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Publié par Mak

                             Pour un Forum national de la diaspora tchadienne

 La diaspora, un acteur incontournable pour le développement et la paix au Tchad.

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

L’importance de la diaspora tchadienne à travers le monde est aujourd’hui une réalité indéniable. L’immigration des tchadiens dans d’autres pays s’explique entre autres par les événements malheureux qu’a connus le Tchad. Malgré tout, les tchadiens où qu’ils se trouvent gardent un attachement important à leur pays. Il est vrai que la progression rapide de la mobilité des tchadiens s’inscrit dans un cadre migratoire relativement récent. Cependant, il faut reconnaître que cette diaspora, qui repose sur des tchadiens de toutes catégories socio-professionnelles, est l’un des principaux acteurs du rayonnement culturel, politique et économique du Tchad à l’étranger et pourrait servir de cas de figure pour le pays.

 

En dépit de son importance, la diaspora tchadienne a été pendant longtemps ignorée et n’a fait l’objet d’intérêt que récemment. Elle apparaît le plus souvent comme figure centrale dans les différents discours officiels, néanmoins dans la pratique, elle est écartée des processus majeurs de construction du Tchad. Pourtant, elle constitue un lévrier essentiel pour le développement, comme cela s’observe dans la plupart des pays les moins avancés dont le progrès a été significatif ces dernières années. Son potentiel considérable en termes de savoir et de savoir-faire n’est pas suffisamment mis en valeur pour stimuler et entretenir le développement du Tchad.

 

Cette absence de prise en compte et de mise en valeur de ce potentiel se reflète entre autres lors des visites des plus hautes autorités de l’Etat, en l’occurrence le Chef de l’Etat dans un autre pays. Lors de ces visites, il est courant que le Président de la République rencontre la communauté tchadienne de l’étranger. Mais ce qui se passe le plus souvent, c’est que, au lieu de promouvoir une approche constructive et productive pour le pays de la diaspora, la plupart de nos ambassadeurs s’agitent autour de ces visites pour des calculs matérialistes et financiers en vue de satisfaire leurs intérêts personnels.

 

Il n’est pas rare de les voir mettre en avant, dans l’optique de la rencontre avec le Chef de l’Etat, des représentants de la diaspora qui n’incarnent pas en réalité les doléances et contributions de la communauté tchadienne, mais jouent le rôle de faire-valoir des intérêts, projets, ambitions ou discours de ces ambassadeurs. Ainsi, il ne serait pas étonnant de voir, lors du 13ème Sommet de la Francophonie (du 22 au 24 octobre 2010 à Montreux, Suisse) auquel le Chef de l’Etat tchadien est attendu, de voir cette pratique refaire surface à moins qu’il y ait un éveil du sens des responsabilités de la part de ces représentants.

 

Pour inverser la tendance, il est d’une part opportun que la communauté tchadienne en Suisse puisse saisir cette occasion de la venue du Chef de l’Etat pour exprimer de manière constructive la place et le rôle qu’elle entend jouer dans l’édification du développement socio-économique, politique, culturel, intellectuel, spirituel du Tchad, en l’occurrence ses éventuelles contributions et propositions dans cette perspective. Il importe tout simplement de rester conforme aux valeurs tchadiennes, garder l’indépendance d’esprit et agir avec lucidité, sincérité, transparence et bons sens, tout en développant une conscience solidaire et responsable. La diaspora tchadienne peut aider à promouvoir l’intégrité, le respect des règles et des normes, le sens du travail et le goût de l’effort, de l’excellence… 

 

Il convient de rappeler que la situation de notre pays interpelle chacun de nous en tant que citoyen. Les acteurs politiques, la société civile, la diaspora…, tout le monde s’accorde à reconnaître que le pays a besoin de la synergie des efforts de tous ses enfants pour son décollage. Le bon sens nous invite à prendre conscience des conséquences de nos actes à court, moyen et long terme. Dans tous les cas, celui ou celle qui n’œuvre pas pour le développement du Tchad hypothèque non seulement son avenir, mais aussi celui de ses enfants, petits-enfants et de tout le pays.

 

D’autre part, les mécanismes organisationnels et institutionnels doivent être mis en place pour rationaliser l’implication de la diaspora  dans la vie de notre pays, en capitalisant son potentiel et en le mettant au service du développement national, notamment à travers le transfert des connaissances, du savoir-faire, des investissements… 

 

Par ailleurs, aujourd’hui plus qu’hier, le Tchad et sa diplomatie devraient s’appuyer véritablement sur sa diaspora non seulement pour exercer un lobbying actif en faveur de sa politique étrangère mais surtout pour rehausser son image et défendre ses intérêts à l’échelle locale, régionale et internationale. L’exemple de la mise en valeur des diasporas chinoise et indienne, qui sont au cœur des mutations profondes de leurs pays respectifs, doit nous rappeler en permanence cette évidence.

 

Ainsi, faire de la diaspora tchadienne un acteur majeur du développement et de la paix au Tchad constitue l’un des enjeux majeurs de ce siècle pour notre pays. Cela passe par le changement de la représentation souvent négative que la plupart de nos décideurs politiques ont de la diaspora. Il est nécessaire de rompre avec les discours qui la dévalorisent en l’assimilant à une bande de donneurs de leçon, d’assistés, d’agitateurs, de mercenaires, de profiteurs, d’opposants etc. comme si les membres de la diaspora étaient des éléments nuisibles à l’avenir de leur propre pays. Il est important de préciser ici que la problématique de la diaspora dans l’optique du développement est plus que jamais d’actualité, en témoigne la création récente du Fonds Mondial de la Diaspora dont le Conseiller technique à la Jeunesse du président béninois, Dr Eric Adja a été élu premier président.

 

Au-delà de ce changement de mentalités, la volonté politique et sociale est vitale car cette transformation passera par celle de chaque tchadien en général et de nos décideurs politiques en particulier ;  il ne suffit pas de changer de discours pour que la situation change. Encore faut-il que les pratiques suivent, que la méthode soit adaptée et que les moyens soient à la hauteur !

 

Compte tenu de la complexité de la situation tchadienne et de ses différentes interprétations, un Forum national sur la diaspora et son implication dans l’avenir du Tchad est un outil nécessaire pour aplanir les divergences et faire émerger un consensus au nom de l’intérêt national, en privilégiant la paix sociale à l’image des discussions aux villages sous l’arbre à palabre. Plus que toute autre considération, devraient prévaloir les expériences, les sagesses et les crédibilités pour faire aboutir, de manière productive, constructive et responsable, ce forum dans le dialogue et le respect mutuel. Le Tchad n’est pas condamné au sous-développement ni à des embrasements tragiques, qui n’ont cessé de créer et de raviver des haines entre tchadiens, car il a des ressources naturelles et humaines propices à sa prospérité et à sa paix. Elles ne demandent qu’à être mobilisées et mises en valeur de manière efficace, efficiente, cohérente et responsable.

 

Talha Mahamat Allim