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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Et si l’élection de Hollande inquiète N’djaména

La bataille Hollande-Sarkozy tend vers sa fin. Tant en Europe qu’en Afrique, elle passionne et inquiète, surtout en Afrique francophone. Une certitude : l’arrivée de Hollande à l’Elysée n’est du goût de N’djaména. Un socialiste au pouvoir signifie  une nouvelle politique étrangère et changement des donnes. Voilà ce qui peut couper appétit et sommeil à nos princes.

Les résultats du 1er tour des présidentielles françaises sont connus. Le président sortant Sarkozy est distancé de moins d’un point et demi par le candidat socialiste, soit 28.63 contre 27,18% des voix. Apprend-t-on que c’est pour la première fois que cela arrive dans la 5ème République en France. Cela dit, la politique qu’a menée Sarkozy a déplu au peuple français d’où le rejet de son système fondé sur la concussion, la stigmatisation de l’autre, le halal, et bien d’autres thématiques version lepéniste.Le fait qu’il est entrain de vouloir siphonner les voix frontistes (18,5%)  exprime bien plus son embarras et sa trouille à se faire réélire. Mais là relève purement de la cuisine française même si cette dérive droitière inquiète les Noirs d’Afrique et les Maghrébins.Une évidence : que ça soit en France ou dans le pré-carré français, Sarkozy n’a laissé de bons souvenirs, à part les bourdes et abus de langage. Son discours hégélien de Dakar reste encore vivace dans les esprits des noirs-africains. Alors ceux-ci auront-ils des remords pour son départ de l’Elysée, le 6 mai prochain ? En toutcas, les premiers à applaudir seront les ″gbagboistes″ et les ″kadhafistes″, bien sûr en Afrique. Tellement que les liens entre cette dernière et la France ne datent pas d’aujourd’hui, la vie politique hexagonale reste une passion pour les africains, de surcroit les intellectuels et semi-lettrés. Mais pour cette année, les enjeux des présidentielles françaisessont de taille sur le continent. Ils  impliquent à la fois pays et peuples d’Afrique francophone, à fortiori leur destin. Quand bien même que les anciennes colonies se disent indépendantes, nombre d’elles, devenues Etats, ne parviennent pas à s’en sortir du joug paternaliste français. Et le pays de Toumaï en fait partie du lot d’éternels  soumis à la politique de l’Elysée.

Le Tchad, une « chasse gardée ».Sous Sarkozy, la relation entre la France et le Tchad s’inscrit dans la droite ligne de la Françafrique. Notamment, en passant par les fracassantes et meurtrières entrées des rebelles à N’djaména à l’affaire Arche de Zoé, Paris semble avoir le dernier mot sur la politique tchadienne, qu’elle soit nationale ou étrangère si cette dernière en existe bien sûr. Que la relation entre les deux (2) capitales soit distendue en une époque, cela n’a jamais signifié que Paris a lâché prise sur ses intérêts au Tchad.Comme l’a si bien écrit, Pierre Prier, dans un article[1], « le Tchad était la chasse gardée de la France. (…) A l’intérieur, aucun président ne pouvait régner longtemps sans l’aval de l’Elysée et du ministère de la défense ».Bien avant lui, Jacques Barouma avancé qu’il était« une partie intégrante du patrimoine français. Sauf qu’il ne bénéficie d’aucun privilègeaccordé aux vraies provinces[2] ». Donc, ce qui résultera des choix du peuple français le 6 mai, concernera aussi directement le Tchad et son peuple. Mais entre les deux (2) candidats, Hollande et Sarkozy, y-a-t-il une préférence au Tchad? Certainement, Hollande est à éviter.Or selon les sondages, le prochain président français serait le candidat socialiste. C’est-à-dire François Hollande.

Une chose est certaine, avec Hollande au perchoir, les donnes vont changer à commencer par la Françafrique. Dans le 58ème des 60 engagements pour la France, dixit-il « je romprai avec la  Françafrique, en proposant une relation fondée sur l’égalité, la confiance et la solidarité ».En croire, le candidat socialiste, il débarrasserait la coopération France-Afrique« des formes anciennes héritées de la période postcoloniale dure et tournée résolument vers les défis des sociétés africaines du 21ème  siècle ».Decet engagement, se définirait la nouvelle orientation de la politique africaine de la France, sous Hollande. Le Tchad est, ainsi, prévenu, surtout le parti au pouvoir MPS.

En outre, l’élection de Hollande, mettra N’djaména dans des situations peu confortables.Il ne fallait pas être dans la tête de Jupiter pour savoir entre le MPS et le PS, tout n’est pas rose.Les fréquentations et l’estime ne sont ni cordiales ni modestes entre les deux (2) partis. Pour le pouvoir, parvenir à faire oublier ces « incidents » doit être inscrit dans son agenda, si les 55% de Hollande se confirment le 6 mai.Une victoire socialiste signifierait au Tchad le début d’un nouveau bras de fer entre le PS et le parti au pouvoir.Entre temps, survolons les averses prévisibles.

Le spectre IBNI.L’affaire IBNI ressurgira et occupera une grande place dans la relation franco-tchadienne sous la présidence de Hollande. D’ailleurs, il serait même anodin qu’un socialiste puisse arriver au pouvoir sans la détaler. Et avec une majorité au parlement, le PS pourrait faire payer au MPS le prix de ses ″incivilités″.D’ailleurs, même sous Sarkozy, les parlementaires socialistes n’ont cessé de poser des questions embarrassantes au gouvernement. Dans ce cas que fera N’djaména ? Hypothèse n°1 : lancer la procédure et les enquêtes. Hypothèse n°2 : s’obstiner et refuser de coopérer.

Après l’épineuse affaire IBNI, s’invitera l’ouverture démocratique, le dialogue entre l’opposition et le pouvoir. Il est à souligner que le rapprochement et les accointances entre l’opposition démocratique tchadienne (PLD, UNDR, UFD/PR et AND) et le PS ne sont pas un secret de polichinelle.Etant le mentor de l’opposition tchadienne (CPDC seulement), le PS va contraindre le pouvoir en place à tenir des dialogues réunissant toutes les forces vives de la nation pour le rétablissement d’une réelle paix  et de l’Etat de droit au pays.Selon Kofi YAMGNANE, dans son habit de chef d’Etat, François Hollande adoptera la même ligne de conduite que Barack Obama, qui «fixer des standards démocratiques élevés et de ne pas légitimer des autocrates en leur rendant des visites de complaisance ou en les recevant aux frais de la République, un jour, pour ensuite les vouer aux gémonies».

Qu’il s’agit des brouilles PS-MPS, l’affaire IBNI ou l’ouverture démocratique au Tchad, le régime en place est appelé à négocier, et de fois, en coulisse à beaucoup céder.En tout cas, un rapport de force, version KAGAME, est à écarter.Pis encore. Ce n’est pas avec la politique du « chien aboie, la caravane passe », désuète qu’elle paraisse, dont le système régnant est adepte, pourrait arrêter les jacassements de Paris au nom de la liberté et de la justice, chères aux socialistes.

Cependant même si Sarkozy s’en va, du fait de la nature de relation qu’entretient Paris avec N’djaména, le pire est à écarter.Tout simplement, cette relation, s’inscrit dans un labyrinthe, relevant de la realpolitik et de la géostratégie,  aux contours abstrus hors de portéedes profanes.Force est de constater que du faitde la conjecture économique mondiale. Alors il n’y a pas à se leurrer et s’illusionner pour attendre des miracles de la part du PS au Tchad, parce que, « les Etats n’ont pas d’amis, mais que des intérêts ».

Hassana Djidda Abdoulaye

Journaliste et Analyste

Dipl. Communication et relations internationales

 



[1]Pierre Prier : le Tchad laboratoire de l’après Françafrique (source :lefigaro.fr)

[2]Conflit Nord-Sud″ Mythe ou réalité ?page 73, centre Al Mouna 1996.