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Publié par Mak

Tchad, diplomatie et francophonie. Oser aller au-delà de la nostalgie idéologique liée à notre langue pour s’ouvrir à d’autres horizons plus pragmatiques.

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

A l’approche du 13ème  Sommet de la francophonie (22–24 octobre 2010, Montreux-Suisse), il nous semble utile de revenir sur la place de la langue française dans les arcanes des relations internationales et plus spécifiquement dans le fonctionnement des instances internationales.

 

A partir du décryptage et des observations de la diplomatie africaine francophone dans le fonctionnement du système international, il s’avère que la seule maîtrise du français apparaît être un handicap majeur dans les négociations internationales sur des questions décisives dans un cadre régional, voire global.

 

Les langues usuelles du système multilatéral sont principalement l’anglais, l’espagnol, le français, l’arabe, le russe et le chinois avec une prédominance anglo-saxonne. Les principaux textes et documents de travail sont en anglais ainsi que le processus de négociation autour des textes, avec un service d’interprétariat.

 

Ce qui se passe la plupart du temps quand le service d’interprétariat n’est plus assuré, c’est que ceux qui ne maîtrisent que le français se voient marginalisés, d’autres quittent la salle pour se retrouver à la clôture et adopter des textes dont ils n’ont pas véritablement participé au débat. Comment peut-on amplement tirer profit de ce qui se déroule et se construit dans une langue qu’on ne maîtrise pas ? Cette problématique de la langue se pose également pour le cas du Tchad comme pour la plupart d’autres pays francophones d’Afrique.

 

En tant qu’acteur sur la scène mondiale, le Tchad devrait utiliser tout son potentiel pour relever les défis qui lui sont posés et faire valoir la place qui est la sienne dans les instances internationales. Il est aussi fondamental d’inscrire la conduite diplomatique de notre pays non seulement dans une action concertée mais surtout dans une logique d’affirmation dans la défense de ses intérêts politiques, économiques, culturels... Cela passe entre autres par la maîtrise de l’information et de la communication dont la langue est le principal vecteur.

 

En effet, il est institutionnellement établi que le Tchad utilise deux langues officielles : le français et l’arabe bien que le degré d’usage soit différent. Ce qui constitue un certain handicap dans l’exploration et l’exploitation optimales de nouveaux espaces de coopération et de négociation ainsi que de ceux existant déjà, surtout quand certains de ceux qui nous y représentent ne maîtrisent pas bien la langue en vigueur et ses outils, en l’occurrence l’anglais.

 

Cela constitue un enjeu important pour notre pays au regard des défis qu’il a à relever notamment dans les domaines de l’économie, de la santé, du commerce, du développement durable etc. Par ailleurs, la maîtrise de l’information est devenue un atout important dans un monde globalisé, et les publications médiatiques, techniques, économiques, scientifiques… les plus importantes sont principalement rédigées en anglais.

 

Ainsi, le bon sens recommande que l’on aille au-delà des efforts et démarches personnels pour mettre en place une véritable politique de formation et de perfectionnement en langues les plus utilisées dans le système international et diplomatique, dont l’anglais à l’heure actuelle. 

 

Cependant, il ne suffit pas d’apprendre la langue ou de la maîtriser, il faut être aussi capable de s’en servir pour exprimer, défendre et faire vivre ses idées, ses valeurs, ses principes et ses intérêts. En d’autres termes, il ne s’agit pas de faire de la langue une fin en soi mais un moyen pour dépasser le stade auquel nous sommes actuellement.

 

L’importance de la langue française n’est plus démontrer. Cependant, parler français c’est bon, maîtriser d’autres langues c’est mieux ; il en va de même pour l’arabe. Comme le disait Richelieu "en matière d’Etat, il faut tirer profit de toutes choses, et ce qui peut être utile ne doit jamais être méprisé."

 

Talha Mahamat Allim

 

 

 

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