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Publié par Mak

Responsabilité et solidarité dans les institutions publiques tchadiennes : hiatus entre discours et pratiques. Cas de l’Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève.

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse.

 

 

Malgré ce titre évocateur d’un thème de recherche ou de mémoire, il ne s’agit pas dans le présent article de restituer des résultats d’une recherche scientifique. Il s’agit de quelques observations faites au sein de l’ambassade du Tchad à Genève que nous essayons de mettre en parallèle avec les valeurs de responsabilité et de solidarité. En effet, au dernier sommet mondial sur l’alimentation organisé par la FAO à Rome (Novembre 2009), le Président de la République du Tchad avait appelé, dans un discours intéressant, la communauté internationale à plus de solidarité et de responsabilité pour éradiquer la faim dans le monde.

 

Nous partons de cet appel, plein de bon sens, pour l’adapter aux réalités tchadiennes. La réalité qui nous intéresse plus spécifiquement ici, c’est le fonctionnement de la représentation diplomatique du Tchad à Genève ; pour deux raisons : d’une part nous y avons exercé, et d’autre part, la position stratégique de Genève à laquelle nous avons fait allusion dans nos articles antérieurs.  A travers quelques exemples concrets, à titre indicatif, nous aimerions illustrer le fait que la  gestion menée par l’ambassadeur est en décalage avec ce discours sur la responsabilité et la solidarité. En plus, elle ne rime pas avec les attentes légitimes de la population tchadienne pour laquelle la représentation existe. Cela n’œuvre pas, par ailleurs, pour la cohésion et l’efficacité de l’équipe en place.

 

Le cas de Genève est  intéressant à plus d’un titre, au regard de la gestion et du fonctionnement des institutions publiques. Pour tous ceux qui connaissent la Suisse en général, et Genève en particulier, ils ne nous contrediront pas si nous affirmons que la modestie et la simplicité des plus hautes autorités de ce pays et de cette ville, à tous les niveaux, ainsi que leur sens de responsabilité et de solidarité publique pourraient nous servir d’exemple dans la gestion et le fonctionnement de nos institutions publiques, surtout pour un pays en retard de développement comme le Tchad malgré ses richesses naturelles.

 

Alors, comment  chacun d’entre nous pourrait-il être responsable et solidaire dans ses actions quotidiennes de manière à contribuer, à son niveau, à la réalisation des attentes de la population tchadienne, entre autres, l’objectif national d’autosuffisance alimentaire ? Chacun peut y répondre à sa manière, mais ce dont nous sommes sûr d’une part, c’est que cela ne pourra pas être réalisé sans une conscience permanente de remise en question de soi-même et sans être guidé par la notion de service public et l’esprit d’intérêt général. D’autre part, l’obstacle principal est l’enfermement dans la recherche frénétique du confort personnel et familial sans se préoccuper de l’équilibre constructif entre intérêts privés et intérêt général, avec comme seule motivation les intérêts individuels et égoïstes.

 

De ce point de vue, le cas de l’Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève est révélateur. Les exemples de manque de sens de la responsabilité et d’absence du sens de la solidarité dans la gestion de cette institution sont légion, mais nous nous limiterons à un seul d’entre eux qui, malgré son caractère "anecdotique", est symbolique et riche d’enseignements quant à la vision de la chose publique de notre Chef de Mission à Genève.

 

En effet, dans le cadre de la mise en place de son parc automobile,  l’Ambassade, Mission Permanente du Tchad à Genève a reçu du trésor public tchadien une enveloppe consistante pour procéder à l’achat d’un véhicule de fonction du Chef de Mission. Une des caractéristiques du sens de la responsabilité et de la solidarité est la gestion rationnelle des ressources publiques qui nous sont confiées. Cependant, le Chef de Mission à Genève a procédé à l’achat d’un véhicule dont le coût aurait pu contribuer à faciliter la mobilité de son personnel (5 personnes) – dans le cadre de l’exercice de leurs fonctions – en plus d’un moyen de locomotion conforme au rang de Chef de Mission.

 

Au regard des exigences du contexte dans lequel évolue l’Ambassade, cette facilité de mobilité pour son personnel aurait accru l’efficacité de cette équipe et permis à l’Ambassade de jouer pleinement et mieux le rôle qu’on attend d’elle : elle aurait permis au moins un lobbying (bilatéral et multilatéral) intensif qui aurait aidé à capter des fonds (minimes soient-ils) susceptibles de contribuer à la réalisation de l’objectif national d’autosuffisance alimentaire. Relevons, à titre indicatif simplement, que la plupart d’autorités suisses n’hésitent pas à se déplacer en voitures privées, en transport en commun, en scooter ou à vélo ; leur achat et leur gestion de véhicules de fonction ne se font pas dans le même état d’esprit ("M’as-tu vu ?") que celui de notre Ambassadeur à Genève.

 

Le bon sens aurait voulu qu’il y ait au moins une consultation de l’équipe en place dans l’optique d’une évaluation de besoins en mobilité et de la prise d’une décision plus rationnelle, au lieu de se référer toujours à un avis familial, alors qu’il s’agit d’une institution publique. Par ailleurs, si nous essayons de mettre de côté cette facilité de mobilité (en comptant sur la débrouillardise du personnel en place), un fonds d’entraide pour le personnel aurait pu être mis en place pour parer aux éventuelles difficultés du séjour de l’équipe à Genève, sans remettre en question l’achat du véhicule de fonction du Chef de Mission, et Dieu seul sait que ce ne sont pas les difficultés qui manquent actuellement (sauf pour le Chef de Mission). Et nous savons tous que ces difficultés vont à l’encontre de l’efficacité des membres du personnel en place, et donc de l’Ambassade, en dépit de leur esprit débrouillard. Ce qui exige beaucoup de sacrifices de leur part, qui ne sont pas récompensés en retour comme le voudrait le bon sens. Le seul à se récompenser, sur le dos de son équipe, c’est le Chef de Mission.

 

Au cas où la création de ce fonds d’entraide aurait été jugée inopportune, si l’achat du véhicule de fonction du Chef de Mission avait été responsable – rationnel et solidaire, il y aurait eu un excédent qui aurait permis d’améliorer les infrastructures de notre Ambassade à Genève en complément au budget de fonctionnement. Il est incompréhensible et inadmissible, même pour le simple d’esprit, que l’Ambassadeur puisse louer une résidence (sur les fonds publics) de haut de gamme et mieux lotie que la Chancellerie elle-même, alors que cette dernière est une vitrine internationale de notre pays. La seule conclusion qu’on puisse en tirer, c’est que la vitrine personnelle de l’Ambassadeur vaut plus que celle de notre pays !

 

La gestion rationnelle et le bon fonctionnement de notre Ambassade, tenant compte de ses moyens et de ses missions ainsi que des réalités tchadiennes, aurait été un signe de solidarité avec notre population qui est confrontée à diverses difficultés qui ne trouvent pas encore de solutions durables.

 

Par ailleurs, au-delà de capter des fonds susceptibles de contribuer à la réalisation de l’autosuffisance alimentaire, un minimum de sens de responsabilité et de solidarité dans la gestion de cette ambassade aurait permis de canaliser vers le Tchad des ressources scientifiques, techniques, matérielles et financières suisses et internationales au profit de divers domaines vitaux dans lesquels nos compatriotes rencontrent plus de difficultés, en l’occurrence la santé publique, l’énergie, les infrastructures routières et de transport, l’éducation et la formation professionnelle, le logement, l’environnement, etc. Cela ne peut être réalisé si on n’a que son propre ventre comme GPS. Comme l’a souligné notre compatriote le Dr Djimet Adoum , ceux qui ne font que brouter tous azimuts là où ils sont attachés ne font que contribuer au délabrement de notre pays, et donc à celui de nos institutions et des conditions de vie de nos concitoyens.

 

Nous nous réjouissons du récent recrutement d’un deuxième chauffeur de l’Ambassade ; nous pensons que cela allègera les charges qui pesaient sur l’unique chauffeur qui était en place et fluidifiera les déplacements du personnel dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions. Nous voyons aussi en cela un des effets attendus de nos articles, en plus de la prise de fonction de la secrétaire consécutive à nos publications. Nous profitons ainsi de cette occasion pour encourager ceux qui publient déjà des contributions visant l’amélioration de nos institutions, et ceux qui s’apprêtent à le faire. Les personnes disparaissent, mais leurs écrits restent et finissent par produire leurs effets ; il suffit qu’ils rencontrent une oreille qui accepte d’écouter, sans peurs ni préjugés !

 

Nous espérons que ce recrutement, qui est un premier pas (certes timide), ouvrira des voies aux questionnements et solutions des divers dysfonctionnements de notre Ambassade qui l’empêchent de tirer le meilleur parti des opportunités qu’offre la coopération bilatérale et multilatérale en Suisse en général, et à Genève en particulier.  

 

Au terme de cet article, nous aimerions réitérer notre position et l’état d’esprit dans lequel nous écrivons nos articles. Ils ne sont pas faits dans un but subversif, mais constructif. En plus de nos services à la fonction publique, les idées exprimées dans nos articles représentent une contribution supplémentaire à l’édification et au progrès de notre pays. Ne tardons pas trop longtemps à prendre, certes avec discernement, le train de la modernité institutionnelle, politique, économique, socioculturelle, etc. C’est dans cette optique que, au-delà de l’exemple symbolique et anecdotique donné plus haut, nous reviendrons ultérieurement plus en profondeur sur d’autres exemples touchant entre autres aux questions consulaires, commerciales et de la fonction de représentation.

 

Nous sommes persuadé que l’intérêt général – dont l’une des voies est l’esprit de responsabilité et de solidarité, peut constituer un fondement unificateur de notre Nation et donner plus de sens à notre vie ; comme l’a dit Albert Pines, "Ce que nous faisons pour nous-même disparaît avec nous. Ce que nous faisons pour les autres et pour le monde est immortel et demeure." A méditer !

 

Bonne Aid El Adha à tous et à toutes. Assimah.

 

 

Talha Mahamat Allim.