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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

 

Impasse Politique au Tchad :

Quand la « culture du silence » des Tchadiens permet toujours à la caravane du désordre de les opprimer!

Ce que tu as arraché par la force, une force plus supérieure te l’arrachera, dit un adage. Deby et son régime n’ont jamais trouvé une force assez supérieure sur leur chemin pour qu’ils abandonnent le pouvoir ou essayer de penser à la misère des Tchadiens. L’antagonisme que nous observons naïvement entre l’empire dar Zaghawa et la république du Tchad, n’a d’équation que le rapport de force militaire et politique que le président Idriss Deby a la chance d’opposer à toutes les populations tchadiennes. Ainsi, l’incapacité politique et militaire des Tchadiens « révoltés » d’imposer une alternance politique au président Deby se justifie par ce rapport ou cette impossibilité de transformer ce qui opprime en une libération nationale. Que faire alors ?

En fait, les Tchadiens ont cru, du moins, au parti MPS qui les a « libérés » d’une autre dictature semblable il y a deux décennies. C'est-à-dire que nous avons tous cru, en tant que Tchadiens, que le message de démocratie et de liberté allait prendre racines chez nous dans les années 1990. La preuve en était l’engagement militant des Tchadien(ne)s de tout bord dans les organisations de la société civile et les partis politiques nés de cette aventure politique. Et aujourd’hui le constat est amer parce que la conscientisation, la détermination et l’esprit révolutionnaire ont quitté les Tchadiens aux moments forts de leurs luttes de libération nationale d’après les années 1990. Ainsi, la détermination libératrice a fait place à la résignation, au repli identitaire et à la survie personnelle etc. Tout est clair et on a point  besoin d’exemples pour les illustrer ici !

Puisque depuis que les « intellectuels marabouts » du parti de Bamina ont trouvé l’expression « Démocratie Consensuelle et Participative » (la DCP) pour emballer partis, chefs de partis, associations de la société civiles et personnes ressources etc. pour les entrainer à la mangeoire et enfin à l’abattoir du MPS,  le MPS en tant que parti national et les forces vives ont cessé d’exister  au Tchad. Voilà pourquoi Deby et son clan ont pris la place et l’énergie de tout un peuple pour gérer la nation à leur façon.  Alors le Rais n’a que sa canne pour manipuler et désorienter tout esprit progressiste dans le pays.

Désormais, la question qui reste à poser aux Tchadiens est celle-ci: quel rapport de force existe-t-il entre un clan et un peuple ou une nation qui veut se libérer? Cette question n’est pas déplacée car les Tchadiens ne sont pas encore conscients de leur force libératrice face à l’oppression qu’ils vivent. On nous fait croire que les Zaghawa (du moins les satellites du pouvoir) qui détiennent le pouvoir à N’djamena semblent être plus nombreux que toutes les populations tchadiennes réunies qui souffrent à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national pour les opposer. Bref, le constat est que tous les Tchadiens ont peur de se libérer de l’oppression d’un clan, d’un parti ou d’un président qui n’a cure des valeurs humaines et républicaines!

Les guerres et conflits armés ont été jusqu'à maintenant le seul mode de communication et dialogue entre Tchadiens. Cette façon de faire et de concevoir a terni l’image des enfants du Tchad et limiter leurs potentialités humaines de transformer leur environnement belliqueux en un havre de paix pour tous. Par conséquent, la bêtise humaine n’a pas encore quitté le Tchad et les Tchadiens dans leur mégalomanie à résoudre uniquement leurs différends par les armes. Pis aucune leçon n’est tirée jusqu'à là des cinquante ans de conflits armés qui ont retardé tout essor économique et développement humain chez nous. Pour cela il nous faut chercher à mieux communiquer pour résoudre une fois pour toute notre guéguerre politico-sociale grâce aux moyens de communication dont le 21e siècle nous en gratifie. Les moyens de résoudre nos conflits et différends sociopolitiques et culturels sont là, sauf la volonté et le courage politique d’avancer ensemble manquent parmi les Tchadiens.

Aujourd’hui, les media sont laissées  dans les mains des ineptes, mesquins, pseudo-journalistes et chasseurs en eaux troubles. Ceux-ci ne veulent et ne pensent qu’à perpétuer et pérenniser la situation misérable des populations tchadiennes pour leurs intérêts personnels et permettre à leurs sponsors de régner, rayonner et détourner l’attention du public. Ailleurs, ce sont les media et les intellectuels (journalistes, bloggeurs) qui servent de catalyseurs et façonneurs d’agents du changement. Cependant, au Tchad, si les media sont confisqués par l’État, les intellectuels/penseurs, eux, sont souvent assimilés, muselés et clochardisés pour mieux servir l’oppresseur plutôt que le peuple. Voilà les raisons de l’impasse politique de libération du peuple tchadien depuis 50 ans de souveraineté.

On me dira qu’il y a des media sur place et des intellectuels qui bougent au Tchad. Tant mieux ! Ce qui manque, c’est ce travail de fond d’unification des forces vives contre ce qui opprime et empêche les populations tchadiennes de s’aimer, de s’unir et de regarder droit devant leur avenir par ces deux entités que je dénonce. Tout ce qui est fait ou se fait depuis lors dans ce sens n’est que partial et parcellaire pour créer un changement quelconque au Tchad. L’absence d’animation politique en dit déjà  long. Ainsi, il nous faut une éducation et formation citoyenne pour y arriver, et non ce journalisme de violence du type «If it bleeds, it leads! » qu’on nous fait vivre entre rebelles et Armée Nationale.

L’orientation des problèmes de paix et d’alternance politique au Tchad est souvent mal abordée par les media et souvent cautionnée par une frange d’intellectuels tchadiens et étrangers. Il y a un ordre mis en place au Tchad qui opprime et qu’il faut changer ou transformer pour ramener la paix entre les populations. Mais les rédacteurs de l’histoire politique du Tchad se délectent à culpabiliser des ethnies qui ne bénéficient que de la pérennisation de cet ordre et de la prise du pouvoir par un de leurs, que de dénoncer la complicité populaire. La politique c’est la politique, et on peut tout faire avec le pouvoir : émanciper, opprimer, favoriser les siens, assassiner, détourner, et violer etc. Mais le devoir du peuple c’est de demander de comptes à ceux qui détiennent ce pouvoir par tous les moyens pour les tenir responsables de leurs actes et parfois de leurs barbaries et déboires politiques. Les manquements du pouvoir actuel au Tchad sont tellement nombreux et criards qu’ils peuvent même crever les yeux d’un observateur attentif/averti de la vie politique tchadienne.

Par exemple, l’envoi d’un seul fax, sa publication et la dissémination de l’information ont causé la chute et la fin du régime Suharto en Indonésie en 1998. Le fax révélait comment les Suharto se sont illicitement enrichis sur le dos du peuple indonésien et ont placé leurs richesses à l’extérieur. Chez nous, ca fait plus de 20 ans que Deby, ses acolytes et parents dirigent et pillent le Tchad d’une manière calamiteuse sans qu’aucune action consciente et libératrice de la part de tous les Tchadiens ne leur soit imposée. A quoi est dû cette faiblesse devant ce qui opprime et déshumanise les Tchadiens?

Il est indéniable de dire aujourd’hui - tout compte fait et sans parti pris, remords et accusations- que les Tchadiens dans leur majorité ont et cultivent ce que le pédagogue brésilien, Paulo Freire, appelle la « culture du silence » qui les poussent à voir leur oppression par Deby et compagnie comme une fatalité, une malédiction, voire une situation impossible à transformer pour une libération de tous. Par conséquent, tout Tchadien pense qu’il n’y a que seul Dieu, le Tout Puissant, ou la mort qui puisse démanteler la dictature de Deby et l’oppression du clan Zaghawa, et non eux-mêmes qui en souffrent jour et nuit dans leurs âmes, consciences et chairs etc. Bref, la majorité des Tchadiens souscrivent au slogan du parti de Bamina et ses officines qui dit « Les Tchadiens aboient et la caravane du MPS passe » !

Enfin, si les Tchadiens ont la capacité politique d’éradiquer ou de transformer ce qui les opprime depuis 20ans, Beremadji Felix de Tchadactuel.com les a suffisamment entretenus, aidés  et fournis d’informations assez dignes de foi pour qu’ils puissent agir dans ce sens. Le plus grand chroniqueur des déboires politiques de Deby et faits divers du Palais de N’djamena  a rendu un grand service aux Tchadiens à travers ses chroniques que beaucoup aiment simplement à lire, et non en tirer une leçon d’action politique pour le changement. Depuis le débâcle de la coalition des rebellions armées  de 2008 au Tchad, Beremadji continue par exposer et décrire, souvent avec conviction, les nominations outrancières de Deby, les frustrations d’une grande partie de l’armée, l’absence de lutte politique à l’intérieur, les victoires à reculons des groupes armés, les clivages et assassinats au sein du clan Zaghawa, les trahisons des proches de Deby, les mécontentements entre femmes, cousins et enfants de la famille et ethnie présidentielles, les détournements des deniers publics et des retombés du pétrole, l’ingérence de la francafrique et de la franc-maçonnerie dans les affaires du pays, les assassinats d’intellectuels et personnalités politiques par l’ANS, les arrestations à base de règlements de compte, les atteintes à la souveraineté nationale par la France, ses ambassadeurs et ses troupes militaires stationnées sur le territoire national etc.

De tout ce qui précède, les Tchadiens n’ont pas trouvé assez d’ingrédients, de mobiles et d’arguments politiques pour exiger illico-presto le départ du régime MPS du pouvoir. Ils se cantonnent plutôt à fouiller dans les casseroles, tiroirs et caleçons de Deby et ses nombreuses dulcinées que d’agir politiquement. Bref, les Tchadiens se sont tellement occupés de la personne de Deby qu’ils ont oublié ses déboires politiques. Ce sur quoi ils devraient baser leurs luttes politiques pour le faire partir du pouvoir. Incapacité ou inconscience politique, à vous de juger !

Je ne suis pas adepte de cette vision et théorie des Tchadiens qui semble faire croire aux uns et aux autres que le Tchad devrait appartenir ou être mieux gérer seulement par les ressortissants du sud, les intellectuels et lettrés, ou certains groupuscules des septentrionaux capables de manipuler les armes contre leurs compatriotes etc. Faisons des nôtres cette réflexion des révolutionnaires : « Personne ne libère quiconque d’autre; et personne ne se libère tout seul. Les gens se libèrent en solidarité les uns avec les autres ». Le Tchad appartient à tous ses enfants habitant le territoire géographique national légué par la colonisation française depuis 1958!Alors ce qui importe ici c’est comment les Tchadiens de différentes ethnies et compétences peuvent-ils brasser leurs différences et différends pour en sortir une force nationale et libératrice capable de résister à toute force nationale ou étrangère qui opprime ? C’est cette vision et conscience nationale qui manquent jusqu’aujourd’hui chez les descendants des Sao dont il est impératif de poursuivre, d’enseigner, de communiquer ou de réanimer.

Laounodji M.Monza

Washington DC

laoumonzal@yahoo.fr