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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Tchad / Libye / Niger / Goukouni Weddeye

Toubous de Libye : Le coup de tocsin de Goukouni Weddeye

 

(MFI / 08.05.12) Si les chefs d'Etat de Libye, du Tchad et du Niger ne se concertent pas, les affrontements sanglants dans le Sud-libyen risquent de se propager, prévient depuis Ndjamena Goukouni Weddeye, la grande figure des Toubous du Tchad,  qui a présidé ce pays de 1979 à 1982.

 

RFI : Depuis des siècles, il existe des conflits entre Toubous et communautés arabes Ouled Souleymane et Zouwaya. Aujourd’hui, on parle de plusieurs centaines de morts. Pourquoi cette escalade ?

Goukouni Weddeye : Après la disparition du pouvoir Kadhafi, les Zouwaya d’abord, à Koufra, estiment que ce sont eux qui doivent assurer la responsabilité de la région de Koufra alors que les Toubous, eux, estiment qu’ils ont été opprimés à l’époque Kadhafi, et que maintenant, c’est le moment où jamais où ils doivent montrer leur existence et vivre en harmonie avec toutes les tribus, toutes les communautés existantes. D’où le problème. De même, à Sebha, les Toubous se confrontent aux Ouled Souleymane - parce que les Ouled Souleymane pensent que ce sont eux maintenant qui doivent reprendre comme jadis le gouvernorat du Sebha. Les Toubous n’entendent pas baisser les bras et se soumettre à cette autorité sans contrepartie.

 

RFI : Les communautés arabes Ouled Souleymane et Zouwaya disent que les combattants toubous du Sud-libyen ne sont pas des Libyens. Que ce sont des compatriotes à vous, des Tchadiens !

G. W. : Ce n’est pas du tout vrai. Des Tchadiens ne peuvent pas se mêler dans ce conflit interne à la Libye. Les Zouwaga et les Ouled Souleymane, pour débouter hors de leur territoire tous les Noirs existant en territoire libyen, orchestrent des informations selon lesquelles les Noirs envahissent le Sud-libyen - alors que ces Noirs vivaient depuis la nuit des temps dans ces zones. Ils ne peuvent être exclus de la société libyenne. Aussi, les Ouled Souleymane ne doivent pas normalement oublier qu’ils vivent aujourd’hui au Tchad. (…) Ils ne doivent pas indexer les Toubous de la Libye comme des étrangers dans cette affaire.

 

RFI : Certains chefs Toubous parlent même de nettoyage ethnique. Qu’en pensez-vous ?

G. W. : Quand on voit ce qui s’est passé à Tawarga, en Libye, et dans d’autres localités, si ces conflits n’arrivent pas à trouver une solution à temps, nous risquons de connaître cette situation malheureuse. On ne peut pas l’écarter.

 

RFI : A Tripoli, le CNT, le Conseil national de transition, tente de s’interposer mais il n’y arrive pas. La preuve, à Koufra, les affrontements ont repris en avril après deux mois d’accalmie. Le CNT a-t-il choisi son camp contre la communauté des Toubous ?

G. W. : J’ai observé depuis Ndjamena qu’à chaque fois qu’un conflit éclate, le pouvoir en place traîne le pas pour intervenir afin de régler le conflit. Il se passe deux, trois ou quatre jours, une semaine (…). Je suis Tchadien mais je suis Toubou. C’est un fait historique indéniable. Tout ce qui se passe de l’autre côté de la frontière me touche, me préoccupe. Notre gouvernement, comme le gouvernement nigérien, ne peut pas se mêler dans une affaire interne à la Libye. Mais ça touche des communautés vivant dans le territoire tchadien. Donc, notre gouvernement du Tchad, comme le gouvernement du Niger, doivent se mobiliser pour calmer les choses. Les combats là-bas peuvent se transporter ici. Pourquoi pas ?

 

RFI : Quelle est la solution : une rencontre au sommet entre les chefs d’Etat de Libye, du Tchad et du Niger ?

G. W. : Ce problème ne peut trouver une solution que lorsque le gouvernement libyen décidera de saisir officiellement le gouvernement du Tchad et celui du Niger pour trouver une solution à ce conflit fratricide. A ce moment-là, les trois chefs d’Etat pourront en conscience régler ce problème. Sinon, ça risque de nous entraîner loin.

 

RFI : Un chef Toubou de Koufra, Issa Abdelmajid Mansour, dit que les Toubous pourraient réclamer l’indépendance du Sud-libyen comme le Soudan du Sud ?

G. W. : Dans la colère ? Quant à moi, je prône l’unité de notre continent et je ne peux encourager l’éclatement ou le morcellement des Etats.

 

RFI : Que pensez-vous du harcèlement judiciaire, au Tchad, des députés d’opposition Gali Ngoté Gata et Saleh Kebzabo ?

G. W. : Il faut dire la vérité. Ce qui s’est passé n’honore pas notre pays. Il faut trouver une autre manière de régler les choses que de faire traîner un député dans une prison. Tout cela, ce n’est pas normal.

 

RFI : Et les arrestations pour détournements de fonds présumés du secrétaire général de la présidence, Mahamat Saleh Annadif, et du directeur des grands travaux, Mahamat Zen Bada ?

G. W. : J’ai appris la déclaration de son avocat. On relate le mauvais état de santé de Mahamat Zen Bada. Si réellement ce dernier est malade, il vaut mieux que le président le laisse aller se soigner et, une fois sauvé, ce sera le moment de juger s’il a commis un détournement quelconque.

 

Propos recueillis par Christophe Boisbouvier