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Publié par Mak

Hamada Madi Boléro, Directeur du Cabinet du Président

Realpolitik et première nomination intelligente effectuée par le Chef de l’État

 

Par Mohamed ALI RIDHOI

Et Abdelaziz RIZIKI MOHAMED

 

   Depuis ce mercredi 10 octobre 2012, le téléphone n’a pas cessé de sonner car nombreux sont ceux qui veulent nous présenter leurs sincères félicitations ou nous demander de les transmettre à l’homme du jour: Hamada Madi Boléro, dont la décision de nomination au poste de Directeur du Cabinet du Président de la République, chargé de la Défense, venait de se confirmer. Inutile de dire que cette décision a été prise sur le dos de M’Madi Ali, qui n’a jamais réussi à se montrer à la hauteur de la tâche. Il serait hypocrite de dire que cette décision nous a surpris, nous qui la savions irréversible depuis au moins le mois d’août 2012. Donc, Hamada Madi Boléro retrouve à Beït-Salam des fonctions stratégiques qu’il a déjà exercées aux côtés du Président Azali Assoumani. Il retrouve des fonctions qui lui avaient permis de donner la mesure de son immense talent et de sa compétence.

 

   Ici et là, on nous dit doctement que cette nomination serait le fruit de pressions exercées par les Mohéliens. C’est mal connaître les Mohéliens que de croire qu’ils peuvent solliciter une nomination pour quelqu’un, eux qui sont connus pour défaire les carrières au lieu de les faire, comme l’avait très bien compris le Président Ahmed Abdallah, qui disait qu’un Grand-Comorien et un Anjouanais sollicitent des emplois pour les leurs, tandis qu’en face, les Mohéliens ne le voyaient que pour lui demander le limogeage d’autres Mohéliens. D’ailleurs, les proches du Président qui ont longtemps barré la route à Hamada Madi Boléro et à d’autres Mohéliens ne sont pas Grands-Comoriens ou Anjouanais, mais des Mohéliens et des Mohéliennes, qui se savent d’une incommensurable incompétence, d’une grande médiocrité intellectuelle et d’une grande nullité professionnelle. Dans l’entourage du Président, une femme et un homme avaient compris depuis longtemps que le régime politique actuel était dans une dérive mortelle et qu’il fallait que, nolens volens, Hamada Madi Boléro en fasse partie pour lui donner une vie et une crédibilité, qui lui manquent cruellement.

 

   Un long entretien téléphonique entre le Président et Hamada Madi Boléro en août 2012, à quelques heures du départ du chef de l’État pour Malabo (Guinée Équatoriale), avait permis aux deux hommes de se mettre d’accord sur leur future collaboration, à un moment où le Président était confronté à la réalité du proverbe marocain selon lequel «les chevaux sont dans les écuries et les ânes galopent», c’est-à-dire qu’on se prive de la compétence et du talent des meilleurs et on laisse parader les nuls. Car, c’est de ça qu’il s’agit.

 

   Depuis une année et demie de présidence, notre chef d’État s’est laissé enfermer dans ses propres contradictions, dans ses petits complexes personnels et derrière le mur de haine construit autour de lui par son petit entourage fielleux, haineux, médiocre et lâche, le privant d’une classe politique qui peut lui apporter le talent et la compétence qui lui font défaut. Mais, ce Président entêté a fini par comprendre que la présence de Hamada Madi Boléro à ses côtés était incontournable, et ce, non pas pour rendre service à ce dernier, mais pour que le Président puisse se rendre service à lui-même. C’est de la Realpolitik, du réalisme politique. Et, il fallait que le Président sorte un jour du syndrome de Mohéli-2010, quand 9 autres Mohéliens étaient candidats à l’élection présidentielle face à lui, lui qui aurait souhaité être candidat unique et sacrosaint pour que personne ne s’oppose à lui, comme s’il était un Prophète, convaincu d’être le meilleur et le plus digne.

   En réalité, Hamada Madi Boléro et Ikililou Dhoinine sont faits pour travailler ensemble, et plusieurs facteurs objectifs l’expliquent. Ils se connaissent depuis le berceau. Ils ont joué au football ensemble, organisé des pique-niques ensemble quand ils étaient gamins, étudié ensemble, travaillé ensemble quand Hamada Madi Boléro était Premier ministre et quand Ikililou Dhoinine était son directeur de campagne lors des élections législatives de 2004. Mais, dès janvier 2011, les haineux ont tout fait pour que Hamada Madi Boléro ne soit pas associé à ce régime politique sans vision stratégique, ni âme, ni direction.

 

   Il y a aussi le professionnalisme de Hamada Madi Boléro, l’un des rares et vrais hommes d’État des Comores. Voici ce qu’a écrit sur lui, le Colonel Abderrahmane M’Zali des Forces Armées Royales du Maroc, dans son livre: «Les Comores, sous Azali Assoumani (1999-2006), collaboraient avec les États-Unis en matière de “lutte contre le terrorisme”. Mais, quand le ministre de la Défense, Hamada Madi Boléro, leur interlocuteur privilégié (les chancelleries le considèrent comme le seul véritable homme d’État du pays), démissionna du gouvernement en 2005, ils arrêtèrent le programme, faute d’interlocuteur sérieux et crédible. Unanimement connu et reconnu, même à l’étranger, pour son talent, sa compétence et son sens de l’État, Hamada Madi Boléro connaît mieux que quiconque, aux Comores, les enjeux de la “lutte contre le terrorisme”», in Abderrahmane M’Zali: La Coopération franco-africaine en matière de Défense, L’Harmattan, Paris, 2012, p. 394.

 

   Les États ont une logique, et de grands spécialistes des Relations internationales comme Pierre Renouvin, Jean-Baptiste Duroselle et Marcel Merle savent situer la place de l’individu dans les Relations intergouvernementales. C’est ainsi qu’alors qu’il n’était plus ministre de la Défense, Hamada Madi Boléro l’était redevenu sous Azali Assoumani, le temps d’effectuer une visite de travail de la plus haute importance en Égypte, à la demande des États-Unis, qui savent que les Relations internationales sont avant tout des relations d’hommes à hommes. C’est à Hamada Madi Boléro et à lui seul qu’ils voulaient parler et il s’agissait de parler de choses sérieuses, de choses très sérieuses.

 

   Les experts savent que le premier problème de gouvernance auquel est confronté l’État comorien est lié au manque de culture générale, de culture juridique et de culture d’État des autorités comoriennes. Or, il ne se trouvera aucun Comorien de bonne foi pour contester l’immense culture de Hamada Madi Boléro, cet homme d’État doté d’une très riche expérience en matière de gestion publique, lui qui a été administrateur à l’Assemblée fédérale, Directeur du Cabinet du Président Azali Assoumani, mais aussi son ministre de la Défense, son Premier ministre, lui à qui le même Azali Assoumani avait confié les clés de Beït-Salam de janvier à avril 2002 afin de se préparer aux élections présidentielles de 2002. Par la suite, Hamada Madi Boléro a été le premier Directeur de la Télévision comorienne.

 

   «L’orgueil précède la chute et l’humilité précède la gloire», nous apprend la Bible. C’est une réalité que nos hommes d’État n’ont pas compris. Or, Hamada Madi Boléro, lui, l’a compris et nous le dit de deux manières: «Un homme intelligent est un homme qui sait reconnaître ses erreurs et se remettre en cause» et «si j’étais à nouveau appelé à occuper des fonctions étatiques, je ne commettrais pas les erreurs de jeunesse que j’ai commises lors de ma première expérience politique». Personne n’a critiqué Hamada Madi Boléro de manière plus agressive et violente qu’Abdelaziz Riziki Mohamed, qu’il connaît, lui aussi, depuis le berceau, et qui aujourd’hui, a entièrement revu son jugement sur son ancien camarade de classe et ancien professeur particulier de Mathématiques. Cela nous ramène à la relativité des choses et à la nécessité de prendre du recul pour juger certains hommes, surtout quand ceux-ci sont prompts à se remettre en cause.

 

   Mais, un problème subsiste: l’entourage du Président voit arriver Hamada Madi Boléro avec la joie qu’on a quand on avale du poison. Il va tout faire pour le faire échouer dans sa mission ou pour créer un climat de défiance entre le Président et lui. On se souvient du 24 juillet 2011, date à laquelle la classe politique mohélienne s’était retrouvée à Miringoni pour parler du régime politique actuel, déclenchant l’ire des Conseillers présidentiels mohéliens: Ahmed Elarif Hamidi, Ben Massoundi Rachidi et Bakary Hotoabou. Pour sa part, Daniel Abdallah, notre génie national autoproclamé Conseiller spécial du Président, dès septembre 2010, avait dit: «Ce sont des gens qui ne pensent qu’à leurs intérêts», qui font du «bruit pour chercher une place au pouvoir», des «dinosaures» et des «chauvins» qui n’ont «jamais défendu» Mohéli alors que «la tournante mohélienne ne signifie pas un pouvoir confisqué par les Mohéliens». Merci, Monsieur Daniel Abdallah. Merci, «Daniel».

 

   Chose curieuse, un proche de Daniel Abdallah nous tenait le même petit discours ce 6 octobre 2012, nous apprenant qu’un politicien ne doit pas servir deux régimes politiques différents et qu’à 50 ans, on est un «dinosaure», bon pour le «cimetière politique». Ces gens-là ne comprendront jamais rien à rien. Ils s’enferment dans leur petite haine maladive.

 

   Par manque d’analyse politique, certains ont beaucoup ergoté sur une «chasse aux sorcières» menée contre les sambistes. Cette argumentation pèche par son simplisme et son caractère spécieux car l’un des hommes les plus haïs des sambistes est le malheureux M’Madi Ali, qui avait, à raison, demandé à Sambi de se taire et de cesser de dire qu’il était entouré d’incompétents, lui qui avait toute latitude pour choisir ses collaborateurs parmi les Comoriens les plus compétents et qui s’était entouré de nuls. Et, on se souvient des injures jetées à l’époque sur M’Madi Ali, souvent de manière inappropriée et indigne.

 

   Cette «chasse aux sorcières» inclut le Colonel Gamil Abdallah, renvoyé de manière fort humiliante alors qu’il paradait au Maroc. Mais, pourquoi avoir attendu son déplacement à l’étranger pour le limoger? Fait-il peur à ce point, lui qui se plaît à rappeler que c’est lui qui avait impliqué l’Armée dans la fraude destinée à favoriser la marche d’Ikililou Dhoinine vers Beït-Salam? Le limogeage simultané de Gamil Abdallah et M’Madi Ali fait dire à un ami: «C’est Mitsamiouli qui vient d’être décapitée». Ah? Que d’interprétations!

 

   En juin 2012, on a assisté à la sortie et à la présentation du livre de Hamada Madi Boléro. La présentation de ce livre par son auteur a créé une nouvelle dynamique autour du nom de l’intéressé, que tout le monde dit découvrir et apprécier, après lui avoir fait un mauvais procès. Donc, cette expérience éditoriale a produit des effets fort bénéfiques.

 

   Ici et là, on nous dit que la CRC, à laquelle appartient Hamada Madi Boléro, a désormais le vent en poupe. D’où l’inévitable question sur son éventuel repositionnement politique et sur celui de Hamada Madi Boléro, qui ne pourra plus être au centre du pouvoir et se dire de l’opposition. En tout état de cause, tout comme une hirondelle ne fait pas le printemps, Hamada Madi Boléro à lui seul ne fera pas de cette expérience un régime politique viable. Donc, le Président gagnerait à recruter d’autres hommes d’État de valeur sur toute l’étendue du territoire comorien. En attendant, on est quand même soulagé qu’il y ait, enfin, dans ce régime politique un homme d’État, un homme raisonnable.

 

© www.lemohelien.com – Jeudi 11 octobre 2012.