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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Tchad | Idriss Déby : Dinosaure en herbe à N’Djaména park

 

Le 8 août 2011, Ndjamena, la capitale du Tchad, parée de ses plus beaux atours, a accueilli des invités de marque pour l’investiture du Sultan-général d’armée et Président, Idriss Déby Itno, un vieil habitué de cette cérémonie.

Ndjamena fut le théâtre où les prestigieux invités ont suivi une pièce que Déby, comédien abonné à ce rôle, leur rejoue pour la quatrième fois ! Arrivé au pouvoir en 1990, dans le staccato des mitraillettes, il joue pianissimo, depuis quelques années, la sérénade de la démocratie mais l’air abonde de fausses notes. L’exécution de la partition est bien difficile pour les doigts gourds du soldat Déby et la mélodie ne séduit pas les oreilles des opposants tchadiens. Alors il a passé cette opposition au laminoir, organisé un scrutin remporté avec un score himalayen (83,59% au premier tour) qui ferait rougir de jalousie un Kim Il Sung, et convié, toute honte bue, le monde entier à son sacre. Après 21 ans au pouvoir, il va entamer, ce 8 août, son quatrième mandat de 5 ans après avoir été élu en 1996, 2001, 2006 lors de scrutins contestés. Vétille dont ne s’encombrent pas les illustres convives à cette fête.

Surtout ces collègues présidents d’Afrique. Membres du très select club des chefs d’Etats, le « dinosaurus presidentialus », ces présidents traversent toutes les périodes historiques de leur pays sans bouger d’un iota. Passant des pronunciamientos aux régimes démocratiques, des constitutions à leur dynamitage, de quinquennat en septennat, le monde change tout autour tandis qu’eux, ils demeurent. Tels les gros sauriens préhistoriques, ils sont posés sur le fauteuil présidentiel ad vitam aeternam. Même usés par le pouvoir, ils croient résister à l’usure du temps.

Beaucoup de chefs d’Etat se sont invités à cette fastueuse cérémonie. Cependant certaines présences laissent dubitatif. On comprend qu’Omar el Béchir, le voisin Soudanais y accoure, sa dette envers le Sultan de Ndjamena étant immense. En effet, celui-ci lui avait tendu le turban pour le faire remonter du puits fangeux où l’opprobre de la Communauté internationale l’a relégué. Ce n’est pas non plus une surprise que le syndicat « j’y suis, j’y reste » des chefs d’Etat inamovibles apporte sa caution à un de ses membres.

Mais voir parmi ces loups les agnelets proprement et fraîchement élus intrigue. Que viennent faire à Djam les présidents Mahamadou Issoufou du Niger, Alassane Dramane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Yayi Boni du Bénin et Jonathan Goodluck du Nigeria, ces angelots de la démocratie, dans ce bal costumé de vampires ? Ne craignent-ils pas le baiser du Diable ?

Pas peur qu’une morsure de Dracula dans leur tendre cou de démocrates frais émoulus d’élections transparentes ne leur inocule le dur désir de durer au pouvoir, et leur fasse pousser des canines fort longues pour mordre dans la niche présidentielle et refuser à l’instar de la meute de lâcher prise après expiration de leur bail ? Ou leur présence serait juste un renvoi d’ascenseur, l’hôte du jour ayant traîné ces guêtres dans beaucoup d’investitures sur le Continent noir. Autre explication ? Niet. Il serait cynique de croire que l’or noir récemment jailli des sables tchadiens y est pour quelque chose, et que les pétrodollars du Sultan de Dar-Bilia lui valent la subite sympathie des jeunes démocrates. Comme ils lui ont gagné le mutisme de Sarkozy qui jurait, il y a peu, que la France ne donnerait plus sa caution aux présidences à vie !

Gageons que les jeunes espoirs de la démocratie résisteront à la séduction des dinosaures. Au fait, comment ont disparu les dinosaures de la préhistoire ? On dit que la chute d’une météorite raya ces gigantesques monstres de la surface de la Terre. Alors, vivement la prochaine collision.

Par Saidou Alcény Barry

 

Source: http://www.afriscoop.net/journal/spip.php?article4156