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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Quelle Porte de Sortie entre Lueur et Leurres du Développement Physique au Tchad?

Dans la majorité des opinions des Tchadiens, et jusqu'à une date récente, le président Idriss Deby Itno est un fléau politique pour le pays. Ainsi, tous ceux qui combattent le président Idriss Deby Itno, à tort ou à raison, ont fait croire aux populations que le Tchad sera mieux loti sans Idriss Deby au pouvoir. Mais l’incohérence, l’incapacité, et l’opacité politico-ethnique affichées par tous ceux qui prétendent occuper son fauteuil du Palais Rose dans leurs comportements politiques et militaires donnent l’occasion à certains Tchadiens d’émettre parfois de doutes sur la lecture qu’ils se font de la personne et personnalité politique du président tchadien. Car une chose est sûre aujourd’hui: le président Idriss Deby  s’éternise au pouvoir depuis 20 ans malgré l’instabilité politique et militaire dans  le pays.  Autrement dit, Deby a su maintenir une stabilité de pouvoir dans l’instabilité politico-militaire dans le pays. Et par incidence, il a évité aux Tchadiens depuis ses 20 ans de règne de faire l’amère expérience du recommencement avec les sauveurs et libérateurs du peuple tchadien. Tout compte fait, le président et son parti, le MPS, évoluent politiquement comme dans un système de parti unique au Tchad.

Nous sommes à moins d’un an des échéances présidentielles de 2011 au Tchad. Et où sont les partis et chefs de partis politiques qui peuplaient le paysage politique dans le pays? Vu le vide d’animation politique à ce niveau, peut-on dire que la classe politique tchadienne est morte et sa place est désormais occupée par le langage de survie et du développement économique qu’utilisent le pouvoir de N’djamena et la plupart des Tchadiens? Car par ces temps qui courent, les Tchadiens dans leur généralité sont tourmentés par rapport à leur avenir, et voire détournés de leur engagement politique et civique pour créer l’alternance et ramener la paix dans leur pays.

Le MPS et son président sont les seuls à peupler aujourd’hui la carte politique du Tchad. Alors, les populations tchadiennes sauront-elles  bientôt choisir entre l’alternance politique à tout prix, le maintient d’Idriss Deby pour ses promesses et réalisations en cours, ou bien opter pour une véritable lutte sociopolitique pour un Tchad nouveau et inclusif, dénué de tous les tares qui ont créé l’injustice socio-économique et politique dont le pays souffre depuis les 20 ans du règne MPS ? Et disons que ce futur dilemme devant les Tchadiens est dû en grande partie à l’amorce du « développement socio-économique » à travers le pays grâce à la manne pétrolière qui brouille le tableau de bord des populations et politiciens depuis 2004.

Cependant, ma crainte dans l’opération de ce choix est qu’il y a aujourd’hui une sorte de résignation personnelle et politique dans la plupart des populations tchadiennes de l’intérieur. Et il y a également une forte tourmente dans la tête des Tchadiens de la diaspora qui pensent encore à leur pays et à son devenir. C'est-à-dire, les Tchadiens tant de l’intérieur que de l’extérieur sont aujourd’hui fatigués par les conséquences néfastes des conflits perlés entre le pouvoir de N’djamena et les seigneurs de guerres de libération sans lendemain pour le pays. Ainsi, il est plus que visible de voir dans les comportements et d’entendre que la plupart de Tchadiens se tournent désormais résolument vers la recherche de survie à travers les opportunités que le pays offre en ce moment de l’ère pétrolière que de s’adonner à la lutte politique pour l’alternance au pouvoir.

Par exemple, les Tchadien(ne)s de l’étranger sont informés chaque jour, depuis leur exil, que le pays avance et qu’il est de leur devoir de rentrer au bercail pour investir, se rattraper, ou apporter leur contribution au développement. Pis, on fait savoir aux Tchadien(ne)s de la diaspora qu’ils risquent de ne pas avoir un lopin de terre pour caser leurs progénitures nées de la migration internationale ou des aventures en occident. Alors ceux-ci doivent se presser de regagner le pays ou y jeter simplement un coup d’œil pour constater son nouveau visage. Mais pour beaucoup de compatriotes, comment faire dans ce labyrinthe de pesanteurs socio-économiques de l’intérieur ou de l’occident et les leurres du développement amorcé dans le pays de Toumai? Bref, les Tchadiens de tout bord sont coincés soit à faire un positionnement sociopolitique, un engagement politique et civique radical, ou une résignation politique de manière générale. Tout cela à cause des enjeux sociopolitiques et économiques sans précédent dans le pays. Désormais, la majorité de Tchadiens sont placés dans une situation nébuleuse quant à opérer un choix entre leur avenir et le devenir du pays qu’ils se complaisent à détruire depuis belle lurette.

Parlant des enjeux, le MPS et son président peuvent encore se targuer de leur slogan magique, « Continuons ensemble! » autour du DCP (Démocratie Consensuelle et Participative » pour berner encore l’opinion nationale et arracher leur victoire en 2011. Car le recensement électoral général est engagé depuis le 5 mai 2010 pour permettre les consultations de 2010-2011 dans le pays. Entre temps, chaque jour qui passe, le président de la République, Idriss Deby Itno, ne cesse de poser la première pierre pour la construction d’une telle école, d’une telle université, d’un tel hôpital, ou d’un immeuble quelconque de l’état sous fond de déguerpissement manu militari des populations qui ne savent à quel sain se vouer. Et désormais, les Tchadiens pauvres n’auront plus droit de cité dans la capitale, ou vue sur les belles rues telles que « Avenue de la Princesse » de N’djamena. Tous ces remue-ménages entrent dans la droite ligne de la nouvelle  « vision » et des efforts du Président de la République et les nombreux gouvernements du Tchad de moderniser N’djamena. Voici ce  qu’on confond banalement avec le développement du Tchad, qui est une transformation positive à l’échelle nationale!!  

 

Vu le réveil subit dans la modernisation de N’djamena et ce regain pour le développement économique et agricole du pays de la part du Président, n’y a-t-il pas anguille sous roche ? Ou bien n’y a-t-il  pas de questions qui trottent dans la tête de tout observateur averti de la politique tchadienne quant au bien fondé de toutes ces réalisations à la hâte de la part d’Idriss Deby Itno et ses partenaires?  On me dira que le nouvel Idriss Deby est arrivé au Tchad. Soit ! Mais cela n’augure-t-il pas un positionnement politique de la part du Président du MPS par rapport aux échéances électorales de  2010-11, et surtout des futures présidentielles?

 

Par ailleurs, le discours de fin d’année 2009 du président Idriss Deby Itno semble sortir de l’ordinaire. Car il me semble qu’il y a en fin une prise de conscience de la part du président. Du moins,  le ton du discours est bien dosé par le rédacteur. Toutes les préoccupations des Tchadiens sont dans ce discours. Et on peut encore comprendre le président quand il dit, « Ma détermination est totale pour que le Tchad ne rime pas avec guerre, agression, pauvreté et avenir incertain ». La volonté du président de faire du Tchad un pays de paix et de miel est louable. Mais cette volonté est malheureusement limitée et sélective quant à son engagement à ramener une paix définitive  dans le pays. En matière de paix et réconciliation nationale, le président Idriss Deby ne s’est jamais engagé à fond pour une résolution globale ou une transformation positive des conflits tchadiens. Ses négociations de paix sont toujours intéressées, se font  par à-coups et restent parcellaires. Par conséquent, ses méthodes de négociations pour la paix (sur fond de kidnapping, liquidation physique, achat de conscience, assassinat etc.) ne produisent que d’effets boomerang contre sa vision de paix, réconciliation, développement et réduction de pauvreté au Tchad.

En effet, le MPS et son président vont appuyer d’ici peu  sur l’accélérateur du développement physique du Tchad pour se faire une audience  en 2011. Il parait que le Tchad sera doté d’ici 2011 d’eau et d’électricité en permanence (du moins la ville de N’djamena oui!), de la fibre optique pour l’Internet, de la mini raffinerie de Djarmaya, de la cimenterie de Pala, des hôpitaux ultramodernes,  des lycées ainsi que des routes interurbaines etc. Néanmoins, même si ces réalisations se passent dans des bonnes conditions en 2011et que le président Idriss Deby soit réélu à vie, où trouvera-t-il les ressources humaines pour faire tourner ces institutions ou entretenir ces éléphants blancs qui représentent de vrais leurres pour des Tchadiens qui n’arrivent pas encore à se protéger du soleil, à cuir leur repas, à s’habiller et manger à leur faim dans leur majorité. Les populations tchadiennes ont intérêt à rester vigilantes. Elles ne doivent pas se laisser éblouir par la lueur du développement physique de N’djamena dans leur amour-haine avec le régime MPS. Et si Deby a changé dans ses pratiques politiques, qu’il leur démontre autrement que par ce badigeonnage de N’djamena.

 

Là où le bât blesse, c’est que le président Deby ne peut prétendre être un développeur ou développer le Tchad sans les ressources humaines qu’il continue à sacrifier. Depuis l’avènement du MPS au pouvoir, le développement humain est une des moindres préoccupations du chef de l’État et les gouvernements successifs dont il approuve la gestion du pays. Il est rare de voir l’état tchadien envoyer des élèves, étudiants, et fonctionnaires tchadiens se recycler, acquérir ou améliorer leurs connaissances en prévisions de ces investissements dans le développement physique actuel au Tchad (pour ne pas dire à N’djamena). La politique de transfert du savoir et des compétences ainsi que l’invitation du PR au rapatriement volontaire des Tchadiens de la diaspora annoncées pompeusement dans son discours de fin d’année 2009 ne présagent en rien que les intellectuels ou investisseurs tchadiens seraient accueillis à bras ouverts au Tchad. La géopolitique a toujours été le grand cheval de bataille du régime MPS. Par conséquent, ce concept hideux des dirigeants actuels a créé de trous incommensurables au niveau des ressources humaines et à la fonction publique. Et l’état tchadien comprendra ses douleurs dans les prochaines années, vu sa négligence d’investir dans le développement humain à temps. Tout effort en matière de développement de ressources humaines au Tchad depuis 1990 vise simplement à rétablir le déséquilibre entre le macabre tandem Nord-Sud. Les compétences individuelles sont négligées au détriment de la région, religion et frèrisme clano-ethnique. Il n’y a qu’à voir combien de bourses ont été dilapidées pendant le règne de Deby pour des considérations mesquines et géopolitiques. Et tout cela sur le dos du contribuable Tchadien!

 

Il est clair que le MPS et son président se positionnent par rapport aux éléphants blancs qui émergent à N’djamena. Mais quelle sera la porte de sortie des Tchadiens si tous ces projets, promesses et réalisations se terminent par un vote sanction contre le MPS, une instabilité politique provoquée par les ennemis du pouvoir à l’est du Tchad, ou un éventuel refus du locataire du Palais Rose de reconnaitre  simplement le verdict des urnes ? Je ne pose pas ces questions par pessimisme ou que je suis fataliste!! Je m’interroge de la façon parce que la continuité de l’état est un concept rare dans la conscience politique de nos dirigeants. Bref, peut-on rêver d’un développement économique dans l’instabilité sociopolitique dans un pays comme le notre? En attendant, à chacun sa définition du développement et aux Tchadiens de faire la part de choses entre leur vision de l’avenir du pays, ce qui appartient à Idriss Deby, au MPS, au Tchad et à eux-mêmes au moment des élections à venir. 

 

Laounodji M. Monza

Washington DC

laoumonzal@yahoo.fr