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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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 Interview d’Abderamane Djasnabaille, Ministre au Tchad sur le Cinquantenaire de l'Indépendance

De passage à Genève, Abderamane Djasnabaille, Ministre des droits de l'homme du Tchad, un pays douloureusement ébranlé par des guerres effroyables, s'est prêté au jeu des questions sur la réalité (ou l'illusion) de l'indépendance des pays africains francophones.

 

  • Alors qu’à la sortie de la Seconde guerre mondiale, la décolonisation ne faisait pas partie des priorités européennes, nous commémorons officiellement cette année-ci le Cinquantenaire de l’Indépendance des 14 pays africains francophones. Comment votre pays a vécu ce tournant historique depuis le 11 août 1960, date à laquelle les Tchadiens ont pris leur destinée en mains et se sont octroyés la souveraineté de leur gestion politique, économique et sociale ?

 

Accéder à l’indépendance présente indéniablement une avancée ! Pour la forme, les Africains concernés ont pu assumé leur liberté même si en réalité elle n’a jamais été effective. Avoir des droits, c’est bien, mais sans le pouvoir de les exercer, cela ne sert à rien. Nous avons dû faire face continuellement à des décisions qui provenaient d’ailleurs sans que nous soyons concertés à aucun moment des processus décisionnels. Ceux qui n’étaient pas d’accord étaient mis au pas comme ce fut le cas pour le président François Tombalbaye. Les dictateurs étaient en grande partie le fait du pouvoir centralisé de la métropole française.

 

Depuis cet événement, le peuple africain peut décider par lui-même, et surtout, il a pu apprendre à décider ; en nous frottant au système politique, éducatif et militaire occidental, nous avons pu évoluer dans ce sens alors que sous un régime colonial, c’était le rapport de force qui prédominait. Mais il reste encore un long chemin pour jouir de notre souveraineté. Nous nous battons toujours pour cette indépendance proclamée. Quant à la date, il serait préférable une commune à tous les Etats africains concernés; une vision panafricaine de la gouvernance constituerait un avantage certain et désormais un but incontournable !

 

  • L’Afrique est riche en ressources naturelles. Et il est un proverbe africain qu’il est dommage de ne pas voir érigé comme une vérité utile aux Africains : dormir sur la natte de l’autre n’offre pas une nuit paisible. Entre espoirs et frustrations, comment expliquez-vous que l’autodétermination politique n’ait pas engendré un réel développement économique mérité avec l’Indépendance, ce qui vous aurait assuré une vraie liberté?

 

Nos richesses sont systématiquement drainées vers l’étranger. Il nous est demandé de cultiver les ressources tirées de notre sol mais nous ne recevons pas en retour les bénéfices de notre travail. Les prix sont fixés par Paris aussi bien pour les ventes que pour les achats.

 

Par exemple, l’activité cotonnière, première source des devises dans le pays fait vivre plus de 2 millions de paysans mais ne connaît pas les retombées économiques attendues car les sociétés nationales occidentales exploitantes ne redistribuent équitablement pas le fruit de la production. Autre exemple : il a été dit que le Tchad ne renfermait aucune ressource en pétrole … si ce n’est à partir de 2030 alors qu’en fait, ce n’est pas le cas; les experts du service de recherche d’une multinationale française bien connue avaient simplement voulu cacher cette réalité. Ce mensonge avéré a eu pour conséquence les guerres civiles qui ont déchiré le pays durant si longtemps.

 

Notre développement économique se trouve sans cesse entravé à cause du manque de leviers nécessaires à une action réfléchie et responsable.

 

Depuis lors, une société tchadienne de pétrole a été créée et nous avons rompu avec la Banque Mondiale. Le remboursement des investissements a été réglé en 3 ans et la somme de 150 milliards a été déposée pour le compte des générations futures avec la construction de 400 écoles et 400 dispensaires sur toute la surface du pays. Avec l’aide de la Banque Mondiale aux infrastructures pétrolières, le Tchad ne percevait que les royalties, des miettes en somme, et se trouvait devant l’obligation de devoir brûler du gaz à leur demande. Nous avons ainsi mis fin à un rapport de domination.

 

Pour se débarrasser définitivement du modèle colonial, il faut développer l’éducation car l’ignorance empêche le libre-arbitre. À l’exception du Sénégal, grâce à Senghor, le reste de l’Afrique est demeurée à la traîne à cause de ce manque cruel, rendant impossible les conditions de réflexion, à la base de la capacité de livrer des conseils techniques et au final de prendre les bonnes décisions pour une autogestion de toutes les affaires. Pour aperçu, un changement de taille touche désormais le sort des fillettes : il s’agit de les scolariser et d’interdire les mariages forcés de mineures, l’âge légal étant fixé dorénavant à 20 ans. Il faut tout de même préciser que cette évolution des mœurs sociales et juridiques ne peut s’accomplir sans partir des structures mentales des Africains ; elle ne peut découler d’un décret stipulé « d’en haut » !



Source: civitas