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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

images-copie-1Allafoua Issa

Lundi, 02 Avril 2012 20:26


APRES LA REPUBLIQUE DU SUD SOUDAN, LA REPUBLIQUE DE L’AZAWAD SE DESSINE AVEC LA COMPLICITE DE LA FRANCE, DES ETATS UNIS ET D’AMADOU TOUMANI TOURE.


Un coup d’Etat bien particulier a eu lieu, il y a quelques jours au Mali, provoquant la chute du régime du Président ATT. A la tête d’un groupe de soldats, un capitaine, professeur d’anglais dans la caserne de Bamako, a pris, sans aucune difficulté, le Palais et le pouvoir. Sans difficulté, car aucun des corps militaires n’a réagi pour défendre le régime du général ATT. Plus curieusement encore, ATT n’est pas arrêté, il est libre et s’est planqué, quelque part, avec l’accord des putschistes qui ont arrêté quelques uns de ses ministres mais l’ont épargné. Après une comédie grotesque, il a réapparu en déclarant « qu’il était libre, caché quelque part au Mali, et que ce qui lui manquait le plus, c’était le sport ! »


Incroyable ! A l’heure où des évènements extrêmement graves se passent dans son pays, où l’unité et l’intégrité territoriale du Mali sont officiellement remis en question et où même le processus y conduisant est lancé, on reste sans voix devant l’inconscience et peut être, plus grave, la trahison d’ ATT .

La première raison avancée par les militaires pour justifier le coup d’Etat est le conflit au Nord avec les rebelles Touaregs et surtout l’inertie du régime de ATT et le manque de moyens militaires pour que l’armée gouvernementale puisse y faire face. Autrement dit, c’est un appel au secours face à la détérioration de la situation militaire, face aux graves pertes subies par l’armée malienne (plus de 600 morts), face aussi au traumatisme provoqué par le fait que les rebelles aient froidement égorgé des soldats gouvernementaux prisonniers, provoquant du coup une panique monstrueuse dans l’armée mais aussi parmi les populations civiles.

Dans plusieurs villes maliennes, les femmes ont manifesté dans la rue réagissant aux terribles pertes en hommes. Par cette descente des femmes maliennes, on pouvait prendre conscience et réaliser l’ampleur du désarroi qui régnait dans les rangs des militaires maliens ; les mains vides face à des orgues de Staline.


La question de la rébellion Touareg est très ancienne ; toujours est–il que les derniers combats datent de 1990, un accord avait eu lieu sous l’égide de Khaddafi en 1995, une certaine autonomie et une aide publique plus conséquente leur ont été accordées. La tension baissa jusqu’aux évènements libyens pendant lesquels les Touaregs ont massivement combattu aux côtés des forces de Khaddafi. A la chute du régime libyen, la légion Touareg de Khaddafi est rentrée, avec armes et bagages, au Mali et au Niger car elle était désormais en danger en Libye.


Ainsi a-t-on remarqué qu’au Niger, des officiels libyens dont le fils de Khaddafi et des officiers militaires sont arrivés avec les Touaregs. Le Gouvernement nigérien a mis en place un cordon de sécurité et exigé de récupérer l’arsenal militaire ramené de Libye et négocié pour les cargaisons d’or et d’argent.


Au Mali, la situation était plus périlleuse encore, car le Mali était la base arrière d’AQMI qui a mené plusieurs opérations d’enlèvement d’otages à partir du territoire Malien mais aussi allant jusqu’à pénétrer au Niger dans la zone d’Agadès… AQMI, qui, aux dires de nombreux experts, a tiré profit de la guerre en Libye pour s’équiper dangereusement. AQMI qui est désormais, un casse tête, car les opérations militaires menées contre ses bases par des unités de l’armée française à partir de la ville de Faya au Tchad et du Niger ont été des échecs cuisants.


Dés lors, la France et les Etats Unis peinent à dessiner un schéma de lutte contre AQMI et contre son expansion, dans la mesure où la plus grande hantise des Américains est la jonction entre AQMI et BOKO HARAM au Nigéria. Le Nigéria déjà en voie de désintégration, imploserait fatalement ; le Nigeria qui est, rappelons-le, le pays le plus important en Afrique pour les Etats Unis.


Comment lutter contre AQMI ou plus précisément comment éliminer AQMI puisque tel est l’objectif de la France et des USA ? On a pensé constituer des unités mixtes dans plusieurs pays et les lancer contre AQMI avec l’appui d’instructeurs américains et français. Les résultats ont été bien maigres, car il ne s’agissait pas d’une guerre ouverte. L’implantation d’une base américaine en plein Sahara, après réflexion, a été abandonnée car elle pouvait représenter une cible extraordinaire et un challenge pour Al Qaida.


De plus, pour compliquer encore davantage les choses, les Algériens ne souhaitaient pas apporter leur concours à une stratégie commune de lutte et d’attaque contre AQMI, mise en place par les occidentaux et les pays riverains du Sahara et ceci pour des questions de politique intérieure.

En outre, Kaddhafi, de son vivant, a aussi contré l’initiative conduite par les occidentaux pour neutraliser AQMI. En quoi faisant ? En tenant le discours suivant aux Maliens, Nigériens, Burkinabés: « AQMI n’est pas votre guerre, laissez les tranquilles, ils ne vous menacent pas. Leurs ennemis, c’est la France et les USA. »


Après une première tentative d’installation au Nord du Tchad, l’embryon d’AQMI dirigé par le salafiste Algérien EL PARA a été capturé au Tibesti par les rebelles du MDJT, puis vendu à Khaddafi qui l’a ensuite livré à Alger. Tirant les leçons de cet échec, mais surtout ayant compris qu’ils avaient besoin d’un soutien local pour survivre dans le désert, AQMI a migré vers le Mali et plus précisément vers les régions Touareg où le mouvement s’est fondu dans les populations avant de s’installer dans les montagnes de l’Azawad.

De nombreux chefs d’AQMI ont contracté mariage au sein des tribus Touareg et bénéficient du coup de leur protection. Tout le monde le sait, c’est ainsi que lors de l’assaut mené par les commandos français pour libérer les otages et qui s’est soldé par un échec, car tous les otages ont été tués lors de l’attaque, eh bien, on a fait le constat que la plupart des hommes qui ont été blessés par les militaires français ont été soignés par la suite, dans les hôpitaux de Tombouctou. Cela aussi, tout le monde le sait.


Aujourd’hui, il existe deux mouvements Touareg, le MNLA qui exige une république laïque de l’Azawad et l’autre dénommé ANSAR AL DINE qui souhaite mettre en place une république islamiste au Mali. En attendant de régler leurs problèmes internes, les deux mouvements opèrent ensemble dans la conquête militaire des villes maliennes.


Face à cet état des lieux, synonyme de tant de périls, comment le Président ATT a-t-il laissé pénétrer en territoire malien, l’important arsenal de guerre ramené de la Libye par les Touaregs? D’autant plus, que l’exemple du Niger pouvait le guider. Prenons l’hypothèse d’un forcing, pourquoi ne l’a-t-il pas dénoncé ? Pourquoi n’a-t-il pas alerté l’opinion nationale et internationale sur les dangers qui menaçaient la paix au Mali ? ATT est un général, donc parfaitement au fait des questions militaires, et lui, plus que d’autres, connaît les faiblesses de sa propre armée et son manque d’équipement. De par son expérience politique et militaire, il était parfaitement conscient que les velléités des rebellions Touaregs étaient toujours là, et que la possession d’armes de guerre, impressionnantes quantitativement et qualitativement, allait inévitablement les raviver. Sa passivité silencieuse est un acte de trahison, son laxisme est une forfaiture qui a permis la mise en place d’un schéma de fragmentation de l’unité de son pays. De par son serment, il avait la mission de protéger l’intégrité territoriale de son pays, en cela aussi, il a manqué à sa parole.

Il est évident qu’une république de l’Azawad est en train de se mettre en place, elle a été négociée par la France et les USA sur le dos du Mali. On peut penser que l’objectif sera à terme le confinement d’AQMI et peut -être sa neutralisation par les tenants de cette nouvelle république, ce sera leur contrepartie en échange du soutien de la France et des USA dans la division du Mali.

Comment s’est manifesté ce soutien de la France et des USA ?

Tout d’abord par une complicité passive, en effet, on reste interrogatif sur l’inertie des forces de l’OTAN par rapport à la pénétration massive des armes de guerre en territoire malien en direction des bases arrières d’AQMI. Comment peut-on l’expliquer ? Comment comprendre que la France et les Etats Unis, devenus maitres de la Libye, aient laissé des armes sophistiquées en grand nombre prendre le chemin des zones sous contrôle d’AQMI ?

Ensuite, dès les premières déclarations au début des hostilités, Alain Juppé avait fait une déclaration appelant au développement du Nord du Mali mais sans aucune condamnation du recours à la force.

Enfin, les médias français donnent largement la parole aux rebelles Touaregs et la médiatisation à outrance des défaites de l’armée malienne par RFI, a fini de convaincre sur les mots d’ordre au sein de la station françafricaine ; il s’agit d’accompagner un processus jusqu’à son terme.

Mais la plus grosse manipulation est cette histoire de coup d’Etat bizarre et qui tombe à pic, installant une incroyable diversion et contribuant à l’avancée fulgurante des rebelles sur un terrain pratiquement vide et déserté.Cette histoire de coup d’Etat constitue une véritable diversion pour masquer les véritables urgences au Mali, c’est –à- dire, la sécession du Nord de ce pays, la remise en cause de son intégrité territoriale par la force, autrement dit, un deuxième cas après le Sud Soudan.

Et la chose la plus invraisemblable, c’est de voir l’UA, la CEDEAO s’époumoner sur la conséquence d’une situation (le coup d’Etat) et fermer les yeux sur la cause principale à savoir la guerre au Nord et les revendications des Touaregs. C’est d’autant plus grave que les principes qui sont remis en cause à savoir l’unité du Mali, son intégrité territoriale ne pouvaient en aucun cas leur échapper.

Alors, il faut tout simplement comprendre que ces institutions africaines sont en train de jouer le rôle que la France et les USA leur ont demandé dans le schéma d’une partition au Mali.

Comment comprendre que, par exemple, la France ait bombardé, avec ses mirages, les rebelles tchadiens sous le seul prétexte qu’ils étaient soutenus par le régime islamiste de Khartoum et qu’ils allaient peut-être instaurer une république islamiste au Tchad et qu’aujourd’hui, dans cette poudrière qu’est devenu le Nord Mali - zone de trafics d’armes, de trafics de drogue, terrain d’implantation d’AQMI qui a fait de cet espace sahélo-saharien sa base arrière - les occidentaux qui ont fait de la lutte contre le terrorisme, leur priorité absolue, se taisent et organisent une monstrueuse diversion avec, comme toujours, la complicité des éternels nègres de service ?


Pour permettre aux rebelles Touareg de s’installer dans les limites déjà dessinées et publiées de leur nouvelle république, les occidentaux ont monnayé la partition du Mali, organisé un véritable délire autour de cette histoire de coup d’Etat, et détourné l’attention de l’opinion nationale malienne et internationale sur l’organisation par leurs soins de la violation du principe d’intangibilité des frontières. Cela ne fait pas de doute ! Comme au Sud Soudan, une fois que les rebelles auront occupé entièrement l’Azawad, on signera un accord avec, à la clé, un référendum sur l’indépendance dont l’issue est connue d’avance et le tour est joué. Une fois l’Azawad conquise, on parlera d’aider le Mali, de le sécuriser ; en fait, rien que des discours classiques, une langue de bois destinée à entériner une situation de fait, en l’occurrence la position de force des rebelles.


Le Mali, à l’instar de beaucoup de pays africains, est une mosaïque de peuples, et les antagonismes entre les populations existent mais sont surmontables s’ils ne sont pas attisés par des forces extérieures. La division, la sécession, les partitions sont autant de schémas impérialistes qui reposent sur la devise du « diviser pour régner ». Force est de constater que les vieux démons sont bel et bien de retour en Afrique.

Convoquons l’histoire récente du Tchad à titre de comparaison par rapport à la situation malienne. En 1982, la Libye, sous prétexte d’aider le GUNT de Goukouni, Kamougué et autres, perpétuait l’occupation d’un peu moins de la moitié du Tchad, soit 600.000 kms carrés. La France s’était entendue avec la Libye de Khaddafi sur un schéma de partition du Tchad et Mitterand déclara officiellement : « Que la France était d’accord pour céder, à Khaddafi, cette partie du Tchad où il n’y avait que des cailloux.» Pire, les autorités françaises installèrent une ligne militaire de démarcation au 16ème parallèle pour matérialiser la partition du Tchad et mettre le pouvoir du Président Habré devant le fait accompli. Un fait accompli qui voyait le Tchad morcelé, divisé et cédé à un pays tiers, ennemi de surcroît, à savoir la Libye de Khaddafi.


Et, il a fallu le courage et le patriotisme du Président HH pour s’opposer à ce schéma de spoliation du peuple tchadien, de violation de son unité et de son intégrité territoriale, et on voit bien, avec l’exemple du Président Toumani Touré, que c’est loin d’être une chose facile. L’homme de pouvoir traverse des moments dans sa vie politique où il a rendez- vous avec l’histoire : Soit, il choisit ses intérêts personnels, soit, il met au dessus de lui son pays, sa patrie, les intérêts supérieurs de la nation comme on dit. Pour faire face à la menace évidente de partition du Mali, son pays - qui avait écrit, en lettres d’or, l’une des pages les plus glorieuses de l’Afrique, le Président Toumani Touré n’a pas su, voire n’a pas voulu sensibiliser et mobiliser les descendants de Soundjata Keita et autres, ni accroître, de manière décisive, les capacités défensives et offensives de l’armée malienne. Au lieu de s’enrichir et enric hir scandaleusement ses proches et une bureaucratie cupide et sans éthique, il aurait pu mieux utiliser une bonne partie des ressources de son pays (certes, le Mali n’est pas très riche, mais rien que son or lui rapporte gros). Au lieu d’écouter la voix de son peuple, répondre aux demandes, mille fois rappelées de ses soldats, il a préféré se complaire dans la politique de l’autruche, se plier complaisamment aux « conseils » de l’étranger, pour sauvegarder ses propres intérêts. Aujourd’hui, il récolte les fruits cancéreux de sa politique de démission nationale, hélas, en entrainant tout le Mali, dans sa déchéance ! Puisse son désastreux exemple servir de leçon à quelques autres pays africains dont le sort est à peine meilleur que celui du Mali !

Donnons le dernier mot à Mme Aminata TRAORE, ancienne ministre de la culture du Mali, militante altermondialiste résolument engagée pour la cause de l’Afrique : « Inédite, mais surtout grave et humiliante, est notre situation. L’humiliation ne réside pas uniquement dans la violence, à laquelle l’Occident nous a habitués et qui a commencé, il y a cinq siècles avec la traite négrière. Elle réside également dans notre refus de comprendre ce qui nous arrive, d’organiser la résistance et d’influer sur les rapports de force. Dans un monde incertain et dangereux parce que régi par la loi du plus fort, nous semblons avoir choisi d’épouser le diagnostic et les solutions du dominant. Par le passé, nous avons certes été vaincus, mais nous avons résisté. Aujourd’hui, le confort intellectuel et matériel dans lequel une bonne partie de l’élite africaine se complaît l’empêche d’entendre, de voir et de se ressaisir. »

La rédaction de Zoomtchad