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Publié par Mak

Le Tchad : Quel regard porter sur les rapports entre la diaspora et les représentations diplomatiques tchadiennes ?

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

Pour des raisons multiples et variées, les tchadiens, voire même des tchadiennes (ce qui est nouveau dans l’histoire récente de la migration tchadienne), partent vers de nouveaux horizons, s’installent sous d’autres cieux. Ils se retrouvent ainsi dispersés à travers le quatre coins du monde, notamment en Afrique, dans le monde arabe, en occident et récemment en Asie. On y trouve des intellectuels, des fonctionnaires, des étudiants, des artistes, des manœuvres, des commerçants, des entrepreneurs etc. Ils construisent des rapports entre eux tout en restant en relation avec leur pays d’origine, le Tchad. On a coutume de dire que le tchadien n’aime pas l’aventure et préfère rester chez lui pour affronter les difficultés. Cette tendance est de moins en moins justifiée. Ces trente dernières années, le flux migratoire  des tchadiens vers les différents continents ne cesse d’augmenter.

 

Dans la plupart des pays où ils s’installent,  il existe des représentations diplomatiques du Tchad. En principe, ceux qui dirigent ces représentations ont diverses missions dont la promotion des bonnes relations bilatérales et multilatérales d’ordre économique, politique, culturel, scientifique… Ils ont également en charge la promotion et la défense des intérêts de leur pays tout en recueillant des informations au profit de ce dernier sur les potentialités et les réalités du pays hôte. Ils sont aussi censés promouvoir et défendre les intérêts de tchadiens résidant ou de passage dans le pays hôte, protéger leurs compatriotes et faciliter leur accès aux différents services fournis par les ambassades.

 

Cependant, les pratiques de certains dirigeants diplomatiques, plus particulièrement à l’égard de la diaspora se résument d’une part à une mobilisation à caractère politiques (échéances électorales, visite du Chef de l’Etat, célébration des fêtes nationales…), et d’autre part, des pratiques qui s’apparentent à l’espionnage et à la suspicion contre leurs compatriotes à l’image de ce qui se faisait dans les années 1960 contre les milieux estudiantins tchadiens à l’étranger. Les Tchadiens de l’étranger sont perçus à tort par certains ambassadeurs comme vecteur d’opposition au pouvoir en place. Derrière les discours convenus de certains ambassadeurs, se cachent des rapports de renseignements sur les tchadiens de l’étranger en total déphasage avec la réalité des faits ; des rapports qui sont transmis aux autorités tchadiennes. Ce qui est en contradiction avec les principes de l’Etat de droit et de la dignité humaine.

 

C’est probablement ce genre des pratiques malsaines qui suscitent de la méfiance de la plupart des tchadiens résidant à l’étranger observée à l’égard de nos représentations diplomatiques. Ce qui se reflète dans le très peu de contacts entre la diaspora et les ambassades, si ce n’est pour des services consulaires et urgents. Ce qui arrangent beaucoup certains ambassadeurs…

 

Au regard de ce qui précède, de la place et du rôle de la diaspora dans le progrès du Tchad, un certain nombre des questionnements s’imposent dans l’optique de l’amélioration des rapports entre les représentations diplomatiques et la diaspora de manière à ce qu’ils soient plus productifs et bénéfiques au Tchad et aux tchadiens. 

 

 

Comment la diaspora tchadienne peut-elle participer au développement et à la pacification du Tchad ? Dans ce but, comment intégrer toutes les composantes de la diaspora tchadienne dans les différents secteurs , aspects et échelons de la vie du Tchad ? Comment capter, mobiliser et déployer tout ce que peut apporter la diaspora au progrès du Tchad ? De manière générale, quels types de rapports construire entre les instances dirigeantes du Tchad et la diaspora tchadienne, à travers les représentations diplomatiques ?

 

Soulignons d’emblée que la diaspora tchadienne participe déjà de manière informelle à la vie socio-économique du pays. Elle apporte en outre certaines contributions d’ordre intellectuel, culturel, financier ou politique. Pour que l’impact de ces apports soit plus significatif et plus efficace, il est primordial que ces contributions soient formellement reconnues et institutionnellement organisées.

 

A l’image de certains pays africains (Mali, Ghana, Maroc, Sénégal, Ouganda…), cela passera par un rôle plus actif de nos ambassades et de la structure du ministère des affaires étrangères chargée des tchadiens de l’étranger. Pour que cette structure soit le plus proche possible des concernés et plus efficace, une structure formelle dédiée à la diaspora et ses contributions devrait être créée au sein des différentes représentations diplomatiques tchadiennes à l’étranger. Cette structure aurait pour mission d’intégrer et d’impliquer la diaspora dans la vie du Tchad tout en favorisant, facilitant et développant des échanges entre les tchadiens de l’étranger et leur pays. Elle se chargerait de capter et de mettre en valeur les potentialités techniques, scientifiques, économiques, culturelles et politiques de la diaspora.

 

A l’instar des autorités nationales qui ont des contacts réguliers avec la population au Tchad à travers des visites ou des réunions, il serait judicieux qu’il soit de même entre les autorités et les représentations diplomatiques d’un côté et la diaspora de l’autre, et plus spécifiquement entre cette structure dédiée à la diaspora et cette dernière.

 

Des efforts de sensibilisation et d’encouragement de la diaspora méritent d’être menés pour l’amener à s’investir davantage dans la vie socio-économique, politique, culturelle, scientifique…du Tchad. Dans ce sens, il serait nécessaire de construire un cadre de dialogue, d’information, de sensibilisation, de concertation, de promotion et d’action orienté vers les apports potentiels et effectifs de la diaspora dans le but de les accueillir et mieux les rationaliser.  Sur ce plan, une attention particulière devrait être portée aux jeunes générations tchadiennes nées en dehors de leur pays. Par ailleurs, il serait utile qu’un soutien logistique, institutionnel et informationnel soit apporté à la diaspora tchadienne pour faciliter, promouvoir et assurer la mise en réseau de ses différentes initiatives et sa mise en relation avec les institutions tchadiennes, du pays d’accueil et internationales sans oublier les ONG locales et internationales. Les cadres réglementaires devraient aussi être modifiés et adaptés à cette nouvelle donne de manière à inciter et à promouvoir l’intégration et les investissements de la diaspora.

 

A titre indicatif, l’entrepreneuriat devrait être promu et encouragé de manière à instaurer dans la jeunesse tchadienne une autre manière de construire l’ascension socioprofessionnelle que celle fondée sur le passage obligé de la fonction publique et du pouvoir politique. Ce qui permettrait de désamorcer la tension sociale et l’engorgement visibles aujourd’hui au niveau de la fonction publique et des structures du pouvoir. Ce qui contribuerait à la pacification et au développement socio-économique de notre pays.

 

Le Tchad a plus à gagner qu’à perdre dans tous ces efforts de reconnaissance, de sensibilisation, d’organisation, d’institutionnalisation et de rationalisation des rapports entre nos ambassades et la diaspora. Cela d’autant plus que les tchadiens de l’étranger, par le fait même d’émigrer et de s’intégrer dans les pays d’accueil, ont acquis une autre manière de voir les choses et des nouvelles expériences capables de contribuer au progrès et à la paix au Tchad. Toutefois, cela exige que cette nouvelle manière de voir et ces expériences soient ancrées dans la raison et le bon sens et adaptées aux réalités tchadiennes qui sont sûrement différentes de celles des pays d’accueil.  

 

De la rénovation des rapports entre les représentations diplomatiques tchadiennes et la diaspora  pourront émerger des mutations sociales, économiques, culturelles, intellectuelles et politiques qui contribueront de manière positive à la (re) construction de notre pays.

 

La portée des initiatives individuelles et associatives restera limitée et insuffisante pour permettre le décollage du Tchad vers le progrès et la paix, si l’Etat n’y met pas un peu du sien, si des structures adaptées ne sont pas mises en place et que celles déjà en place ne sont pas à la hauteur des défis à relever et des enjeux à assumer.

 

Enfin, pour que les choses aillent dans le bon sens et que nos ambassades soient en relation constructive constante avec la diaspora, il suffit d’un peu d’humilité et de capacité d’écoute de la part de certains de nos ambassadeurs. C’est cela qui permettra à nos représentations diplomatiques d’être au service des tchadiens de l’intérieur comme de l’extérieur ainsi que des ambitions nationales, régionales et internationales du Tchad.

 

Les solutions, les expériences et les axes d’action ne manquent pas. Il suffit d’un peu de bonne volonté politique et d’imagination constructive et créative de certains de nos ambassadeurs. Pour les partisans du moindre effort, ils peuvent s’inspirer des modèles mis en place dans certains pays africains ou en Chine et qui ont bien réussi. La mondialisation et le développement des nouvelles technologies leur faciliteront le rapprochement avec la diaspora.

 

Nous sommes convaincu que c’est de l’impulsion d’une dynamique combinée des initiatives populaires et étatiques, encadrées par la raison et le bon sens , la compétence et la bonne moralité, qu’émergera un véritable progrès au Tchad. Ce qui est loin d’être le cas dans certaines de nos ambassades ; nous y reviendrons dans notre prochain article à travers le cas de l’ambassade du Tchad à Genève et ses rapports avec la diaspora en Suisse, à la lumière de ce que nous avons développé dans le présent texte.

 

Talha Mahamat Allim