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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Par Senior Mbary

Il y a cinq ans et demi,  François Soudan signait un article dans l’hebdomadaire Jeune Afrique intitulé « Le cancer tchadien ». Cet article a été rédigé au lendemain de la tentative de renversement du régime de Dey Itno par les armes, sauvé de peu grâce aux soutiens français et libyen en février 2008. Il faut aussi le rappeler, c’est aussi au cours de ces événements que le Dr Ibni Oumar Mahamt Saleh, enlevé de chez lui par les militaires armés, n’a plus réapparu.

Analysant la situation, François Soudan écrivait « la responsabilité cruciale, dans le cancer qui mine le Tchad, d’une minorité de Tchadiens, adossée sur des communautés elles-mêmes marginales – 15% à 20% de la population, tout au plus – et qui depuis près de trente ans, ont pris l’ensemble de la population de ce pays en otage de leur déchirements claniques et familiaux »

Parlant des Zaghawas, communauté dont est issu le président Idriss Deby Itno, l’auteur écrivait plus loin dans le même article « Ces dernières années, les Zaghawas contrôlent à la fois la présidence, avec Deby et l’un des principaux mouvements de rébellion, avec ses neveux Timane et Tom Erdimi. Or ce groupe, qui tient en quelque sorte les deux bouts du kalachnikov, représente moins de 3% d’une population estimée aujourd’hui à 9 millions de personnes, soit moins de 30 000 individus ».

Evoquant, la question de verrouillage par le régime de toute possibilité d’alternance, l’article a rapporté ce qui se dit dans les chancelleries, en particulier celle de la France : Deby est ce qu’il est. Mais où est l’alternative ? En face de lui, il n’y a personne ». A cette série de questions, l’auteur a apporté la réponse en une phrase très édifiante : Mais depuis quand, a-t-on envie de répondre, un autocrate laisse émerger une alternative ?

Telle est la substance de l’article qui décrit la nature de l’homme qui est au pouvoir depuis 23 ans au Tchad et qui a justifié le renversement de Habré par un souci de rétablissement de la justice ; mais le constat est que son bilan aujourd’hui est aussi pire que son prédécesseur, en termes de répressions sanglantes, de détournements, d’humiliation, de népotisme, etc. Le contraire aurait étonné puisque c’était le bras armé de Habré.

Mais mon problème, objet de cet article, c’est l’avenir très sombre qui se dessine pour ce pays et la sous-région, après le départ de cet homme et qui interpelle tous : tchadiens lamda, intellectuels, hommes politiques, société civile et même les chancelleries qui soutiennent aujourd’hui son régime.

Personnellement, je n’ai pas d’objection particulière à ce qu’un Tchadien issu d’une communauté minoritaire, comme celle de Deby Itno, puisse gouverner le pays, mais c’est la vision et l’ambition que ce président a pour le pays qui importe plus pour moi. Malheureusement, dans ce domaine, Deby et son système ont lamentablement échoué sur toutes les lignes et c’est vraiment dommage et préoccupant à la fois.

L’espoir suscité au lendemain de sa prise de pouvoir en décembre 1990 s’est évaporé moins d’une année de pouvoir avec des massacres et des assassinats qui se sont enchaînées jusqu’à présent. Comme tout le monde le sait, le pouvoir de Deby s’apparente étrangement à celle de Khadafi qui est adossé sur des clans. Les nominations et les promotions bénéficient prioritairement à ceux issus des clans et des enfants des chefs. Du coup, ceux-là se croient au-dessus de la loi et agissent comme ils veulent et n’ont de compte à rendre qu’à Deby Itno.

Deby Itno lui-même et son clan se comportent toujours en territoire conquis. Tout ce qu’il y a de beau et de bel, susceptible de procurer du bien et du plaisir leur appartient, que cela soit public ou privé. De cette façon, le pillage à grande échelle s’organise à travers des marchés publics, des redistributions des postes juteux, des prélèvements directs au Trésor et à la BEAC, des blocages de crédit de l’Etat, etc. Actuellement, tous les investissements publics ne relèvent pas d’un plan de développement du pays mais du don du Roi-Sultan Deby Itno. Au fait, on est dans sultanat ou dans un Etat républicain ?

Parmi la population, les membres de son clan humilient et tuent pour un rien et dans le mépris, parfois devant les forces de l’ordre incapables de réagir. Bref, Deby et son clan ont le droit de vie et de mort sur chaque Tchadien, ils ont le droit de puiser comme bon leur semble sur les ressources de l’Etat et s’approprier des biens publics comme ils veulent mais pas les autres.

Lorsqu’on arrive à la tête de l’Etat, on doit être au-dessus de la mêlée  et l’intérêt public devrait être la seule préoccupation. Mais regardez ce qui se passe sous nos cieux. Ce pouvoir, qui a pour seule repère le Clan depuis 23 , a fait trop de mal au pays : développement d’un sentiment de repli sur soi,  de l’incompétence, de  l’impunité comme mode de gestion, de la délation comme moyen de promotion sociale, morcèlement du pays, baisse généralisée de niveau, mortalité maternelle toujours en hausse, entre autres.

Un adage bien connu de chez nous dit que le poisson pourrit toujours par la tête. On peut donc conclure que c’est de la tête qu’on peut aussi bien du mal que du bien. En Afrique, les exemples ne sont pas nombreux mais le Ghana est une parfaite illustration d’un changement positif d’un pays lorsque vous avez à la tête un président visionnaire qui met l’intérêt national au-dessus du Clan. Jerry Rawlings, militaire, lui aussi arrivé au pouvoir par un coup d’état, a su réconcilier les Ghanéens entre eux et relancer l’économie du pays et cela continue jusqu’à présent. A côté de nous, le Général Olesegun Obasandjo du Nigéria a fait la fierté de son pays et aujourd’hui tout le monde fait recours à ses expériences et de ses compétences pour régler des conflits partout. Il s’était retiré du pouvoir après deux mandats sans chercher à modifier la constitution de son pays.

Avec d’énormes ressources générées par l’exploitation du pétrole, qui auraient pu améliorer qualitativement la vie des tchadiens, Deby et son clan s’en sont appropriés et sont devenus forts, non pas pour protéger la population mais la réduire à la soumission et à l’esclavage des temps modernes qui ne dit pas son nom. C’est ce modèle de gouvernance, axé sur le clan et vomi par tous que Deby Itno a exporté en RCA avec ce pouvoir de la SELEKA installé à Bangui par ses hommes.

Pour ceux qui connaissent les deux pays, c’est actuellement le même mode de gestion du pouvoir qui y est installé avec leurs cortèges d’assassinats, de brutalité, de détournement, de pillage, d’arrogance et de mépris pour les autres. La liste est loin d’être exhaustive.

Le constat est que même si Deby Itno disparaît aujourd’hui, le chaos serait inévitable dans un premier temps parce que tous les ingrédients sont déjà là. Le ton avait été donné en février 2008 alors même que le régime de Deby Itno n’était pas encore tombé.

Il ne faudrait pas que les chancelleries qui soutiennent aveuglement ce régime ne reviennent pas demain dire qu’ils ne sont pas au courant, elles qui lui ont fait miroiter qu’il n’y a personne en dehors de lui alors que c’est une fausse illusion. Personne n’est irremplaçable.

Un conseil pour Deby Itno : il est encore temps de sauver les meubles. Préparer la transition pour 2016 et que le meilleur gagne. C’est une porte de sortie honorable pour vous qu’il ne faudrait pas rater avant que les choses ne vous quittent.