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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Contraint à l’exil dans les années soixante pour échapper à la répression sous TOMBALBAYE, le regretté Adoum-Maurice HEL-BONGO, de part sa culture humaniste et sa formation intellectuelle dès sa prime jeunesse, n’avait jamais cru à la violence.


Comme il a été rappelé par certains compatriotes qui lui ont rendu hommage, c’était un humaniste et un pacifiste.


Pourtant, ces dernières années, il avait côtoyé l’opposition armée de façon assez visible, ne cachant pas sa sympathie pour les mouvements politico-militaires allant jusqu’à assumer brièvement le poste de 1er vice-président du MDJT sous le défunt Youssouf TOGOÏMI.

Comment le président historique de cette non moins historique Conférence nationale, destinée à fermer définitivement « la parenthèse de sang », s’était-il retrouvé en compagnie de ceux qui voulaient apporter le changement par les armes ?

Le « Doyen » avait-il changé à la fin de sa vie ? Avait-il renié ses convictions pacifistes ?

Cela mérite qu’on y réfléchisse.


Je voudrais, en guise d’hommage, jeter mon petit éclairage personnel et partiel, sur cette apparente contradiction, en attendant qu’un de nos jeunes chercheurs s’atèle à la rédaction d’une biographie en bonne et due forme de ce baobab de notre histoire nationale (sans oublier les Djibrine KHÉRALLAH, Jean BAPTISTE, André MOUGNAN, Dr Outel BONO, Ibrahim ABATCHA, Ousman GAM, IBNI OUMAR Mahamat Saleh… et tous  les autres dont la vie, et souvent la mort aussi, se confond avec les tournants les plus décisifs de cette histoire nationale) .


Sur la base de nos discussions personnelles, dont la dernière remonte au 04 septembre 2009, quand nous étions partis lui rendre une visite qu’on ne savait pas qu’elle serait la dernière, avec ma collègue Annette LAOKOLÉ, à son domicile, à Genève, je puis affirmer que le personnage n’avait pas changé.


Il était resté le démocrate profondément pacifiste et profondément nationaliste qu’il avait toujours été.


La grande déception de sa vie évidemment c’était de ne pas avoir pu voir la Conférence nationale porter ses fruits à travers une transition apaisée et consensuelle vers une réelle alternance pacifique au pouvoir.


Mai au delà, sa plus grande tristesse, c’était de voir les spectres hideux du tribalisme et du communautarisme  envahir la scène politique. Parler des Nordistes, des Sudiste, des musulmans, des chrétiens, des arabophones, des francophones, de telle ethnie ou telle autre dans le débat politique, c’était cela qui lui causait une torture interne permanente.

Il avait toujours rêvé d’un Tchad où les gens apprendraient à faire la différence entre le champ social et familial où les appartenances communautaires ont leur place, et le champ du débat politique public où les seuls critères seraient la justesse des idées et les qualités personnelles de ceux qui les portent.


Son retour au pays en 1993 devait, selon son rêve, clore définitivement la longue et douloureuse page de l’exil ; exil dont il ne pensait pas avoir à reprendre le chemin jusqu’à sa mort.


Après la CNS, il se préparait à se présenter aux élections présidentielles à la demande de nombreux courants et personnalités.


Beaucoup pensaient que sa candidature, en tant que personnalité indépendante et respectée de tous, pourrait être une carte pour les partis politiques qui étaient trop dispersés face au MPS.

Le pouvoir avait tout de suite vu le danger et avait multiplié les manœuvres et les coups bas pour l’empêcher de constituer son dossier de candidature.


Très vite, il devenait évident que les espoirs nés de la CNS étaient trahis : le Tchad ne s’acheminait pas vers une transition démocratique, mais vers la mise en place d’une dictature familiale, dont la voracité et la brutalité le disputent à la médiocrité, qui ne recule devant aucun crime pour faire taire les voix discordantes, donnant progressivement raison à ceux qui avaient abandonné la lutte légale pour prendre les armes.


Son rapprochement avec l’opposition politico-militaire n’était pas pour autant une adhésion automatique au schéma de prise de pouvoir par les armes. Sa pensée était beaucoup plus nuancée, plus complexe.


Premièrement, Il pensait que le choix de ceux qui avaient pris les armes était légitime, le régime ne leur laissant pas d’autre alternative.

Deuxièmement, des personnes qui partageaient la même vision que lui s’étaient retrouvées en exil ou alliées avec les politico militaires.


A commencer par son propre vice-président à la CNS, Youssouf SALEH ABBAS.

Ce dernier bien qu’ayant adhéré au FROLINAT dans sa jeunesse, avait très tôt pris ses distances avec le fractionnisme armé et avait essayé d’évoluer aux côtés de la Société civile et de l’opposition non-violente ; et voilà que le même Youssouf SALEH ABBAS  se retrouve hors du pays et Coordinateur extérieur du MDJT !


Ensuite le président GOUKOUNI dont la participation à la CNS couronnée par la cérémonie de la destruction symbolique d’armes de guerre sur la place de l’Indépendance en compagnie du président DÉBY avait conforté l’espoir du peuple tchadien en l’avènement d’un système politique complètement pacifié, le président GOUKOUNI donc, se retrouve en exil et prend fait et cause pour le MDJT avant de former la CMAP, en compagnie d’une autre personnalité phare de la CNS et de la scène nationale, connue pour sa culture anti-militariste : M. Antoine BANGUI !


Toutes ces personnalités ainsi que de nombreux autres cadres connus pour leur pacifisme qui avaient fini par accepter l’option armée ne pouvaient pas se tromper.

Cependant, en tant que vieux sage qui en avait vu d’autres, il n’était pas pour autant obsédé par le désir de vengeance, ni même par celui d’essayer de revenir au pouvoir par la force.

Etre en contact avec l’opposition armée, c’était pour lui, d’abord être du côté des victimes sur le plan moral, ensuite, sur le plan sentimental, être proche du camp où il comptait le plus d’amis politiques, enfin et surtout, être dans le camp où son langage de paix et d’unité avait le plus de chance d’être entendu et compris.


Au cours de toutes les discussions que j’ai eues avec lui, il avait toujours tenu le même discours, à savoir que la lutte armée est légitime mais elle n’est pas la solution miracle. Remplacer le groupe au pouvoir par un autre groupe armé, fût-il celui de ses amis, n’était pas sa priorité. Sa conviction était que les Tchadiens du pouvoir et de l’opposition devraient tous, sans rancune, s’asseoir autour d’une même table, enterrer la hache de guerre et définir une nouvelle transition en tirant leçon de l’échec actuel.

Pour cette raison, il n’avait jamais coupé les contacts avec les Tchadiens de quelque bord que ce soit, tenant toujours aux uns et aux autres le même discours d’apaisement et de dépassement de soi.


Pour la petite histoire, nous étant retrouvés, en février 2009, dans une soirée organisée par la communauté tchado suisse, il avait insisté pour que l’ambassadeur du Tchad à Genève et moi-même fussions assis à sa table. Au cours de son discours d’ouverture de cette soirée, il associa mon nom et celui de l’ambassadeur dans un même hommage personnalisé qui n’avait surpris que ceux qui ne connaissaient pas le fond de la pensée de HEL-BONGO.


« Il faut croire à la paix et à la réconciliation», « les Tchadiens ne sont pas des animaux sauvages », « la raison finira par prendre le dessus sur la passion » étaient les formules qu’il me répétait souvent, de sa voix douce et chaude, avec ce regard pur, presque enfantin, de ceux qui ont tous compris de la vie et qui sont persuadés qu’après leur départ de cette terre d’autres continueront à prêcher la juste cause. Que le Tout-puissant nous donne à tous la clairvoyance d’être de ceux là et le courage de supporter les sacrifices qui en découlent.

Adieu, ou plutôt, au revoir, Doyen !

Acheikh IBN-OUMAR (22 janvier 2010)