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Publié par Mak

Images-blogs-mak 3253s JPGNafissatou Dia Diouf, écrivaine sénégalaise.

Nafissatou Dia Diouf est écrivaine sénégalaise dont la plume dépasse les frontières de son pays natal qu’est le Sénégal. Après un brillant parcours universitaire  effectué en France, elle   décide de rentrer chez elle, pour contribuer à l’essor socio-économique de son pays

Aujourd’hui, Nafissatou fait partie des jeunes générations d’écrivains du continent et possède à son actif, plusieurs éloquents ouvrages dont le dernier est Sociobiz, « Chroniques impertinentes sur l’économie et l’entreprise », très prisé par les lecteurs.

Décontractée et relaxe, Nafissatou est une personne très ouverte, doublée d’une sympathie sans égale.

Malgré ses charges professionnelles à la Sonatel et les préparatifs des fêtes de fin d’année, Nafissatou Dia Diouf a pu consacrer un temps pour une interview exclusive à notre blog dans laquelle,  elle décortique dans un français soutenu  les différentes questions que nous lui avions posées.

De nature, totalement optimiste, Nafissatou voit un avenir radieux pour une Afrique émergente.

Bonne chance Nafissatou !

Interview :

  

-    Bonjour Nafissatou ! Vous êtes l’une des rares figures féminines  sénégalaises et africaines de la littérature du continent de l’ère. Selon vous, quelle est place de la littérature africaine,  cinquante (50) ans après la décolonisation ?

 

 

-  Nafissatou : Bonjour à vous et à tous les lecteurs de Makaila ! Je vous remercie d’abord pour votre intérêt pour ma production littéraire. Je pense modestement que c’est une pierre apportée au grand édifice que nous tentons, nous écrivains Africains, de bâtir qui nous permet d’offrir au monde notre culture, nos valeurs, notre Histoire, mais également nos réalités qui ne sont pas toujours glorieuses…

Le bilan qu’on peut faire de ces 50 années de littérature est que l’écrivain comme témoin de son temps ne  s’est jamais résigné, encore moins tu.  L’écrivain Africain est avant tout un militant, virulent ou non, déclaré ou non. Il dépeint des réalités sociales à travers la fiction ou par des essais mais de manière constructive, pour une Afrique émergente et debout ! La production littéraire Africaine est riche et variée et je ne pense pas qu’elle se tarisse un jour. Comme le disait l’écrivain guinéen William Sassine : « En Afrique, il suffit de se mettre à sa fenêtre pour avoir des choses à raconter ». 

 

-   Le Festival Mondial des Arts Nègres (FESMAN), se tient à Dakar en ce moment où plusieurs célébrités d’origine africaine ont répondu à l’invitation de son excellence Me Abdoulaye Wade et des initiateurs de cette rencontre mondiale.  Le thème choisi est la renaissance africaine qui laisse penser que  les Africains restés sur le continent et ceux de  la diaspora sont  en quête d’une identité culturelle. Que dites-vous ?

 

-  Nafissatou : L’initiative est à saluer même si dans les faits, la réalité fait penser à une grande foire. En effet, le côté festif a tendance à primer sur la réflexion et les débats de fond autour du thème principal, celui de la Renaissance Africaine. Il est vrai que le projet est ambitieux, voire titanesque et les organisateurs semblent parfois un peu dépassés. Mais c’est une fête quand même, celle du partage, des rencontres voire des retrouvailles. Les artistes et intellectuels de la Diaspora ont répondu présents mais répondent surtout à mon sens à l’appel de la Terre-mère, à ce lien ombilical qui les lient encore au Continent et qui, dans un monde globalisé avec des échanges boostés par Internet reste un repère sûr.

Ce troisième Festival Mondial des Arts Nègres n’aura véritablement de sens que si nous arrivons à aller au-delà du festif. Que les réflexions fondamentales soient traduites en décisions et que les décisions se transforment en actes. Que le 4ème Festival Mondial des Arts Nègres, s’il devait se tenir, ne porte plus comme thème la Renaissance Africaine mais pourquoi pas le rayonnement de l’Afrique sur le monde, à l’instar de la Chine qui a connu dans son développement un stade analogue au nôtre aujourd’hui et qui désormais fait partie des 5 premières puissances mondiales.

 

- Ecrivain-chroniqueuse, votre dernier ouvrage Sociobiz, « Chroniques impertinentes sur l’économie et l’entreprise  » émane   d’une compilation de plusieurs contributions économiques parues dans le magazine mensuel « Réussir ». Dans cet ouvrage, vous jetez un regard  critique et soulevez des observations pertinentes qui se posent en termes de pesanteurs pour des  entreprises publiques comme privées. Qu’attendez-vous d’une société comme la nôtre où certains faits sont devenus culturels et que les gens ne sont pas prêts à amorcer une rupture de sitôt ?

 

-  Nafissatou : le rôle de l’écrivain est d’écrire et de décrire son époque. La mienne est à un stade de transition, entre tradition et modernité, entre citadinité et ruralité, entre mondialisation et repli identitaire. C’est une situation bien incommode à laquelle mes contemporains répondent parfois de manière inadéquate. J’ai choisi de parler du monde de l’entreprise que je connais le mieux parce qu’y évoluant. Nous sommes du matin au soir confrontés à des situations et des scènes qui, n’eussent été leurs conséquences désastreuses pour la productivité, voire la survie à long terme de l’entreprise, pourraient sembler bien cocasses. Et c’est justement sous l’angle de l’humour que j’ai choisi de traiter ces chroniques, pour ne pas me poser en moralisatrice mais plutôt tendre un miroir à mes contemporains pour que tous leurs travers s’y reflètent. Un miroir un peu déformant certes mais tout est réel !

 

 - En Afrique, le faible taux de scolarisation de la femme, participe à son exclusion dans le monde de la littérature, qui pourtant, nécessite moins d’efforts physique. Comment -y remédier ?

 

-   Nafissatou : c’est justement un paradoxe ! Nous avons fait le constat que les filles scolarisées donnaient des meilleurs résultats que les garçons car plus matures, plus consciencieuses, plus soucieuses du travail bien fait. C’est un gâchis à l’échelle nationale de ne pas encourager la scolarisation des filles et surtout leur maintien à l’école. Ce sont des compétences dont nos pays africains se privent et qui pourraient contribuer grandement au développement économique et social. Les femmes en littérature sont effectivement assez peu nombreuses, même si leur nombre va grandissant. Celles qui prennent la plume ont eu la chance d’être scolarisées et s’affranchissent en général de toute langue de bois quand il s’agit de dénoncer les pesanteurs de leurs sociétés, en particulier du poids des traditions et de la place de la femme. Je pense notamment à Mariama BA et son best seller « Une si longue lettre » qui est un peu le symbole de cette lutte. Le style est beau et les réalités dépeintes sont saisissantes. Plus de femmes comme celle-ci en littérature contribuerait grandement à faire évoluer nos sociétés.

 

-  Vous faites une carrière professionnelle à la SONATEL (Société Nationale de Télécommunication,  on imagine déjà votre emploi du temps chargé. Mais, vous arrivez tout de même à consacrer de votre temps  pour écrire. Qu’est-ce qui vous motive autant ?

 

- Nafissatou : écrire pour moi est un sacerdoce. C’est mon oxygène. J’ai la chance de mener deux activités qui me passionnent : mon travail qui est tout de même ce qui me permet de vivre et de rester indépendante, car en Afrique, il est difficile voire impossible de vivre de sa plume. Et l’écriture qui me nourrit spirituellement et moralement. Partant de là, les contraintes se transforment juste en besoin d’organisation et les sacrifices inévitables sont faits sans beaucoup de regrets. Je remercie juste ma famille, mes amis, mes employeurs, mes lecteurs de leur compréhension car ils arrivent à un moment ou à un autre qu’une activité doive primer sur une autre. Le tout est de garder un certain équilibre…

 

- Les Afro-pessimistes soutiennent que malgré ses ressources naturelles et potentialités économiques,  l’Afrique  connaît un sous-développement chronique, qui ne peut se justifier. Quelles sont les voies des solutions à envisager pour sortir de cette impasse illimitée  afin que le continent rejoigne les rangs des nations respectables ?

 

-  Nafissatou : Je pense qu’il n’y a pas de fatalité. Le continent africain regorge de talents et de potentialités. Nous sommes aussi riches par notre sol et notre sous sol que par la qualité de nos « matières grises ». La preuve est donnée chaque jour par les bataillons d’étudiants africains qui brillent dans les écoles ou universités occidentales mais qui ne nous reviennent pas. Pour des raisons diverses, ils mettent leur talent au profit d’entreprises occidentales, pour des raisons économiques la plupart du temps. C’est une grande perte pour l’Afrique. Un autre mal, pas des moindre, est la mal gouvernance. Nous avons malheureusement trop longtemps laissé les politiques décider de notre avenir en leur donnant carte blanche ou en leur laissant confisquer le pouvoir. Je suis  une citoyenneté africaine où chacun serait acteur et responsable de son avenir mais aussi de l’avenir de sa communauté.

  

-  Quel est votre mot de la fin aux  lecteurs de notre blog ?

 

-   Nafissatou : mon dernier mot sera pour vous remercier une nouvelle fois pour le travail formidable que vous effectuez à travers ce blog. Aux lecteurs de Makaïla, je souhaite une merveilleuse année 2011, beaucoup de belles surprises à titre personnel mais aussi pour notre chère Afrique.

Merci !

 

Entretien réalisé par

 Makaila Nguebla

 

Interview reprise et publiée dans Seneweb: http://www.seneweb.com/news/Afrique/nafissatou-dia-diouf-le-fesman-n-rsquo-aura-veritablement-de-sens-que-si-nous-arrivons-a-aller-au-dela-du-festif-quot_n_39156.html