nous sommes à ce stade en Mauritanie. Voilà pourquoi il n’est plus tabou de parler de quoi que ce soit, puisque le pardon et la réconciliation passent par là aussi. Parler libère, quitte à mourir de dire la honte. Et ce que dit le roman, Une vie de sébile, c’est que la Mauritanie couve une mémoire timorée, blessée. J’en veux, pour preuve, que tous les présidents après août 2005 ont tenté d’aller dans le sens de la rectification. Et chacun, Ely Ould Mohamed Vall, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, Mohamed Ould Abdel Aziz, a posé à sa manière sa gerbe! Mais le corps est si atteint qu’aucun ne voudra brutalement s’attaquer au tronc. Or, nommer les choses c’est déjà les guérir pour la cohésion nationale.

Nouakchott-Info : C’est l’exercice auquel se livrent vos personnages !

Bios Diallo : Absolument, à travers la radicalité des dialogues. Et la confrontation est sciemment faite entre Haame et Bayel. Cette dernière, d’ethnie pulaaar, meurtrie par le drame ayant frappé sa famille, revendique la vengeance. Ce que Haame, métis maure et halpulaar, et dont une partie des siens est désignée comme fer de lance de la machine répressive, refuse. Au fait il essaie de raisonner Bayel, en lui expliquant que l’affrontement, voire la vengeance, n’a jamais apaisé un peuple, une nation.

Nouakchott-Info : Haame n’est pas le seul à prêcher pour cette morale

Bios Diallo
: En effet, il y a Tevrag. Cette femme arabe, mauresque si vous voulez, porte un nom qui symbolise l’espoir. Avec elle, on pense à la formule Ye vrag, kilchi yevrag, toute chose connaît ou connaîtra une fin. Allusion est faite au règne de l’arbitraire. Elle le dit, avec la poigne qu’il faut, à son mari Coumba qui symbolise la division, la ségrégation. Tevrag dira qu’on doit laisser tous les enfants de la Mauritanie vivre ensemble, mélanger leur sang, se tenir les mains. L’idéal auquel nous aspirons tous !


Nouakchott-Info : C’est sympa, ce que vous dites. Mais les dirigeants aspirent-ils à cet équilibre ?


Bios Diallo : La réalité pourrait parler contre moi, peut-être. Mais je demeure convaincu que sans le chauvinisme de certains affamés du gain, il n’y a pas de place pour la haine dans le cœur des Mauritaniens. Les Négro-mauritaniens et les Arabes ont toujours été frères et sœurs, des siècles durant. Ils s’étaient toujours aimés et respectés. Chaque famille peule ou soninké avait son Maure, et chaque concession maure son kowri, pularr, soninké ou wolof. Le tissu s’est subitement abîmé qu’en 1989. Et tel un volcan, qui arrive sans prévenir, nombre de Mauritaniens n’ont été que les spectateurs d’une instrumentalisation malheureuse.

Nouakchott-Info : Autrement dit…


Bios Diallo : Je perçois votre insistance. Et c’est pour éviter la récidive que je publie ce roman. Tout en maintenant que les exactions, à l’encontre de la communauté noire, ne sont ni la complicité ni le fait de tous les Maures. C’est l’acte d’une poignée de personnes, même si la voix de la majorité ne s’était pas faite audible. Et, pendant les événements, bien des Maures ont ouvert les portes de leurs maisons et pris la défense de compatriotes éprouvés. Grâce à ceux-là, que j’appelle les justes, bien des débordements ont été circonscrits. Donc, avec ceux-là, de tous les hameaux et villes du pays, et ceux qui se sont repentis après avoir été acteurs ou simples exécutants, reconstruisons ensemble une nouvelle Mauritanie.

Nouakchott-Info : Avez-vous des indices sur l’avènement de cet idéal ?

Bios Diallo : J’exhorterai simplement les acteurs politiques à œuvrer à cela. Avec Ely Ould Mohamed Vall il y a eu l’ouverture démocratique, avec des journées nationales de concertation ayant occasionné des confessions difficilement soutenables en d’autres temps. Sidi Ould Cheikh Abdallahi a ouvert la porte du retour aux réfugiés. Et Mohamed Ould Abdel Aziz, l’actuel président, poursuit l’œuvre et, nous dit-on, d’ici à fin décembre tous les anciens réfugiés retrouveront leur pays. Puis, il y a cet acte louable, lorsqu’il est allé le 25 mars 2009 présider la prière à l’absent à Kaédi. Ce geste vaut le pardon. Les mots ont leur pesant, certes, mais je préfère qu’on positive les choses, qu’on évite les polémiques non constructives. C’est la nation qui en sortira victorieuse. Et ma conviction est que le bonheur sera impossible sans une organisation solidaire.

Nouakchott-Info : C’est Bios !


Bios Diallo
: Oui, le sens de ce surnom que je porte depuis que j’ai eu la conscience de l’écriture. Mon parti politique à moi se trouve dans Bios !


Nouakchott-Info : Tout un programme


Bios Diallo : Un rêve possible, sinon nécessaire pour la nation plurielle, notre arc-en-ciel !

Nouakchott-Info : Qui a fait l’illustration du roman ?

Bios Diallo
: Mokhis, un artiste mauritanien ! Je lui ai expliqué le sujet, et il m’a remis sa copie une semaine après ! J’avoue que le tableau m’a si frappé, que j’ai eu l’impression qu’il a été conçu avant le texte ! Tellement la couverture, à elle seule, suffit pour lire l’impasse.


Le choix d’illustrer par un peintre mauritanien, je l’avais fait aussi avec Les os de la terre qui portait la signature d’Amy Sow. Plus qu’une collaboration, c’est une manière de montrer le talent de nos artistes !

Nouakchott-Info : Sur quoi porteront vos prochains écrits ?


Bios Diallo
: Une vie de sébile boucle, je l’espère, mes périodes de sanglots, de douleur. A l’avenir je rêve d’écrire des choses gaies, à l’image de la Mauritanie nouvelle où les enfants de la nation plurielle, multiethnique, chalouperont ensemble. Alors, refaisons de notre pays la plus belle toile de l’Afrique. Et c’est possible. Il suffit de petits efforts sincères, et des politiques et des peuples composant la République.


Propos recueillis par Bakari Guèye

 

Source: cridem