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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

ibdou

Interview  de     Mahamat Nour Ahamed Ibedou Secrétaire  Général de la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits Humains (C.T.D.D.H).

Créée en 2011, la Convention Tchadienne pour la Défense des Droits (CTDDH), est animée par des jeunes cadres tchadiens soucieux par le respect des droits de l’homme et le refus de participer à la déliquescence de l’Etat. Elle fait partie des organisations de défense des droits humains, qui occupe le champ médiatique par une serie de dénonciations à travers les communiqués de presse et des déclarations en vue d’alerter l’opinion nationale et internationale sur les violations des droits de l’homme sont victimes les Tchadiens en général.

 Secrétaire Général de cette structure, Mahamat Nour Ahmed Ibedou nous a nous accordes une interview exclusive, dans laquelle, il fustige le déficit démocratique du régime politique d’Idriss Deby, le mettant en garde contre une éventuelle tentation monarchique.

Le Secrétaire Général de la CTDDH, salue l’attitude récente de la France d’avoir accueilli le blogueur tchadien, expulsé par un pays africain. Pour la CTDDH, la France  pose un acte encourageant de  réorientation de sa politique au Tchad.

Interview

BlogmaK : Bonjour  Mr.Ibedou ! Dites-nous, quand a été créée votre organisation et quels sont ses objectifs ?

Mahamat Nour Ahamed Ibedou : Bonjour  Makaila ! La  Convention Tchadienne pour la Défense des Droits Humains(CTDDH) a été créée  le 02 juin 2011 par un groupe de cadres tchadiens qui refusent  de participer à la déliquescence actuelle de notre Etat et qui sont écœurés par l’arbitraire, la mal gouvernance et surtout l’injustice vécue au  quotidien par les tchadiens.

Notre organisation a fait l’objet  d’un enregistrement au registre des Associations le09/08/11 sous le folio N°3778 ; ses objectifs sont ceux définis dans  ses statuts  c'est-à-dire entre autres :

-         œuvrer pour la liberté et le respect des droits fondamentaux de la personne humaine ;

-          lutter pour la promotion de la démocratie ;

-         Œuvrer activement pour l’instauration de la bonne gouvernance

La CTDDH pour l’atteinte de ses objectifs entend vulgariser dans le pays, la culture du respect des droits humains ; à cet effet , pour commencer, elle compte organiser entre autres des séminaires  et ateliers de formation  sur les droits humains  à l’intention du personnel de toutes les institution du pays surtout celui des institutions qui représentent les pouvoirs public ; gendarmes, policiers, gardes nomades, autorités administratives et traditionnelles qui sont les grands transgresseurs des Droits Humains aussi bien à Ndjamena qu’en provinces ; de même, elle compte organiser accessoirement des activités culturelles sportives  et ludiques ; ces projets sont déjà  montés et n’attendent  qu’une partie du financement  de nos partenaires.

Les membres de la CTDDH se sont en outre fixés pour objectif de dénoncer les violations des droits humains quel qu’en soit le prix et nous n’entendons pas transiger sur cet aspect de la question.

 

Blogmak : Votre organisation évolue dans un environnement sociopolitique hostile face à un pouvoir peu respectueux des Droits l’Homme ; dans quel état d’esprit travaillez-vous ?

MN AI :Je ne vous le fais pas dire ; le régime politique actuel est allergique à toute critique venant surtout d’une ADH comme la nôtre ; même si les défenseurs des droits de l’homme  sont spécialement protégés par des instruments juridiques internationaux, au Tchad nous ne sommes pas à l’abri des foudres de ce pouvoir qui n’a aucun scrupule  ; un pouvoir qui oublie souvent que dans un système politique qui se veut démocratique, la pensée unique n’a plus cours.

Nous sommes certes conscients des risques que nous courrons : mais l’arbitraire dans ce pays  a atteint des proportions telles qu’il faut bien que quelqu’un réagisse ou refuse d’entrer dans le rang.

Dire donc que nous travaillons dans un environnement difficile est un euphémisme ; figurez-vous que certaines personnes bien qu’elles approuvent nos actions nous qualifient « d’illuminés et même de  suicidaires » ;  nous ne recherchons aucunement une quelconque notoriété ; nous estimons simplement que pour les intellectuels que nous sommes, regarder ce qui se passe chez nous actuellement sous ce régime politique et ne rien faire est un crime ;nous pensons donc à la C.T.D.D H que les enjeux pour lesquels nous luttons  valent plus que  les risques  que nous prenons  au quotidien. Permettez-moi de profiter de cette occasion pour interpeller  l’intelligentsia tchadienne qui pense peut être qu’elle ne sera pas responsable un jour de l’inexorable  destruction  des fondements même de notre Etat,de cesser avec cette recherche à tout prix des postes de responsabilité et des biens matériels et de se créer des valeurs dignes d’intellectuels qu’ils sont.

 

Blogmak :Au mois de Mai dernier, le régime tchadien a procédé à une vague d’arrestation des personnes soupçonnées de « tentative de coup d’Etat » et de « déstabilisation de l’état » dont des députés et des journalistes ; quelle lecture faites-vous de cette affaire ?

MN AI : la CTDDH avait, le jour même dénoncé  ces arrestations et ce pseudo  coup d’Etat et a  signé conjointement avec quatre autres ADH : Tchad non-violence, ACAT –TCHAD, ASJDH et l’APLFT, un communiqué de presse réclamant la libération immédiate de ces personnalités.

 Ce qui avait choqué le plus dans ces arrestations, c’est l’atmosphère d’état de siège qui avait été instaurée par le gouvernement ;  tous les tchadiens étaient terrorisés ce jour-là par ces pratiques quasi staliniennes ; le comble de l’arbitraire était atteint lorsque des parlementaires sont cueillis chez eux comme de vulgaires bandits.

Il est clair maintenant que ces personnalités avaient été arrêtées pour des raisons subjectives qui n’avaient rien à voir avec celles évoquées par le Ministre de la Communication.

Profitant de l’élan de solidarité manifesté par la communauté internationale au lendemain de son intervention au Mali, le régime politique tchadien pensait pouvoir  se débarrasser impunément de certaines personnalités gênantes ; apparemment, le chèque en blanc  n’a pas été signé eu égard au tollé général qui s’en est suivi tant au niveau national qu’international contre cette vague d’interpellations injustifiées.

Blogmak : Apres leurs arrestation, les personnes détenues ne sont toujours pas jugées ; selon vous, qu’est ce qui bloque le procès ?

MN AI :la raison est simple : Si ces personnes arrêtées ne sont pas jugées jusque-là, c’est dû à n’en pas douter à l’absence de preuves à charges et comme leurs dossiers sont souvent vides, le système  les maintien en prison pour ne pas perdre la face d’abord et ensuite pour se donner le temps  soit de fabriquer d’autres preuves,  soit de requalifier les faits à l’image de ce qui a été fait pour Eric Taponna et Moussa Avenir de la Tchiré ou simplement les gracier à la faveur d’une des fêtes nationales ; en définitive, il parait évident que le pouvoir cherche un subterfuge judiciaire pour les relaxer sans paraitre ridicule ; ce n’est pas la première fois  que cela se passe ainsi parce que la justice tchadienne est coutumière du fait .

Blogmak : Dans un récent communiqué de presse, votre organisation a dénoncé les conditions carcérales difficiles des prisonniers tchadiens. Pouvez-vous revenir sur cette visite dans les prisons tchadiennes ?      

MN AI : en effet, des informations confirmées par plusieurs sources concordantes  faisant état des mauvais traitements infligés aux détenus de la prison d’Amsinéné à la sortie ouest de N’Djamena nous sont parvenues. Nous avons aussitôt  dépêché   une mission dirigée par le SG adjoint sur les lieux ; cette mission a constaté déjà  qu’aux portes de la prison, les gardiens rackettent sans vergogne les parents des détenus en exigeant 500F CFA avant de leurs faire sortir les prisonniers pour un entretien de cinq minutes. Ces agissements  inadmissibles se passent sous les yeux des régisseurs.

Munie donc d’une autorisation de visite des prisons  signée du Directeur de l’Administration Pénitentiaire,  cette mission comme deux autre après elles se sont toutes vues refusées l’entrée de la prison au motif fallacieux que tel ou tel responsable n’a pas donné son accord etc.

Indignés par ce refus de nous laisser effectuer cette visite, nous avons appelé le procureur qui, après nous avoir identifié a fermé son  portable ; la mission de la CTDDH en a conclu à un refus du gouvernement par ce que dans un passé récent, une ADH avait été autorisée à  visiter cette prison ; ulcérée  par cette injustice, nous avons donc décidé de publier le communiqué auquel vous faites allusion. Les faits qui y étaient décrits ont amené le Ministre de la justice à nous appeler pour une séance de travail qui avait réuni le ministre lui-même, ses collaborateurs  et une délégation de la CTDDH.

L’essentiel des discussions a tourné autour du rapport que nous aurons à produire après la visite des prisons ; au passage, le Ministre dit avoir eu vent de ces pratiques mais qu’avec notre déclaration, il en a désormais la preuve ; à la demande du Ministre de regarder avec nous nos rapports des prochaines visites des prisons avant leur publication, nous lui avons répondu que nos rapports ont des destinataires précis et que s’il le souhaite, nous lui enverront volontiers des copies mais après leurs publications ; le ministre nous a en outre assuré qu’il n’y’aura jamais plus d’entraves à nos prochaines visites  . Quant au nombre pléthorique de détenus à Amssinené, le Ministre l’a expliqué  par l’absence au Tchad de structure pénitentiaire capable d’absorber ce nombre important de détenus et qu’un marché avait été attribué  pour la construction d’une prison qui répondrait aux normes actuelles. Ii est lui-même surpris que cette prison dont le marché avait été attribué à l’époque de son prédécesseur ne soit pas achevée jusqu’à là.

 Nous nous sommes renseignés sur l’entreprise attributaire de ce marché la SMC (Société Moderne de Construction) et à notre grande surprise,  celle-ci en était encore à l’étude du sol  deux ans après avoir encaissé son avance de démarrage.

En attendant, ce sont des êtres humains qui risquent de continuer à voir leurs droits fondamentaux violés quotidiennement, sans compter que ce marché de quelques milliards sera  comme d’habitude réattribué de gré à gré à un membre du clan au pouvoir qui se contentera de construire quelque chose qui risque fort de ne répondre à aucune norme ; ce qui n’aurait rien changé à la situation des détenus.

Une mission conduite par moi-même et accompagnée du  DG Adjoint de l’Administration pénitentiaire et de la conseillère du Ministre, Madame ANNE Anthony a pu cette fois ci visiter librement la Prison d’Amssinéné lundi 12 Aout 2013. Ce que nous y avons découvert était de loin, pire que ce à quoi nous nous attendions : il est inadmissible qu’un an seulement après le passage et le rapport plus qu’accablant d’Amnesty International sur les conditions de détention dans les prisons tchadiennes y compris celle d’Amssinéné, ces conditions se soient empirées de cette manière : en effet, cette prison dont la capacité d’accueil est de 380détenus en contient actuellement 973 ; des cellules de 5m/4 que les détenus eux-mêmes ont baptisés « bateau »parce qu’elles les obligent à dormir serrés les uns contre les autres  contiennent en moyenne 68 personnes chacune ;les gardiens n’hésitent pas à torturer des détenus indisciplinés en les plongeant dans un  bassin d’eaux usées provenant des urines  des WC du reste débordés et qui laissent échapper des asticots jusqu’aux portes des cellules ; il existe une absence quasi-totale de soins aux détenus qui souffrent le plus souvent de maladies de la peau par ce que l’infirmier affecté aux soins des détenus n’est jamais là ; le repas servi est infecte   et du reste très insuffisants…des cas de suicide, de mort par déshydratation etc. bref les détenus dans notre pays vivent dans des conditions que l’on peut qualifier d’infra humaines ; il est inadmissible que pas loin de chez nous, des êtres humains puissent subir des telles violations, mais  tout ceci sera détaillé dans notre rapport qui sera publié très bientôt .

Les cas les plus choquants sont ceux des détenus dont le juge a ordonné la libération et qui continuent de croupir en prison pendant des mois voire des années ; de même, de nombreux détenus sont pratiquement oubliés parce que leurs dossiers sont restés pendant des mois voire des années dans le 3e ou 4e cabinet du juge d’instruction sans être traités ; le laxisme et la négligence de ces fameux 3e et 4e cabinet sont à l’origine de graves violations des droits de ces détenus ; il est évident que les disfonctionnements dans les relations entre l’appareil judiciaire et l’administration pénitentiaire sont pour beaucoup dans ces manquements. Nous avons demandé donc au DG Adjoint de l’administration pénitentiaire de recenser tous ces cas, de se rapprocher du parquet afin de les régler dans les plus brefs délais ; pour ces cas, nous comptons en assurer le suivi. Nous lui avons également demandé d’intervenir auprès des gardiens et régisseurs afin de mettre  définitivement fin aux rackets des parents des détenus.

Blogmak : Au Tchad certains Ministres usent et abusent de leur statut pour régler des comptes à des citoyens tchadiens ; comment qualifiez-vous cette attitude ?

MN AI : Beaucoup de citoyens tchadiens, surtout des responsables des partis politiques de l’opposition radicale, des responsables des Associations de la société civile engagée et même certains activistes,  sont souvent les victimes de règlement de compte provoqués par certains Ministres ;  les cas de Daniel Deuzoumbé Patalet Président de Droit de l’Homme sans frontière, celui plus récent de Saleh Kebzabo Président de l’U.N.D.R et celui de  Makaila Ngebla qui nous avait beaucoup choqués sont encore restés frais dans nos mémoires. Ces agissements sont d’autant plus lâches que ces Ministres n’hésitent pas à utiliser leurs statuts pour les perpétrer ; il faut dire que l’exemple de cet arbitraire a toujours été donné par les plus hautes autorités du pays et la preuve est là avec ces récentes arrestations et détentions sans jugement ; c’est dire que cette pratique est encouragée par le système lui-même : si ce pays respectait les droits de l’homme comme il se devait, jamais aucun ministre n’aurait cette opportunité de nuire impunément  à un citoyen sans raison.

Blogmak : la justice est instrumentalisée au Tchad à des fins politiques pour neutraliser des cadres de l’opposition. Que compte faire la CTDDH pour relever les défis de l’indépendance de la justice ?

MN AI : le pouvoir judiciaire au  Tchad est tout simplement  un supplétif du pouvoir exécutif : les persécutions des responsables des syndicats, de la presse et des partis politique de l’opposition sont là pour l’illustrer ; notre justice est actuellement l’instrument répressif des dirigeants ; tous les tchadiens le savent et l’opinion internationale ne croit plus en elle depuis longtemps   ; notre justice est aux ordres de l’exécutif et l’insécurité judiciaire est  garantie à tous les citoyens qui sont ainsi livrés en pâture aux excès des gouvernants. Le jeu démocratique est depuis longtemps faussé  parce que la séparation des pouvoirs n’existe pas. Pour nous donc, sans une justice indépendante, il n’y’a pas de démocratie ; le Tchad est très loin d’un  état de droit en ce moment ; le monde ne doit pas se laisser abuser par cette relative liberté d’expression dont  nous jouissons ; elle est trompeuse  et nous savons qu’elle est simplement destinée à la consommation extérieure ;

La CTDDH compte donc  proposer aux camarades de la société civile de réfléchir avec les représentants du syndicat des magistrats de siège sur une  réforme radicale de leur statut actuel visant une indépendance totale en vue de leur permettre de s’affranchir du joug de l’exécutif ;  c’est une entreprise difficile mais la faire accepter par nos autorités est possible si nous arrivons à faire pression sur ces autorités par des actions citoyennes ; l’enjeu est de taille. Nous pensons qu’un pays de droit, c’est d’abords et surtout une justice indépendante.

Blogmak : Au niveau international, on constate que la situation des violations graves des droits de l’homme n’est pas suffisamment décriée et dénoncée. Qu’en pensez-vous ?

MN AI : très juste ! Sur vingt-cinq cas de violation des droits de l’homme de par le monde, seules quatre en moyenne sont dénoncés par les ONG ; il faut reconnaitre que les informations relatives à la plupart de ces violations, et de loin les plus graves, parviennent difficilement chez les ONG de défense  des droits humains ; beaucoup de peuple qui vivent sous des régimes politiques totalitaires ou simplement dans des pays en guerre, en Afrique, en Asie, au Moyen orient etc. subissent souvent en silence ces manquements ; il est inadmissible qu’au 21e siècle ,des phénomènes comme par exemple l’esclavage puisse encore exister dans le monde ; nous n’oublions pas de faire remarquer que les enlèvements et déportations de jeunes garçons et filles destinés à des travaux forcés à l’est et au nord du Tchad, conjugués au  phénomène intolérable d’enfants bouviers au sud du pays est une forme d’esclavage qui a cours dans notre pays ; nous avons dénoncé ces pratiques dans le passé et nous continuerons à lutter de façon active contre ce phénomène.

Par ailleurs, pour ce qui concerne la communauté internationale, la commission des droits de l’homme des nations unies se doit d’affiner ses outils de pressions sur tous les Etats qui violent les droits de l’homme et mettre fin à cette impunité intolérable dont bénéficient beaucoup de nos Etats.

Blogmak : Dans les pays Africains au sud du Sahara et au Maghreb, les mouvements citoyens et associatifs ont été à l’origine des bouleversements  socio-politiques. Au Tchad, rien ne bouge ; Pourquoi ?

MN AI : C’est une très bonne question ; en effet,  les peuples au Maghreb et ailleurs  ont réussi à provoquer des bouleversements qui ont même fait naitre l’alternance à la tête de leurs Etats. Les tchadiens ont en ce moment dix fois plus de raisons de réagir que les autres peuples ; pourtant ils ne bougent pas ;

Contrairement à ce que l’on peut croire ce n’est ni la peur d’éventuelles répressions ni une absence de sensibilisation sur l‘arbitraire du régime qui est à l’origine de cette inertie.

Plusieurs manifestations de mécontentement ont toujours eu lieu çà et là dans le pays contre les agissements du régime : mouvements des étudiants et lycéens ; manifestations contre les douaniers et les gardes municipaux ; marche spontanée des travailleurs lors du jugement des leaders syndicaux, manifestation des conducteurs des motos taxi etc. c’est dire que les gens sont prêts à affronter la répression ; l’inefficacité de ces actions citoyennes est due simplement au fait qu’elles sont souvent spontanées et isolée les unes des autres.

Pour ce qui est de la sensibilisation, la population subi quotidiennement dans sa chaire les injustices les plus flagrantes ; elle est donc suffisamment sensibilisée et en ce moment, le ras le bol est général ; figurez-vous que nous avions organisé la journée «  ville morte » avec 20.000 FCFA  et elle a réussi à 98% ; C’est dire que la population est hyper sensibilisée. Les raisons  de cette inefficacité sont à chercher ailleurs : c’est-à-dire dans la faiblesse de l’encadrement et des canalisations de ces actions en vue de les transformer en des véritables mouvements de masse. Le régime a mis  en œuvre tous les moyens pour fragiliser les organisations de la société civile qui est la seule force susceptible de mobiliser la masse et en ce moment, il faut longtemps palabrer avant d’organiser la plus petite action  citoyenne. Mais rassurez-vous la société civile est condamnée à agir et des stratégies sont en train d’être envisagées dans l’optique d’organiser des actions citoyennes prévues et autorisées par la Constitution qui pourront changer quelque chose.

 

Blogmak : Quel regard portez-vous sur la démocratie au Tchad et la gestion depuis 23 ans de règne du régime d ‘Idriss Deby ?

MN AI : le régime actuel avait gaspillé tous les atouts dont il avait bénéficié au lendemain de sa prise de pouvoir  le 1er Décembre 1990 ; la dynamique née de la Conférence de la Baule l’a certes obligé à instaurer  le multipartisme ; mais  le Chef de l’Etat au lieu de s’atteler  à la mise en place d’une vraie démocratie et une bonne gouvernance a plutôt opté pour la recherche du pouvoir absolu ; il s’est donc inexorablement mis à fragiliser tous les fondements des acquis démocratiques de la Conférence Nationale souveraine  de telle sorte qu’aujourd’hui, il est le seul maitre à bords ; Idriss Deby bénéficie d’une majorité automatique à l’Assemblée Nationale et une présidence à vie toutes deux garanties par des Commissions Electorales Nationales (Ceni) plus corrompues les unes que les autres et dont les résultats frauduleux sont légitimés par un conseil Constitutionnel à sa dévotion,  la mise au pas du pouvoir judiciaire vient couronner ce sombre tableau ; le chef de l’Etat du Tchad possède actuellement plus de pouvoir qu’un monarque absolu ; dans les faits, il réunit à lui seul tous les pouvoirs : Exécutifs, Législatifs et judiciaires .

Mis à part la relative liberté d’expression dont jouissent la presse privée, quelques associations de la Société civile et les partis politiques de l’opposition, il n’y’a rien de démocratique dans ce pays et on ne peut pas parler du Tchad comme d’un état de droit.

La gestion pendant  23 ans de règne du Président Deby est forcément à l’image de son statut réel de monarque absolu ; ces 23 ans ont été caractérisés par des violations quotidiennes des droits humains avec en prime des assassinats politiques, l’instauration d’une cherté de vie programmée pour mieux asservir la population, l’absence totale d’un projet de société ; c’est à se demander si actuellement dans notre pays ; les concepts d’intérêt national, de développement du pays ont une signification ; la corruption est à tous les niveau avec en prime une administration déliquescente ; il n’existe aucune planification et c’est l’improvisation qui est la règle dans tous les domaines ; l’injustice est telle que les deux tiers des  tchadiens  se sentent étrangers dans leur propre pays : l’armée, l’administration les finances, le commerce etc. sont tous entre les mains d’ une minorité ethnique qui possède  tous les droits.  Bref, nous pouvons affirmer que les facteurs pouvant caractériser une mauvaise  gouvernance étaient réunis pendant ce règne de 23 ans et apparemment le calvaire des tchadiens ne fait que s’empirer. Les violations des droits humains sont tellement nombreuses et quotidiennes que nous avons du mal à les dénoncer toutes.

Blogmak : Pensez-vous qu’Idriss Deby arrivé au pouvoir par les armes pourra-t-il le quitter par la voie des urnes ?

MN AI : une déclaration faite par le Chef de l’Etat lors des élections de 2006 et adressée aux autres candidats avait confirmé nos craintes et nous avait édifié quant à sa manière de concevoir le jeu démocratique au Tchad ; il avait dit, je cite « je ne suis pas arrivé au pouvoir au Tchad par un billet d’air Afrique ».  Cette déclaration nous avait déjà éclairés à l’époque sur sa façon de concevoir l’alternance  dans notre pays.

Blogmak : des rumeurs circulent sur l’état de santé de Idriss Deby Itno qui se détériore, cela pose le problème de sa succession au pouvoir ; craignez-vous au Tchad une succession monarchique à l’instar du Togo et du Gabon ?

MN AI :  nous craignons en effet que la tentation ne soit  grande pour le chef de l’Etat de vouloir imiter l’exemple Togolais et Gabonais ; si ce fait était imposé aux tchadiens, soyez certains que nous, société civile le combattrons  sans hésitation ; croyez-moi ,des actions citoyennes verront spontanément le jour ; non pas par ce que nous sommes contre la famille du chef de l’Etat ; loin de là ; mais par ce que  pour nous, ce serait la cerise sur le gâteau ; après  cette mauvaise gouvernance avec son corollaire de violations quotidiennes des droits humains, de cherté de vie programmée, d’injustice, d’accaparement des richesses nationales par une minorité de tchadiens,  d’insécurité entretenue, d’arrestation et de détentions arbitraires etc. Le Tchad n’est quand même pas une monarchie, ni la propriété d’un individu moins encore d’une famille ; cette couleuvre sera  vraiment très difficile à avaler pour les forces vives du pays c’est pourquoi, nous mettons en garde le chef de l’Etat contre cette aventure.

 

Blogmak : le rôle de la France ces dernières années  aux côtés du régime tchadien a frustré l’opposition tchadienne et les organisations de la société civile ; quel est votre message aux nouvelles autorités  françaises.

 

MN AI : en tant que défenseurs des droits humains, il est évident que nous désapprouvions le soutien apporté par la France à un Régime politique qui viole tous les jours les droits de l’homme ; cependant, l’arrivée des nouvelle autorités françaises a apparemment changé la donne et plusieurs signes encourageants nous amènent à croire qu’ un infléchissement  sensible vers plus de neutralité est perceptible ; par exemple l’asile accordé à un opposant pacifique expulsé d’un autre pays africain est un geste qui nous a réconfortés dans notre conviction que le changement d’attitude est réel ; ceci remarquons le, tranche avec l’attitude des anciennes autorités Françaises qui avaient opté pour un soutien systématique au régime contre la société civile et l’opposition démocratique .

Notre message aux nouvelles autorités françaises est que nous les exhortons à continuer à honorer la réputation du berceau de la liberté et des droits de l’homme qu’est la France et nous leur demandons à cet effet de peser de tout leur poids pour amener nos autorités à respecter les Droits de l’homme.

 

Blogmak : Apres son intervention tant décriée au Mali, Idriss Deby réclame d’être  dédommagé aujourd’hui ; est-ce possible ?

 

MN AI : l’intervention militaire au Mali avait suscité à travers le monde un élan de sympathie  envers notre pays ; le chef de l’état n’a pas pu capitaliser cet atout qui a été malheureusement gaspillé. Sans vouloir remettre en cause la justesse de cette intervention, nous disons que le Tchad n’aurait pas dû envoyer deux mille hommes alors que même le Nigeria, puissance régionale n’en avait dépêché que cinq cent ; Alors que le Président disait lui-même que les ressources du Tchad sont limitées, les Tchadiens étaient surpris qu’il puisse exister autant d’argent pour financer une campagne militaire de cette envergure alors que la plus part d’entre eux ne mange pas à sa faim n’a pas accès à l’eau potable ,à l’électricité ; aux soins médicaux etc.

Dans un communiqué de presse, la CTDDH s’était jointe  à  l’élan national de solidarité qui s’était formé autour du Président de la République lors de la cérémonie d’enterrement de nos soldats morts au Mali ; mais dans le même communiqué, nous nous étions dits opposés à l’envoi d’autres troupes parce que le Tchad a payé un  tribut suffisamment lourd tant en vie humaines qu’en moyens financiers et que la recherche d’une notoriété internationale ne vaut pas une seule vie humaine ; au passage, la Télé-Tchad avait naturellement oublié de diffuser cette dernière partie.

Sans vouloir donc nous prononcer sur une décision politique, nous constatons qu’au plan diplomatique, cette demande de dédommagement pour cette intervention dans un pays africain a sérieusement écorné  la crédibilité du gouvernement tchadien et il sera désormais difficile de faire accepter à l’opinion internationale que cette intervention était désintéressée.

 

Blogmak :Idriss Deby est connu généreux de corrompre certains responsables étrangers dans les milieux de la presse et des organisations internationales pour influencer leur approche sur le Tchad. Qu’en dites-vous ?

 

MN AI : le régime politique actuel  pour régler ses multiples problèmes fait toujours systématiquement recours à des solutions  qui s’apparentent à des replâtrages : tels partis politiques ou des organisations de la société civile cherchent à constituer un cadre de revendication, on cherche à corrompre les membres influents de cette action pour les diviser alors que cet argent pouvait permettre de satisfaire cette revendication.

Tel secteur socio professionnel voudrait se soulever contre telle  décision du gouvernement, on cherche à soudoyer les meneurs pour endiguer ce  mouvement ; quelquefois, les sommes données en pot de vin pouvaient couvrir les besoins exprimés : on pourrait multiplier à l’infini ces exemples  de solution qui en fait ne règlent rien du tout ; parce qu’au lieu de s’attaquer toujours aux effets de ces problèmes, le chef de l’Etat devrait s’attaquer aux  causes ; l’achat des conscience n’a jamais résolu un problème de façon définitive ;

Cet argent donné à certains  responsables étrangers dans les milieux de la pesse et des organisations internationales aurait pu aider à améliorer l’image du pays et toute la presse pourra le constater en toute objectivité ; il n’aura à soudoyer personne pour infléchir son approche sur le Tchad.

Figurez-vous que si tout l’argent que le Président avait dépensé dans l’achat des consciences était investi dans l’amélioration des conditions de vie de la population ajouté à  un peu de volonté politique ce pays aurait beaucoup avancé dans l’instauration de la bonne gouvernance.

 

Blogmak : Idriss Deby, les siens et les dignitaires de son régime, gèrent le Tchad comme un patrimoine. Que compte faire la CTDDH pour attirer leur attention sur des éventuelles poursuites après leur départ du pouvoir ?

 

MN AI : tout pouvoir a un début et une fin ; l’histoire nous apprend que les chefs d’Etat qui avaient  pratiqué pendant leur règne la bonne gouvernance n’ont jamais été inquiétés après leur départ du pouvoir ; ses hommes ne sont hélas pas nombreux en Afrique ; tout le monde n’est pas Mandela ou Alpha Oumar Konaré ; les autres, malheureusement les plus nombreux ont connu eux et leurs proches, des fins lamentables ; les exemples en l’espèce sont légions.

La CTDDH n’a jamais cessé de dénoncer l’accaparement des richesses nationales par le Président et les siens.

À la faveur de la vague de privatisation préconisée par les bailleurs, le Chef de l’Etat et les siens se sont mis à brader systématiquement la quasi-totalité des entreprises publiques ; alors que cette privatisation n’était valable que dans l’hypothèse où le pays concerné possède une économie maitrisée, au Tchad, l’inexistence d’une économie cohérente avait fait que cette privatisation s’est transformée en une véritable confiscation de ces unités économiques ; ces biens devant servir au bien-être de tous les tchadiens sont distribués entre les parents du Président  en violation de l’article n°11 du Pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels ratifié par le Tchad ; des services géré par l’Etat c’est-à-dire en régie sont  octroyées à des proches par le biais de contrats de concession qui attribuent 90% des redevances au concessionnaire ; les recettes douanières qui font 70% des recettes hors pétrole du pays sont illégalement  versées dans un compte bancaire à la CBT à l’abri de tout contrôle ; l’argent du pétrole est systématiquement dirigé vers la présidence et le compte de la direction des grands travaux ouvert à la BCC ; nous n’oublions pas les faveurs administratives accordées aux membres de la famille qui a permis de s’approprier de toutes les richesses et en ce moment, des situations de quasi-monopole se sont constituées dans presque tous les domaines : pharmacies, stations-services, alimentations , import-export etc. et la liste de ces manquement est très longue.

A côté de ces nombreux milliardaires proches du Chef de l’Etat, la grande majorité des tchadiens  vit dans une misère noire : tel individu appartenant à la famille du Président balance des dizaines voire des centaines de millions sur la tête des musiciens à l’occasion d’une cérémonie de mariage alors que son voisin, citoyen lambda cherche 500 frs CFA pour faire bouillir la marmite familiale . 

 Nous disons à nos compatriotes proches du régime que Le monde actuel est petit et ce village planétaire comme certains l’appellent ne garantit pas des jours heureux aux dirigeants déchus qui avaient confisqué les biens et les ressources appartenant à tous les citoyens ; cette vérité doit être sérieusement méditée par nos dirigeants actuels.

 

Blogmak : Actualité oblige, Hissein Habré ancien Président tchadien est détenu depuis un mois ; que pensez-vous de son procès et de la responsabilité d’Idriss Deby qui était à ses côtés comme Chef d’’Etat – major, conseiller militaire et sécuritaire de 1982 à 1989 ?

 

MN AI :même si Hissein Habré est considéré comme le principal  responsable des crimes commis pendant son règne, il a  en tant qu’être humain,  des droits qui doivent être respectés ; c’était à l’avantage de l’Afrique que de démontrer cette capacité à organiser des procès de personnalités politiques sur son sol ; le quasi enlèvement de l’ex président tchadien de son domicile en violations de la procédure normale a malheureusement  terni cette image .

Pour ce qui concerne la responsabilité de l’actuel Président quand il était proche collaborateur de Hissein Habré à l’époque où celui-ci était au pouvoir, il appartient à la justice africaine d’établir les différents degrés de responsabilités et nous espérons que la suite du procès nous en apprendra d’avantage.

Ce qui nous a choqués à la CTDDH, c’est plutôt l’instrumentalisation qui est faite par le pouvoir actuel de cette arrestation ; cet évènement a fait l’objet des manifestations organisées par le pourvoir et d’une médiatisation à outrance ; des gesticulations dont le but était de faire oublier les violations graves des droits de l’homme, la misère criante, l’injustice au quotidien, l’insécurité etc. subie par le peuple tchadien. Ce régime politique est passé maitre dans l’art de divertir la population et lui faire oublier les vrais problèmes.

 

Blogmak : Si vous rencontrez  I. Deby, quel sera le message que vous lui adresseriez sur le Tchad ?

 

MN AI : nous lui dirons la chose suivante : « Mr le Président, Si  vous  dites n’avoir apporté  ni or ni argent  mais la démocratie, il faut avoir le courage d’en accepter les règles ». Respectez les droits de l’homme en libérant tous les prisonniers d’opinion arrêtés arbitrairement, en laissant les pouvoirs législatif et judiciaire agir librement, en rétablissant par referendum la disposition constitutionnelle qui limite le mandat présidentiel ; en éradiquant l’insécurité et l’impunité en instaurant une justice pour tous ; en respectant à la lettre la constitution.

Les immenses ressources que le pétrole a engrangées pour le pays pouvaient vous permettre de faire du Tchad un pays où il fait bon vivre ; aucun de vos prédécesseurs n’avait eu à sa disposition autant de ressources ; cessez de violer les droits économiques de la majorité de vos compatriotes en redistribuant équitablement les richesses ; cessez de punir vos concitoyens par la programmation de cette vie chère ; faite rentrer l’Etat dans ses droits en lui rendant toutes ses entreprises bradées au profit des membres de votre famille ; cessez de considérer les travailleurs comme des ennemis ; cessez de déguerpir vos concitoyens à l’approche de la saison des pluies ; en somme, instaurez la bonne gouvernance  et dites-vous qu’ il n’est jamais trop tard pour bien faire.

 

 

Blogmak : Quel est votre dernier mot au peuple tchadien ?

 

MN AI : notre dernier mot au peuple Tchadien est qu’il faut qu’il apprenne à prendre son destin en main  à l’instar des autres peuples ; qu’il apprenne à se battre pour améliorer ses conditions de vie, qu’il sache que personne d’autre ne le fera à sa place ; qu’il comprenne surtout qu’aucune puissance étrangère ne viendra par un coup de baguette magique changer quoi que ce soit sur son sort actuel ; nous lui disons encore à ce peuple que la constitution lui permet à l’instar des autres nations en Afrique et ailleurs de mener en toute légalité des actions citoyennes pour changer les choses et forcer le pouvoir à améliorer ses conditions de vie.

 

Blogmak : merci Monsieur IBEDOU

 

MN AI : c’est moi qui vous remercie

 

Interview réalisée par le Blog de Makaila