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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

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Au début des années 2000, le Tchad envisageait l’avenir avec un certain optimisme. Ce pays d’Afrique centrale végétait, certes, en queue de peloton des nations les plus pauvres de la planète. Mais les premiers puits de pétrole commençaient à être exploités et les barils à être exportés vers l’étranger. Les recettes de l’or noir devaient être affectées au développement et à la réduction de la pauvreté, comme le prévoyait la loi 001 de janvier 1999… Plus de dix ans ont passé et le Tchad reste collé à la 183e  place sur 187 pays, selon l’indice de développement humain des Nations unies.

 

Pire, une nouvelle crise alimentaire menace plusieurs régions maintenues sous perfusion par le Programme alimentaire mondial. Devant l’absence de progrès économiques, les acteurs du développement s’interrogent : où est passé l’argent du pétrole ? Un rapport rendu public aujourd’hui par le CCFD-Terre solidaire soulève une partie du voile. Sous le titre « Le développement piégé »,  l’ONG décrypte l’augmentation vertigineuse des transferts d’armes vers l’ancienne colonie française entre 2004 et 2010.

 

 « Les dépenses militaires du Tchad sont passées de 35,3 milliards de francs CFA (53 millions d’euros) en 2004 à 275,7 milliards de francs CFA (420 millions d’euros) en 2008, soit une multiplication par 7,79 »,  calculent les auteurs du rapport. En 2010, les achats d’armes s’élevaient encore à 154 milliards de francs CFA (234 millions d’euros). La défense reste le deuxième budget de l’État derrière les infrastructures, mais devant l’éducation ou la santé, des secteurs pourtant très faiblement développés.

7,1 % du PIB utilisés pour les dépenses militaires

 

Le président Idriss Déby, au pouvoir depuis 1990, martèle que la protection de son pays n’a pas de prix. Il justifie ses arbitrages budgétaires par l’instabilité de la région. De fait, les dérives autoritaires du pouvoir ont conduit des opposants à reprendre les armes à partir de 2004. Les années suivantes, les groupes rebelles ont mené des raids de plus en plus audacieux, déstabilisant l’est du pays. « Le soutien militaire et politique apporté par le Soudan aux groupes rebelles tchadiens va donner une dimension régionale à la guerre civile au Tchad »,  précise le rapport.

 

Cette guerre entre le Tchad et le Soudan par rébellions locales interposées a culminé en 2008. Du 28 janvier au 3 février, un raid des rebelles appuyés par Khartoum a pénétré à N’Djamena et atteint les portes du palais présidentiel. Soutenu par la France et la Libye, Idriss Déby a renversé la situation in extremis. Pendant et après la crise, le gouvernement a signé des chèques aux marchands d’armes. En 2008, le gouvernement a utilisé 7,1 % de son produit intérieur brut pour les dépenses militaires, contre 2,3 % pour la France ou 1,5 % pour le Brésil.

 

Après 2008, le calme est revenu peu à peu dans le pays. Les rébellions ont désarmé à l’Est. Tchad et Soudan ont enterré la hache de guerre. Une brigade commune surveille désormais la frontière. « Les experts du Fonds monétaire international estiment que, depuis la signature de l’accord de paix avec le Soudan, le 15 janvier 2010, les recettes affectées aux secteurs sociaux auraient dû être plus élevées. Aujourd’hui, il n’en est rien »,  insiste le CCFD-Terre solidaire.

La France et l’Ukraine, les deux plus gros fournisseurs d’armes

Le gouvernement ne s’équipe pas seulement d’armes légères, d’uniformes ou de protections pour ses soldats. Il achète de l’armement lourd. L’armée de terre compterait une soixantaine de chars, des véhicules de combat léger, des pick-up équipés de missiles de type Milan de fabrication française, des hélicoptères de combats, des avions d’attaque au sol de type Sukhoï, un Antonov… « La France et l’Ukraine ont été les deux plus gros fournisseurs de matériels militaires »  entre 2005 et 2010, note le rapport.

 

Une partie des armes vendues aux Tchad sont détournées de leur usage, du fait du manque de vigilance des États exportateurs. Des avions de fabrication suisse à usage civil ont été transformés en bombardiers. Des fusils israéliens ont transité par le sol tchadien avant d’être cédé à un mouvement rebelle soudanais, le JEM. Ce groupe armé a aussi déployé au Darfour, dans l’ouest du Soudan, des missiles Milan d’origine française. « Aucun contrôle ne serait exercé sur la gestion des stocks d’armes »,  déplore le rapport.

 

Ces dépenses ont des conséquences très directes sur le développement du pays. « Une grande partie des ressources est affectée à l’effort de guerre et au rééquipement de l’armée nationale »,  déplorait en 2009 l’ONG International Crisis Group. Pour certains spécialistes, plus de la moitié de l’argent du pétrole serait même consacré à la sécurité. Des sommes invérifiables, en l’absence d’organismes de contrôle. Autre effet de la course à l’armement, la prolifération d’engins de petits calibres augmente l’insécurité et exacerbe les conflits communautaires.

 

OLIVIER TALLÈS