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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

DEVELOPPEMENT DURABLE ET GOUVERNANCE

                                                               Par Donatien DAZROKOD KODOROUM

 

Depuis quelques mois, nous assistons à un soulèvement populaire, un déferlement des foules sans précédant dans les pays du Maghreb et ceux du Golf. Les enjeux sont pratiquement partout les mêmes à savoir un double engagement, d’abord contre la pauvreté parmi les couches les plus défavorisées, ensuite pour une réclamation de plus de liberté et de démocratie. Cette effervescence, ce ras-le-bol des populations arabes rappellent aux dirigeants de ces pays qu’ils doivent s’évertuer à ne pas dissocier la notion de développement des questions liées aux droits de la personne qui, tout en l’intégrant pleinement, le rendent durable et harmonieux. Il est évident qu’avec la notion de développement durable, dont la nécessité a été comprise par la plupart des politiques modernes, les hommes doivent avoir une attitude plus responsable en utilisant de manière rationnelle les ressources naturelles actuelles pour, à la fois, satisfaire les besoins actuels et immédiats du plus grand nombre sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.

Cette épineuse question de développement, puisqu’elle touche essentiellement le bien-être de l’Homme, se trouve donc au cœur des politiques modernes actuelles qui essayent de protéger au mieux les ressources dont dispose la terre. Dans certains pays développés, cette question est devenue préoccupante et est même mise au centre de toutes les politiques visant à faire la promotion d’un développement harmonieux mais aussi et surtout responsable, à cause du rôle fondamental que joue la société civile par sa fonction de sensibilisation et de conscientisation de la masse.

Cependant, dans les pays du tiers-monde, et encore plus particulièrement en Afrique, l’accroissement démographique incontrôlé, aggravé par l’afflux massif des jeunes ruraux dans les villes, pose de sérieux problèmes de gestion, et surtout de bonne gouvernance. Dans nos pays, où partout il y a urgence, où partout il y a des politiques à mettre en place, des politiques à établir pour réduire de manière efficace le taux de pauvreté, la faiblesse des budgets de nos Etats ne peut permettre la mise en place d’une véritable politique de gestion et de répartition des richesses. Ces dernières sont gérées pour la plupart par des clans et leurs vassaux par l’entremise de leur parti Etat qui monopolise tout l’appareil étatique. Aucune politique claire visant l’amélioration du train de vie de la population n’est mise en place.

Avec le développement des Technologies de l’Information et de la Communication, particulièrement de l’Internet, une opportunité est offerte à nos dirigeants et à toutes les sensibilités politiques et sociales de s’exprimer sur la gestion de l’Etat. Or, en passant en revue les sites web tchadiens, nous pouvons déjà se faire une certaine idée de ce  beau pays qu’est le nôtre. Le site de la présidence, par exemple, pourrait bien s’appeler site de synthèse du jour et des décrets de nominations, et à côté, nous  rencontrons des sites des politico-militaires, un néologisme tchadien. Dans ces derniers, le contenu révèle en grande partie la psychologie tchadienne : on s’appesantit plus sur des personnes que sur des idées. Untel a fait ceci, untel était rien, grâce à untel… ; une absurdité qui laisse de marbre toute personne imbue de sa personne. Le débat est quasi inexistant. Je peux comprendre que des décennies de guerres fratricides aient laissé des séquelles, mais arrivé à une certaine époque, l’idéal serait de faire preuve de dépassement et de proposer des solutions concrètes pour que les générations avenirs ne puissent plus revivre ce que  nous avons vécu et continuons par vivre. Telle doit être la mission de tout tchadien. Ce dialogue intergénérationnel constitue pour la classe politique, mais aussi pour tous les acteurs qui sont engagés pour la paix, un véritable défi, qui demande une mobilisation collective de tous ceux là qui, à tous les niveaux, agissent de manière concrète pour apporter une solution à ce problème.

En effet, le désespoir des jeunes, l’état de délabrement total des infrastructures de base, sans compter les nombreuses maladies qui les accompagnent, sont symptomatiques de l’impuissance de nos Etats face à ce problème délicat. Les infrastructures d’accueil, que ce soit en logement, en santé ou en éducation, sont en deçà des besoins, réels ou potentiels, qui naissent de cette formidable pression démographique. Tout d’abord, centralisée, suivant un modèle d’administration hérité de l’époque coloniale, cette gestion des affaires de l’Etat n’a pas manqué de se confronter aux inconvénients inhérents à toute bureaucratie pléthorique, lourde et parfois même incompétente, qui constitue plus un gouffre financier qu’une structure chargée de traduire dans les faits des politiques, certes ambitieuses, mais qui demandent une certaine cohérence dans l’action.

Mais, face aux errements de ce système qui ne fait que pérenniser une situation déjà moribonde, les partenaires financiers de nos Etats, à travers des plans d’ajustement structurels, ont mis sur nos pays une énorme pression pour les contraindre à se désengager du domaine social par une privatisation des structures en les  confiant à d’autres acteurs, afin de leur permettre de mieux se recentrer sur leurs domaines régaliens. Pourtant, même dans les domaines régaliens à savoir la défense, la justice, la sécurité, les finances et la diplomatie, nos Etats brillent par leur incompétence avérée.

 L’impunité est plus que jamais d’actualité chez nous. Dans un Etat moderne, laïc, avec une multitude d’ethnies et qui se veut être une nation, on parle encore de la «Dia», le prix du sang. On ne peut parler de dommages et intérêts, de monnayer le sang : c’est une affaire pénale. Donc, le prévenu, jugé coupable doit payer sa dette envers la société en purgeant sa peine dans une prison, conformément à la loi, applicable à tous les citoyens sans aucune distinction.

Aussi, pour un président-général, qui est au pouvoir depuis 20 ans, le Tchad devrait être doté d’une armée véritablement nationale. Hélas, ce n’est pas le cas. Nous avons des généraux « analphab(ê)ètes », des colonels  mineurs et les autres officiers, cantonnés au rang de subalternes. C’est de cette façon que nous sommes passés, en moins d’une décennie, d’une administration qui avait un peu de retenue à une administration clientéliste fortement corrompue.