Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

17 décembre 2009
Mohamed Larbi Ben Othmane
L
'Economiste du Maroc

Rester au pouvoir et subvertissant la démocratie: Les nouvelles stratégies pour durer

 
Les stratégies actuelles pour perpétuer et conserver le pouvoir ont quelque chose de la survie animale. Bien des régimes mettent au placard le contenu réel du modèle démocratique et les principes dont eux-mêmes se vantent, pour n’en garder que des apparences et la façade.


A la place des armes, la démagogie

Les pouvoirs ont rodé un savoir-faire et une ingénierie politique, programmés avant tout pour la sauvegarde de leurs régimes. Ils ont développé un véritable instinct de reproduction basé sur une seule stratégie: la durée. Une véritable stratégie de la survie. Tous les autres objectifs d’un pouvoir normal, développement, éducation, sécurité, bien-être de la population, s’estompent devant celui-ci. Car, dans ces Etats pour durer on n’a besoin de gagner démocratiquement ni dans les urnes ni dans les têtes. On a inventé aussi les moyens et les outils de réussir des coups de force sans faire appel à l’armée. Les putschistes traditionnels ont été remplacés par les experts en propagande, en langue de bois et en démagogie pour se perpétuer au pouvoir.
Le résultat est donc identique à celui des putschs mais le procédé est plus machiavélique. Les Etats se retrouvent dirigés par des autocraties qui utilisent toutes les institutions de la démocratie formelle mais après le savoir vidées de leur contenu. Ces coquilles vides sont commodes pour exercer un pouvoir sans contrainte et sans limite. Le procédé est d’ailleurs si élastique qu’il s’adapte à tous les contextes. Chaque régime adapte le sein à ses besoins et ses singularités.

Par exemple, l’Egypte se transforme en république héréditaire imitant la Syrie, et annonçant déjà la succession de père en fils en Libye. C’est le cas aussi en Mauritanie, au Zimbabwe, en Côte d’Ivoire, au Congo, en Guinée Equatoriale ou au Gabon où les élections présidentielles n’ont été préparées que pour préserver une image et sacrifier à des pressions extérieures. Mais la finalité première du pouvoir reste le maintien des régimes en place. En URSS, l’astuce était cousue de fil blanc pour maintenir l’ex-président au sein du pouvoir et préparer son retour même s’il a fallu passer par l’élection d’un autre président.

Plus près de nous, la recette est plus grossière, le procédé plus grotesque. En Algérie ou en Tunisie, on recourt à des réformes constitutionnelles pour maintenir à vie les dirigeants. Et comme si cela n’était pas suffisant, on y prépare aussi leurs successions au sein de leur proche famille. Dans les deux pays, les présidents n’ont pas de descendance mâle. Alors en Algérie on prépare le frère, et en Tunisie le beau-fils pour la succession.

Dans les autres modèles où l’hypothèse de la fin du mandat ou son renouvellement ne se pose pas, on se contente de domestiquer les institutions. Aujourd’hui, il ne faut pas forcément être grand clerc pour y diagnostiquer les mécanismes qui permettent de se maintenir au pouvoir de la même façon que dans les pays non démocratiques. Ces mécanismes aussi efficaces qu’évidents amènent en fait à deux questions? Comment et avec quoi se préparent la continuité de ces régimes?

L’élément essentiel est évidemment de s’appuyer sur des populations crédules, pauvres et illettrées, à qui il a toujours été beaucoup promis et toujours peu donné. Elles peuvent être très facilement manipulées. Il suffit de contrôler les médias populaires. On constate d’ailleurs que l’une des préoccupations est de dominer les médias, quitte à les museler s’il le faut par la répression ou l’argent. L’important est que le message du pouvoir passe sans conteste.

Une fois réunis ces éléments (domination des médias, pauvreté, injustices sociales, crédulité, marginalisations), les autres en sont presque des conséquences. Il s’agit de compter sur une classe intellectuelle et une élite politique complaisantes, fatalistes et démissionnaires, convaincues du statu quo. De cette complaisance et de ce fatalisme, découler une série de corollaires aussi inévitables les uns que les autres: les partis politiques entre les mains de ces élites se déprécient et la classe moyenne seule capable de réveiller la société civile perdra elle aussi ses illusions et se détournera de ces partis et en fin de compte même de la politique.


Des élections pour applaudir le chef

Il devient alors aisé de se perpétuer par des élections arrangées d’avance. Cela sera d’autant plus facile si les partis politiques ont été décrédibilisés ou s’ils sont devenus des tremplins pour satisfaire les intérêts économiques et personnels. A ce stade, les partis politiques cessent d’être des passeurs d’idées et d’idéologies pour devenir des machines électorales dont le seul objectif est de gagner les élections.

Pour eux, l’important est de ne jamais s’éloigner du pouvoir. Les élections ne sont pas faites pour amener le changement. Bien au contraire, les élections deviennent une occasion pour applaudir et soutenir le pouvoir. En cela, les partis politiques sont à l’image des institutions constitutionnelles dont le Parlement ou le pouvoir judiciaire, rendus eux aussi favorables. Ces caractéristiques les rendent inévitablement vulnérables, susceptibles, inefficaces et indolents. Les élections deviennent alors, et de surcroît, une occasion recherchée pour déprécier, minimiser et réprimer l’opposition politique.

Dans ce sens, les médias proches du pouvoir jouent un rôle fondamental. Le pouvoir les encadrent et les contrôlent au plus près. Il ne tolère que certains titres malgré leurs critiques. Ceux-là certes bien utiles, stoïques et courageux, servent quand même à lui donner une image relativement respectueuse de la liberté d’expression.

Enfin, dernier ingrédient de la stratégie de la durée, les réformes et les promesses annoncées aux masses prétendent toujours leur garantir le respect de toutes sortes de droits nécessaires à l’exercice de la citoyenneté. Le discours est de préférence adressé aux plus démunis. Leurs droits sont mis en valeur. Les obligations qui doivent leur incomber sont passées sous silence.. Les réformes annoncées promettent la fin de la pauvreté, le développement humain et l’avènement de la sécurité sous toutes ses formes.
«C’est pour cela, dira le discours du pouvoir, qu’il est dans l’intérêt du peuple que le calife reste calife et que ses pouvoirs soient renouvelés». Indéfiniment.


Les nouvelles autocraties

Les gouvernances modernes, d’après leurs inventeurs, reposent sur deux principes fondamentaux: d’une part, l’expression de la liberté individuelle sans entraves ni limites sinon celles définies par le droit universellement reconnu et d’autre part, la souveraineté du peuple qui assure l’exercice de la citoyenneté et la défense efficace du bien public qu’est la démocratie.

Dans les non démocraties, les despotes et les dirigeants commencent avant tout par réduire puis par abroger ces deux principes fondamentaux.

Leur tentation est trop forte car le pouvoir qui normalement appartient au peuple leur est toujours, enfin de compte, remis. Or, ces dirigeants manifestent une propension presque naturelle à l’usurper. Donc, le seul frein à ce penchant usurpateur est l’existence d’un peuple qui sache défendre son bien. Le seul frein pour éviter cet abus de pouvoir et cette tendance à le monopoliser, est donc un peuple qui décide de ne pas se laisser déposséder de son bien et de sa souveraineté.

Ce peuple là est une denrée très rare. En général, dans les non démocraties, le peuple semble uniquement capable de remarquer, avec Montesquieu, mais sans avoir les moyens de réagir, que « c’est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser». Un constat terrifiant. Car dès lors, qui est le plus coupable? Le pouvoir usurpateur ou le peuple qui se laisse voler?


«Calife à la place du calife», c’est dépassé!

Limités par des principes de non-ingérence et de souveraineté, les coups d’Etats recourant à la force brutale ne sont plus aussi facilement acceptés qu’ils l’étaient autrefois. Aujourd’hui, le monde refuse de plus en plus les coups de force et l’arrivée de la soldatesque au pouvoir suprême. Ce type d’alternance par la force n’est plus accepté.

Les derniers exemples de putschs militaires comme celui de Mauritanie (visant à écarter un président démocratiquement élu) ou en Guinée (après qu’ait été constatée une vacance de pouvoir), n’ont pas été entérinés par la Communauté internationale. Plus, celle-ci a exercé une pression inconnue jusque-là pour combattre les régimes issus de ces coups d’Etat militaires.

Face à cette nouvelle donne, il est plus important de profiter sans vergogne du pouvoir en le perpétuant, plutôt que de le renverser. Il n’est plus question de «devenir calife à la place du calife» par des moyens violents. Il est préférable de trouver les astuces, les tactiques et d’utiliser toutes les démagogies possibles pour garder et tirer profit indéfiniment du pouvoir en place. Cela s’avère désormais inacceptable.

C’est le cas dans pratiquement tous les pays qui se réclament une «démocratie spécifique», n’en acceptent en réalité qu’un habit trompeur. On y compte particulièrement des pays arabes, mais aussi beaucoup de pays d’Afrique et d’Asie, où la notion d’alternance est depuis longtemps délaissée et oubliée. Dans ces pays, dotés néanmoins de lois fondamentales proclamant la souveraineté populaire, il n’existe plus que des manœuvres qui font appel aux plus grossières supercheries pour se perpétuer au pouvoir. Des subterfuges souvent imaginés par des hommes de foi et de lois qui empruntent allégrement aux discours démocratiques tronqués et dont le but final n’est que de garantir la continuité des pouvoirs en place.

Dans les autres pays où le pouvoir central n’a pas à être légitimé par le vote, la démarche n’est pas différente, mais elle est endogène. Elle puise à l’intérieur même de l’idéologie qui assure la pérennité du régime. Quant au résultat, il n’en est pas fondamentalement différent. Car, dans ces régimes plus encore que dans les précédents, le vote démocratique n’est pas déterminant. On y recourt que pour l’ornement. La réalité du pouvoir n’étant pas à portée du suffrage universel et populaire.