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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

debyinternational.jpgAFRICA ENERGY INTELLIGENCE - Edition française : 621 - 03/02/2010   

TCHAD : Déby engage un bras de fer avec Bruxelles   

 

 Alors que le pays produit depuis sept ans, le Tchad n'est toujours pas en mesure de vendre les barils qui lui reviennent sur le marché international. Selon nos informations, l'Union européenne (UE), qui a financé une part non négligeable de l'oléoduc Doba-Kribi, notamment via la BEI, s’efforce d’empêcher N'Djamena de gérer seul le pétrole. Bruxelles veut compenser le départ de la Banque mondiale, qui exerçait une quasi-tutelle sur le secteur tchadien des hydrocarbures jusqu’en 2008.

 
N'Djamena attaque l'UE. Selon nos sources, le Tchad a initié fin 2009 une procédure d'arbitrage contre l'Union européenne. Les premières auditions devraient débuter au deuxième semestre à Genève. Motif du litige : l’UE, chef de file d'un consortium (avec notamment Coface et Calyon) qui a prêté en 2000 plus d'un milliard $ pour la construction des installations pétrolières, n'accepte pas que le Tchad vende lui-même sa part sur les marchés pétroliers. C’est ExxonMobil qui commercialise actuellement les barils qui reviennent à l’Etat, mais ce dernier voudrait s’en charger lui-même. L’UE, qui a prêté en propre 144 millions d'euros via la BEI, s’y oppose, comme l’y autorise une clause dans le contrat de son prêt. Elle accuse le Tchad d'avoir arrêté les versements (liés aux bénéfices de l’exploitation pétrolière) au fonds pour les générations futures. Mis en place sous l’égide de la Banque mondiale, ce fonds devait permettre de financer des projets sur le long terme. Mais le Tchad a cessé de l’alimenter en décembre 2005. Suite à cette décision, la BEI a suspendu l'ensemble de ses décaissements. Pour rompre tout lien avec Bruxelles et gérer l'argent du pétrole comme il l'entend, le président tchadien Idriss Déby veut anticiper le remboursement de tous les prêts qu'il a contractés auprès des institutions européennes. Mais l'UE et la BEI ne veulent pas entendre parler de remboursements avant l'échéance du prêt, prévue pour 2015. De cette façon, Bruxelles veut continuer à peser sur la gestion du secteur, même si l’UE n’est pas réellement parvenue à l'influencer jusqu'à maintenant.

 

Exxon avec N'Djamena contre Bruxelles. La compagnie américaine ExxonMobil, qui est l'opérateur des champs de la région de Doba (sud), soutient l'Etat tchadien contre l’UE. Plusieurs cadres de la major vont se rendre ce mois-ci à N'Djamena pour établir avec les autorités la stratégie à adopter face à l'UE. Comme Africa Energy Intelligence l'avait révélé (AEI nº601), Exxon avait accepté, après trois jours de négociations en mars 2009, que le Tchad puisse commercialiser, à partir de janvier 2010, 40 000 des 175 000 b/j produits dans le pays. Pourtant, le cours du baril à l'époque, aux alentours de 40 $, n'était pas du tout favorable aux Etats producteurs. Les discussions avec le PDG de la compagnie américaine, Rex Tillerson, avaient également permis une hausse de 17,5% à 19,5% des royalties versées au Tchad. En fait, ExxonMobil entretient de très bonnes relations avec le pouvoir, qui la consulte sur les nouvelles compagnies voulant s'implanter dans le pays. Le soutien d'Exxon au Tchad n'est évidemment pas désintéressé. L'objectif de la major est d'obtenir rapidement de nouveaux permis (en particulier celui de Guéra).

 

Conséquences géopolitiques. Le président tchadien considère la vente directe d'une partie de son brut comme une affaire de souveraineté nationale. Il fait valoir qu'il veut pouvoir initier avec cet argent de nouveaux projets d'infrastructures. L'UE craint par-dessus tout que sa responsabilité ne soit engagée au cas où les bénéfices de la vente de 40 000 b/j seraient utilisés pour acquérir des armements. Bruxelles opère la mission de maintien de la paix Eufor au Tchad et pèse de tout son poids pour tenter de stabiliser le pays, coupé entre les forces gouvernementales et les rebelles de l'Est. Financés par le Soudan, ceux-ci cherchent à renverser le régime d'Idriss Déby. La vente du brut en direct ne rapportera pas d'argent supplémentaire au pays mais l'utilisation du produit de cette vente sera, en cas de victoire du Tchad face à l'UE, impossible à déterminer.