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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Soldats-togolais-deployes-a-Sam-Ouandja_article_top.jpgOn ne sait pas trop quelle mouche aura piqué Idriss Déby et Joseph Kabila, mais on l’aura compris. Ces deux chefs d’Etat ne tiennent plus les casques bleus de l’ONU (Organisation des Nations Unies) en odeur de sainteté. Pire, ils considèrent ces combattants de la paix qui risquent leur vie à longueur de journée dans des régions du monde où ils n’ont ni père ni mère, comme des éléments désormais indésirables chez eux. Et ils exigent l’un et l’autre, leur départ de leurs pays respectifs. Ils l’ont d’ailleurs fait savoir à plusieurs reprises et avec insistance. La RDC (République démocratique du Congo) a introduit à cet effet une demande sans équivoque à l’ONU, et la Monuc (Mission des Nations unies en RDC) en ce moment, se prépare en conséquence.


Le Tchad de Déby ne fait pas autre chose, qui demande instamment que la Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat), quitte le Tchad à l’expiration de son mandat en mars 2010.

Ces deux chefs d’Etat africains auraient décidé de payer l’ONU en monnaie de singe, qu’ils ne s’y prendraient guère autrement. Et au-delà des circonlocutions diplomatiques utilisées pour le justifier et parvenir à certaines fins, on ne peut manquer de voir dans ces « exigences » d’aujourd’hui quelque chose d’ingrat, d’inélégant et de malsain. Car on rappelle tout de même dans quelles conditions et à quelles fins ces combattants de la liberté ont été envoyés qui, en RDC dans les contingents de la Monuc et qui, au Tchad, dans ceux de la Minurcat.


En 1999, Mobutu qui avait fini par fuir le Congo, n’avait laissé derrière lui qu’une situation de déliquescence. L’Etat y était quasiment inexistant et devait faire face à un territoire aussi vaste que l’Europe, peuplé seulement d’une soixantaine de millions d’âmes qui devaient résister aux velléités des anciennes Forces armées rwandaises désireuses de se servir du Kivu pour reconquérir ledit Rwanda. A ces difficultés déjà immenses s’ajoute celle, permanente dont souffre ce pays, victime depuis toujours de ses immenses richesses qui sont l’objet de convoitises, tant de multinationales cupides que de pays voisins avides. Sans oublier cette seconde guerre du Congo qui éclata en 1998. C’est dans ce contexte que la Monuc, aujourd’hui indésirable, a été envoyée dans le but de ramener la paix. Elle avait pour mandat de faire face à la guerre du Kivu pour en limiter les pertes humaines parmi les populations civiles, de veiller au respect des cessez-le-feu, et enfin de faire rentrer au Rwanda les milices armées qui avaient quitté ce pays.


Quant à la Minurcat, elle a été déployée à l’Est du Tchad depuis mars 2008, dans le but de protéger les 250 000 réfugiés du Darfour ainsi que les 170 000 personnes déplacées à l’Est du pays. Elle aussi, est perçue d’un mauvais œil par "chef" Déby qui la trouve depuis peu fort encombrante et souhaite que l’on déleste son pays d’une force qui, à ses yeux, n’a pas atteint "les objectifs qui lui avaient été fixés".



Que l’on fasse grief aux différentes troupes onusiennes d’avoir commis des erreurs, dans l’accomplissement des missions à elles confiées, personne ne le conteste. Il y en a eu et ils sont regrettables. Mais, en la matière, qui, dans les mêmes circonstances, sortirait indemne de toute faute ? Mais surtout, ces fautes invoquées suffisent-elles, à elles seules, à justifier que l’on décide à présent de prendre les forces de maintien de la paix pour des malpropres, justes bons à jeter dehors sans ménagement ? Assurément non. Aussi faut-il rechercher ailleurs les vraies raisons de ces ires subites et déraisonnées. Les arguments de "souveraineté" des Etats, et de "missions manquées" des casques bleus ne sont que des arguties et masquent très mal le dépit manifeste de ces chefs d’Etat, furieux de n’avoir pas pu manipuler et instrumentaliser ces soldats de la paix qui, envers et contre tout, auront décidé de rester fidèles à la mission qu’ils avaient reçue de l’ONU. Car après tout, ces casques bleus de l’ONU n’ont pas pour mandat de protéger des régimes, ils n’ont pas pour mission de matraquer les ennemis de Déby ou ceux de Kabila, ou tout simplement de "casser" du rebelle. Et c’est bien cela, au fond, la "faute" qui leur est reprochée à mots couverts et au nom de laquelle on réclame aujourd’hui leur défénestration. Une fois de plus, les formes n’y sont pas et c’est bien cela aussi qui confine à de la pure ingratitude. Tout simplement pitoyable. Mais, au-delà, que peut-on envisager pour le futur immédiat de nombreuses populations, après le vide que laisseront les départs de la Monuc du Congo et de la Minurcat du Tchad ? Qui prendra en charge les misions de protection des civils, de facilitation de l’aide humanitaire aux milliers de réfugiés et aux personnes déplacées à l’intérieur de ces pays ? Qui s’opposera aux violations des droits humains, notamment aux viols et recrutements d’enfants soldats ? En un mot, les autorités tchadiennes et congolaises sont-elles prêtes à combler efficacement le vide sécuritaire que créera forcément l’ "expulsion" des soldats de l’ONU de leurs territoires "souverains" ? Rien n’est moins sûr.


Il faut souhaiter que la raison prévale. Nul ne souhaite qu’un pays souverain se voit imposer l’intrusion de combattants étrangers car cela équivaut à de l’occupation. Mais, il faut se souvenir aussi que l’ONU n’a jamais envahi personne. C’est la désespérance engendrée par les affres de la guerre et de la misère qui a décidé l’ONU à voler au secours de populations entières qui souffraient dans leur chair, ne savaient plus où aller, ni sur qui compter. Et pour le moment et jusqu’à preuve du contraire, des milliers de personnes, tant au Tchad qu’en RDC, doivent à ses combattants de la paix d’être toujours en vie. Et d’autres, sans doute aussi des milliers, ont toujours besoin de sentir à leurs côtés, la présence de ces hommes qui par leur dévouement, protègent, soulagent et rassurent. Et ce n’est pas vraiment le dépit de leurs gouvernants qui compensera la lourde perte que ressentiront des milliers de réfugiés auxquels se joignent autant de déplacés. Il faudra donc penser à redéfinir les normes du devoir d’ingérence.


 Source : Le Pays