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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Appel pour la libération du député Gali Ngothé

 

            Le 7 mars dernier, les démocrates et amis du Tchad à travers le monde ont appris l’interpellation, l’arrestation et la condamnation à un an de prison ferme, accompagnée d’une forte amende, du député tchadien Gali Ngothé, accusé de braconnage et de corruption.

D’emblée et en toute conscience, se pose le bien-fondé d’une telle arrestation et les raisons d’un procès si rapidement expédié qu’il place tout le monde devant le fait accompli.  En outre, la peine apparaît disproportionnée par rapport aux faits reprochés.

D’autres questions viennent naturellement à l’esprit de l’observateur soucieux d’une bonne justice :

Y a-t-il eu vraiment infraction à la loi par le député lui-même ? D’après les informations qui filtrent de toutes parts, ce ne semble pas être le cas.

Ce député, d’opposition il faut le souligner, a-t-il bénéficié de l’immunité parlementaire à laquelle il avait droit ? Ou celle-ci a-t-elle été levée par le bureau de l’assemblée nationale avant même que n’intervienne la condamnation ?

Les réponses sont apportées par le collectif d’avocats du Tchad qui, dans cette affaire, relève de nombreuses infractions. Ce non-respect de la procédure légale paraît extrêmement  grave dans un pays qui se veut démocratique et doit, sur le plan juridique, se montrer irréprochable. Comment faire respecter la loi par les citoyens et la leur appliquer, sans discrimination, si au plus haut niveau de l’Etat, elle est bafouée ?

Une décision politique ou judiciaire dont l’impartialité est contestable, ne peut être fortuite et sans  conséquences. Faut-il rappeler que la vie politique tchadienne depuis sa naissance en 1960 à la souveraineté internationale a été jalonnée d’arrestations arbitraires, de troubles et de coups d’Etat militaires dont nombre de gens pensaient qu’ils appartenaient au passé ? Beaucoup de Tchadiens croyaient en effet qu’une ère nouvelle commençait à se mettre en place, leur laissant espérer un avenir enfin apaisé.

 Il serait regrettable, après la disparition non élucidée d’Ibni Oumar Saleh en 2008, que ce pays se retrouve à nouveau sous les projecteurs des médias internationaux avec la condamnation contestable dont est victime Gali Ngothé.  On n’incarcère pas un parlementaire pour un ou deux phacochères abattus dans un braconnage dont lui-même était absent ! Il en était complice, affirme-t-on, puisqu’il avait prêté sa voiture aux parents braconniers ! Est-ce la vérité ? Est-ce suffisant pour qu’un jugement hâtif puisse envoyer un député d’opposition en prison ?

Il n’est peut-être pas inutile d’ouvrir ici une parenthèse pour demander : pourquoi n’a-t-on pas arrêté ceux qui depuis des décennies déciment notre faune, éléphants, singes et gibiers protégés ? Y aurait-il deux poids, deux mesures, deux lois, prescription pour les uns et sévérité pour les autres ?

Il faut revenir à l’affaire Gali Ngothé.  Après analyse de son maigre dossier, elle apparaît davantage comme un règlement de compte, peut-être même comme un coup monté, qu’une réelle infraction à la loi. Quels sont les dessous de cette histoire ? Un problème de rivalités selon les rumeurs qui circulent ou des causes plus obscures ? Faut-il également croire à ces autres rumeurs, combien persistantes, qui prétendent que la vie d’un autre parlementaire, Saleh Kebzabo, serait également sur le point de basculer ? Deux députés de l’opposition ! N’est-ce pas surprenant ?

Alors, au-delà de cette affaire de braconnage, laquelle ferait sourire si elle ne portait pas atteinte à l’honneur et à la liberté d’un homme, c’est bien l’indépendance de la justice tchadienne qui semble être remise en cause. Nombreux sont les démocrates qui ont besoin de croire à son impartialité, à sa totale indépendance vis-à-vis du pouvoir politique, à la probité des magistrats qui l’appliquent. Ceux-là qui ont droit de vie, de mort et de liberté sur leurs concitoyens doivent répondre à la confiance que ces mêmes citoyens placent en eux, c’est-à-dire être irréprochables dans l’exercice de leurs fonctions et rendre des jugements conformes à la loi, en toute objectivité et hors de toutes pressions d’où qu’elles viennent.  Les jugements de l’histoire sont sévères pour tous ceux qui ont failli à leurs tâches.

Il faut craindre les dérives et les injustices qui génèrent révoltes, règlements de compte et violences ! Au Tchad, les citoyens sont, hélas, payés pour savoir les risques encourus, à savoir l’effritement de leur unité nationale ou même le retour de ces affrontements fratricides et meurtriers qui pendant des décennies ont endeuillé tant de familles et appauvri durablement le pays.

Aussi, pour l’honneur du pays et de sa justice, les démocrates et amis du Tchad appellent à la libération  de Gali Ngothé, à sa réhabilitation et à son retour à la vie et aux débats parlementaires pour lesquels il a été élu.

Parce qu’arrêter un député dans les circonstances qui ont été relatées est un acte grave, préjudiciable à la démocratie,

parce que les preuves du délit mettant personnellement en cause ce député apparaissent pour le moins insuffisantes, peu crédibles, sujettes à caution et que la rapidité du jugement suivi d’une lourde condamnation laisse à entendre que tout était déjà joué d’avance,

parce que ce député, fût-il de l’opposition, n’a pas bénéficié de l’immunité parlementaire à laquelle, selon la constitution, il avait droit, 

parce que tous les hommes épris de justice, solidaires du peuple tchadien, se sentent concernés par ce qui apparaît comme un déni de justice. Certains, victimes d’accusations sans fondement, connaissent le prix de l’arbitraire, l’humiliation d’une arrestation, l’ignominie d’une incarcération.

Parce que cette affaire ne doit pas en préluder d’autres, qu’elle est exemplaire en matière de dérive, elle ne peut laisser indifférents ceux qui sont attachés  aux principes et aux valeurs de la démocratie et de la liberté.

Nous, citoyens du monde, demandons la libération du député tchadien, Gali Nghoté !

 

Les signataires :

Antoine Bangui-Rombaye (France) écrivain, ancien ministre, ancien ambassadeur, prisonnier de Tombalbaye

Marie-José Tubiana (France), chercheur en Sciences humaines, directeur de recherche honoraire au CNRS

Laoukolé Jean, (N’Djaména, Tchad) Biochimiste, passionné de l’écriture, auteur

 

 

Signez la pétition en envoyant à cette adresse mail: robbal@free.fr ou mjtubiana@gmail.com,