Vous allez comprendre pourquoi le Tchad n'avance pas. L’affaire dans laquelle Hissein Brahim Taha est impliqué le démontre à plus forte raison. Pour détourner l’argent des contribuables tchadiens en effet, Hissein Brahim Taha n’a pas trouvé mieux que de simuler une réfection de l’immeuble de l’ambassade du Tchad à Paris. Un détournement d'argent digne d’un Toni Muzulin, le tristement célèbre convoyeur de fonds dont le procès est actuellement en cours en France, quand on voit comment notre plénipotentiaire invente une lubie pour faire mains basses sur l’argent du trésor public tchadien.

 

Le bon samaritain a projeté en 2007-2008 d’augmenter d’un niveau supplémentaire la hauteur de l’immeuble de l’ambassade du Tchad située au 65 rue des Belles feuilles à Paris. La Mairie de Paris a opposé une fin de non recevoir à cette demande. Du coût, Hissein Brahim Taha a trouvé un autre astus pour accéder à ses ambitions. Il a décidé de créer une suite présidentielle à la partie supérieure de l’immeuble pour gonfler sa facture. Pour brouiller les pistes et obtenir gain de cause, il a mis en avant l'argument suivant: « Le chef de l’Etat doit avoir une suite présidentielle dans l’enceinte de notre ambassade à Paris ». Le coût de la transaction était estimé, tenez-vous bien, à près de 4 milliards de francs cfa, soient 5 717 000 euros. Le versement de cette somme a été effectué en deux tranches. La première moitié (2 milliards de francs cfa) a été virée en 2009 dans un compte ouvert exceptionnellement pour le besoin de la cause. L’autre moitié vient d’être virée (au début du mois de mai 2010) dans le même compte.

 

Les combines qui consistent à subtiliser les deniers publics d’un autre pays à partir de la France sont très vite repérées en France où l’administration ne traîne pas les pieds pour remettre de l’ordre dans les affaires louches. C’est dans cette logique que les magistrats de la chambre régionale des comptes d’Ile-de-France ont fait une étrange découverte au moment d’examiner la gestion de la société immobilière "SCRIM" en charge des travaux de réfection de l’ambassade du Tchad. Ayant leur petite idée sur les relations qui lient l’ambassadeur du Tchad à Paris et le maire de la commune de Levallois-Perret, banlieue ouest parisienne qui jouxte la capitale, les magistrats se sont posés la question de savoir pourquoi donc il revient à la ville dont Patrick BALKANY est le maire de parrainer les travaux d’une ambassade qui se situe à Paris ?

 

Le patron de l’entreprise "SCRIM", Jean Pierre AUBRY, a essayé de faire le lien du "coût faramineux" avec "l’importance des travaux de rénovation complète de l’immeuble et le matériel de bureau". Un argument vague qui n'a convaincu personne. Ce qui a fait rebondir l'ingénieur expert en construction de bâtiments sollicité par les magistrats en charge du dossier. L’ingénieur a précisé aux enquêteurs que, « avec 5 717 000 euros (environ 4 milliards de francs cfa) on peut acheter ou construire au moins deux immeubles neufs et plus spacieux que celui de l’ambassade du Tchad ». Ce qui veut dire en d'autres termes que plus de trois quarts des 4 milliards de francs cfa ont été détournés par l'ambassadeur. La gravité de cette affaire a attisé la curiosité de la presse française qui s'en est emparée et s'est délectée amplement dans ses différentes colonnes.

 

Contacté par l’hebdomadaire satirique Le Canard Enchaîné, l’ambassadeur du Tchad à Paris, Hissein Brahim Taha, a refusé de répondre aux questions financières qui lui ont été posées. Il s’est dérobé en invoquant la « Souveraineté du Tchad ». Il s’est contenté de laisser entendre à son interlocuteur: « Nous faisons ce que nous voulons de notre argent », c’est-à-dire « Nous détournons l’argent des Tchadiens en leur faisant croire que nous effectuons des travaux de réfection à l’ambassade du Tchad à Paris. » L’ambassadeur a ensuite reconnu qu’il existe un lien d’amitié entre Patrick BALKANY et Idriss DEBY. Il s’est rendu compte tardivement qu’il venait de commettre une bourde diplomatique en dévoilant un secret qui risque de lui coûter cher, à savoir son poste. Il s’est alors englué dans un mélange de genres en vitupérant: « Vous savez, M. BALKANY est l’ami de beaucoup de monde, de Nicolas SARKOZY aussi…».

 

L'ambassadeur du Tchad à Paris serait-il le roi de tous les escrocs que le Tchad ait jamais encore connus? Comment M. Hissein Brahim Taha peut justifier que pour une simple réfection d’un petit immeuble de seulement quatre étages il faut débourser la faramineuse somme de 5 717 000 euros c’est-à-dire 4 000 000 000 (4 milliards) de francs cfa tout en sachant que l’ambassade du Tchad à Paris a déjà été remise à neuf en 2002 ? Le Président du Tchad Idriss Deby Itno est-il conscient de la gravité de cette affaire et de l'ampleur d'indignation qu'elle suscite? Pourquoi une telle affaire voit le jour sans que le gouvernement tchadien réagisse? Il est inadmissible qu’une telle bavure s’effectue au détriment des contribuables Tchadiens par les temps qui courent.

 

L’Etat tchadien a entrepris une opération dite « Mains propres » il y a quelques mois. Par conséquent, il est urgent que cette affaire soit élucidée au plus vite. Il en va de la crédibilité des institutions du Tchad vis-à-vis des Tchdiens en particulier et du reste du monde en général. Il est souhaitable que cette opération s’étende de toute urgence dans toutes les représentations diplomatiques du Tchad à l’extérieur. Que le Ministère de "l'Assainissement publique et de la promotion de la bonne gouvernance" diligente une enquête pour situer la part des responsabilités dans cette affaire qui fait la honte du Tchad et des Tchadiens. L'argent détourné doit être restitué au trésor public tchadien et l'auteur et ses complices doivent être traduits, conformément aux lois en vigueur, devant un tribunal compétent en la matière. Et ce sera justice. Et le Tchad retrouvera une bonne image.

 

Rassass