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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Le commandant des révolutionnaires libyens a expliqué à Magharebia comment il envisage de libérer la Libye.

Pendant plus de vingt ans, le général Khalifa Haftar s'est opposé au régime de Mouammar Kadhafi. Autrefois officier supérieur ayant servi dans l'armée de Kadhafi lors de la guerre contre le Tchad dans les années 1980, Haftar avait été capturé par les forces tchadiennes et abandonné par Kadhafi. Il avait alors rejoint un groupe d'opposants et était parti en exil à l'étranger.

 

Aujourd'hui, alors qu'une nouvelle génération de Libyens se dresse contre Kadhafi, Haftar saisit cette occasion pour diriger une nouvelle résistance. Commandant en chef de l'armée rebelle, le général espère conduire les combattants pro-démocratie inexpérimentés du pays vers Tripoli pour renverser Kadhafi. Magharebia l'a rencontré à Benghazi, où il a parlé de la situation à laquelle les rebelles doivent faire face.

Magharebia : Comment voyez-vous les jeunes combattants que vous êtes aujourd'hui chargé de commander ?

Khalifa Haftar : C'est une révolution du peuple qui a été lancée par des homme jeunes. Lorsque j'étais à l'étranger, j'ai vu les actes perpétrés par ces jeunes, des actes tels que je ne les avais jamais lus, ni vus au cinéma. Ce sont des jeunes désarmés qui affrontent des chars, des armes lourdes et des forces de sécurité qui progressent de manière très agressive, mais ils ne reculent pas. Cela est bien. Ces jeunes continuent de se comporter encore ainsi. Ils affichent un courage rare, un énorme enthousiasme et une volonté à toute épreuve.

Magharebia : Quel est l'état d'organisation de votre nouvelle armée ?

Haftar : S'il y avait eu une armée ici, le problème aurait été résolu en trois ou quatre jours. Mais Kadhafi tente depuis vingt ans de détruire les forces armées régulières, retirant toutes les armes et toutes les capacités des mains de l'armée. Une armée, ce sont des armes, des personnels et des entraînements, ainsi que de fortes compétences en matière de commandement ; or, il n'y a plus de commandants aujourd'hui, parce qu'ils n'ont eu aucune occasion de suivre des cours de formation à l'étranger. De plus, les personnels n'ont pas été encouragés à s'entraîner. Cela fait vingt ans que ça dure. Il était donc logique qu'il n'y ait plus rien, et qu'il n'y ait plus d'armée aujourd'hui.

Pour notre part, nous tentons, après toutes ces années, de regrouper ce que nous pouvons. Nous tentons de mener certaines opérations d'activation. Nous tentons également de réparer certaines des armes endommagées ou détruites. Ces jeunes ne sont pas formés, et ils ne savent même pas utiliser correctement les armes qu'ils ont reçues.

Magharebia : De nombreux responsables ont quitté le régime de Kadhafi depuis le début de la révolution du 17 février, que ce soit dans l'armée, dans les forces de sécurité et dans les milieux diplomatiques. Quelle est les dernières informations concernant ces défections ?

Haftar : Ils ont annoncé leur défection et publié des déclarations. Mais ils n'ont rien fait à propos des combats pour éviter autant que faire se peut les dangers. C'est en fait ce qui s'est produit durant la période récente ; plusieurs officiers ont été intégrés dans des unités volontaires, mais ils venaient d'unités non entraînées ou disposaient d'un entraînement peu discipliné. La discipline est la base des commandements et de leurs chefs.

Ils ont donc besoin d'une formation. Ils ne devraient pas non plus être mis en place, sur la base des nouveaux plans. Lorsque les vrais combats commencent, l'armée intervient et déboute l'ennemi, et après cela, les volontaires peuvent intervenir. Lorsque des unités régulières effectuent une mission donnée, ces unités se trouvent derrière les volontaires. La discipline signifie écouter toutes les instructions et les ordres, et obéir, en particulier sur un champ de bataille. Les militaires seront aux avant-postes parce que ce sont eux qui portent la plus lourde charge dans les combats contre l'ennemi, et chaque fois que nous enregistrons des succès, les révolutionnaires peuvent progresser.

Magharebia : Quel est l'état de l'équipement et de l'armement des rebelles ? Êtes-vous favorable au fait que des forces extérieures arment les rebelles ?

Haftar : Les révolutionnaires utiliseront les armes dont ils disposent jusqu'à la fin de cette crise, et après cela, ces armes retourneront d'où elles sont venues. Lorsque les révolutionnaires sont armés, ils peuvent afficher certaines valeurs ; nous craignons que certains ne se déguisent en révolutionnaires et que nous ne les retrouvions en train de voler ou de commettre des crimes. La guerre a son éthique, et de tels comportements ne sont pas autorisés parce qu'ils ternissent l'image de l'armée. Nous avons seulement besoin d'armes ; l'ennemi est proche, et le temps ne joue pas en notre faveur.

Magharebia : Les révolutionnaires ont-ils fait des prisonniers de guerre parmi les forces de Kadhafi ?

Haftar : Certainement, nous avons des prisonniers de diverses nationalités, notament des Tchadiens et des Maliens, et malheureusement aussi des Libyens. Il y a également des officiers de haut rang qui nous ont été utiles en fournissant des informations sur les unités, la manière dont elles combattent et comment leur personnel est composé.

Lorsqu'ils nous prennent des prisonniers, ils les font voir à la télévision. Mais contrairement à eux, nous aimons et respectons les familles des prisonniers. Ils torturent leurs prisonniers en utilisant des moyens étranges. Les méthodes utilisées par Kadhafi sont sans équivalent et sont inimaginables. Kadhafi estime que tout est permis dans la guerre psychologique. De nombreuses personnes affichent une certaine moralité, mais ses méthodes sont connues du monde entier. Tout ce qui est interdit est autorisé pour Kadhafi. Il explique aux élèves des écoles secondaires que tout est permis, qu'ils ne doivent pas avoir peur et qu'ils seront victorieux. A quoi pouvons-nous nous attendre après qu'il leur ait délivré un tel discours ?

Magharebia : Combien de temps pensez-vous que durera cette guerre ?

Haftar : Elle est dans les mains de Dieu seulement, et personne ne peut le savoir. Lorsqu'un bébé naît, savez-vous quand il mourra ? Tout est dans les mains de Dieu. Nos frères à Az-Zawiya, Zintan, Tripoli et Misrata connaissent un véritable désastre, notamment à Misrata et Zintan. Nous leur disons de résister à l'ennemi autant qu'ils le peuvent, en utilisant tous les moyens de pression possibles. Nous nous efforçons d'être aussi patients et aussi forts contre eux que nous le pouvons. Nous continuerons. Nous n'arrêterons pas ; nous ferons de notre mieux pour nous préparer et libérer ces villes en particulier de ce fantôme.

Quant aux tribus dans le centre et le sud du pays, comme les Magarha, Kadhafa et al-Furjan, nous n'agissons contre personne, à l'exception de ceux dont les mains sont couvertes du sang libyen, qui sont dans ce cas de dangereux ennemis pour nous. Quant aux autres tribus, comme al-Hassoun, Oulad Solayman et Tarhuna, chacune doit se préparer et être prête à bouger pour le cas où les révolutionnaires se déplacent vers l'ouest, de manière à pouvoir agir en même temps et débarrasser le peuple libyen de ce spectre.

Magharebia : Certains rapports indiquent que l'OTAN commence à être à cours de munitions. Croyez-vous en de telles rumeurs ?

Haftar : Ces informations prennent des formes différentes de temps à autre. Je ne pense pas que quiconque puisse croire qu'il manque de munitions. Il s'agit d'un argument politique qui répond à d'autres visées. Pour notre part, nous poursuivrons notre mission, que l'OTAN continue ou non. Nous poursuivrons Kadhafi même si nous devons le faire les mains nues. Nous le pourchasserons jusqu'à la fin.

Magharebia : Avez-vous quelque chose d'autre à ajouter ?

Haftar : La vérité doit être rapportée, parce que les médias en modifient parfois la signification et la portée. Je ne veux pas que cela soit le cas. Je vous souhaite le succès et espère vous rencontrer à nouveau lorsque la situation sera différente.

 

Par Asmaa Elourfi pour Magharebia à Benghazi – 25/04/11