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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

POUR LE RESPECT DE LA VIE EN REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Marie-Reine HASSEN LANCE UN APPEL D’URGENCE

 

Des violents affrontement ont débuté lundi 23 janvier 2012 en Centrafrique lorsque les armées centrafricaines et tchadiennes ont lancé une offensive contre le chef rebelle tchadien Baba Laddé qui dirige le Front populaire pour le redressement (FPR).

 

Pour chasser et débusquer une petit groupe de rebelles, ce sont surtout les populations civiles innocentes qui sont réprimées Des hélicoptères bombardent les villages, semant partout la mort. La violence est inouïe. De Sido à Kaga-Bandoro en passant par Batangafo, Wandago et Gondava, les populations civiles sont terrorisées, des villages sont détruits, des personnes sont arrêtées arbitrairement, torturées et tuées sans raison. Quant aux rebelles, ils se sont éparpillés dans les zones inhabitées.

 

Les opérations de ratissage, toujours en cours, donnent lieu à des abus. Cette situation humanitaire catastrophique est extrêmement préoccupante et appelle des interventions d’urgence. Plusieurs dizaines de milliers de déplacés ne bénéficiant d’aucun soutien viennent grossir le nombre de ceux qui vivent depuis quelques années dans la brousse et au delà de nos frontières. Les sources font état d’innombrables morts, y compris des femmes et des enfants. Les derniers affrontements connus ont eu lieu à Kota-Gombé le 13 février.

 

La République Centrafricaine est plongée depuis des décennies dans un cycle de violences sans fin. De graves violations des droits humains, dont des crimes de guerre et crimes contre l'humanité sont systématiquement commises. Tous les crimes perpétrés en RCA l’ont été en toute impunité. Aucun soldat de l’armée nationale ou de la rébellion n’a eu à se justifier des viols, incendies, pillages ou autres violations des droits de l’homme. L’insécurité chronique qui règne en République centrafricaine menace à son tour l’ensemble de la région. La République Centrafricaine est depuis longtemps « un sanctuaire pour les brigands et groupes rebelles opérant dans la région. » (dixit le Représentant des Nations Unies en RCA)

 

Arrêtons de nous voiler la face. Pourchasser le FPR ne va pas régler les multiples problèmes de la RCA, profonds et complexes. Cette situation n’est pas née du fait d’un unique petit groupe de rebelles. Il en existe plus de 14 en République Centrafricaine, aussi bien nationaux qu’étrangers, qui opèrent sans être inquiétés. La chasse menée contre l’un d’eux ne justifie pas l’agression barbare des populations civiles et le regain de violences en République Centrafricaine.

 

L’option militaire a été choisie, mettant ainsi fin au processus de négociation entrepris durant des mois. Ces pourparlers étaient restés au point mort du fait que le groupe rebelle n’avait pas obtenu les garanties de sécurité nécessaires pour son retour au Tchad. Poursuivre le dialogue aurait épargné bien des souffrances à nos populations, et aurait été moins onéreux financièrement et matériellement.

 

Le peuple centrafricain n’en peut plus de souffrir en silence. Pour que ce cycle infernal prenne fin, il faut en résoudre les causes profondes. C’est pourquoi j’en appelle aux partenaires internationaux pour qu’avec le gouvernement centrafricain, les institutions panafricaines, les organisations régionales et nationales, des mesures soient rapidement mises en œuvre pour remédier définitivement à cette immense tragédie humaine.

 

Pour cela, il faut admettre que l’échec du processus de désarmement des anciens combattants et de la consolidation de la sécurité en RCA est dû principalement à l’absence d’autorité de l’Etat, au manque de volonté du gouvernement pour prendre des mesures afin de protéger les citoyens, et au détournement systématique des fonds alloués à ces programmes. Plaider pour obtenir plus de ressources financières, comme le préconisent certains, ne fera pas décoller ce processus. Les Nations Unies devraient comprendre qu’il est vain de « se préoccuper du cas de Baba Laddè » et de répéter sans cesse qu’ »il est temps de ramasser les armes des rebelles » On ne peut pas en même temps « demander aux groupes armés de coopérer avec le gouvernement » et  prôner une « descente sur le terrain » pour « décourager les regroupements rebelles ». Il faut favoriser le dialogue et veiller à ce que la parole donnée ne soit pas foulée aux pieds, car les accords de paix ne sont respectés par aucune des parties.

 

Stop à la langue de bois. Il faut maintenant AGIR pour mettre fin aux atrocités contre la population et prévenir de nouvelles violations des droits de l’homme. La RCA a besoin d’engagements clairs. Il est nécessaire de :

 

·        Demander l’arrêt des combats et l’implication de l’Union Africaine et des Nations Unies dans l’application effective des solutions pour le retour d’une paix et d’une sécurité durable en RCA : la réforme du Secteur de la Sécurité (RSS), la mise en œuvre effective du processus DDR ainsi que celle des PDD.

 

·        Faire appel aux nombreuses organisations des droits de l’homme et des libertés publiques locales et internationales  pour qu’elles interviennent afin de faire cesser les affrontements et apporter les secours humanitaires aux populations.

·        Interpeler le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour condamner les violations des droits de l’homme commises par les forces armées centrafricaines et tchadiennes.

·        Engager le gouvernement centrafricain et le gouvernement tchadien à privilégier le dialogue et le processus de négociations qu’ils avaient déjà entrepris depuis quelque temps.  

·        Pousser le gouvernement à réformer son système judiciaire défaillant afin d’enquêter, poursuivre et juger les criminels. L’engager fermement à former ses forces de sécurité, leur inculquer la discipline et leur fournir les moyens. 

 

·        Engager la Cour Pénale Internationale à ouvrir une enquête et procéder à des poursuites pour les atteintes aux droits humains des populations. A ce jour, il n’y a eu qu’une seule arrestation, celle de Jean-Pierre BEMBA.

 

·        Mettre en œuvre très rapidement et de manière effective le programme des Pôles de Développement (PDD) : la situation sécuritaire est un facteur déclenchant et aggravant du niveau de pauvreté. Or c’est cette pauvreté qui contribue à exacerber les conflits. Il est donc nécessaire de créer des opportunités économiques qui génèreraient pour les populations des revenus plus importants et plus stables.

 

·        Inviter le gouvernement à prendre des mesures pour assainir la situation économique, sociale et sanitaire. Il devrait s’atteler à rattraper l’immense retard de la mise en œuvre du Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté (DSRP) et des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), que la RCA ne va bien évidemment pas atteindre.

 

·        Veiller à ce que les gouvernements étrangers qui apportent leur soutien militaire ne provoquent pas de nouvelles atteinte aux droits humains en RCA.

·        Impliquer les femmes centrafricaines de tous niveaux, y compris celles vivant dans les régions, dans les processus de résolution des conflits. Ce sont elles et leurs enfants qui souffrent le plus. N’oublions pas que des générations de femmes africaines ont été impliquées de tous temps et de manière très naturelle au maintien de la paix. Elles peuvent donc jouer un rôle vital pour le retour de la paix en RCA.

 

Les centrafricains ont assez souffert. La RCA doit rechercher la paix, qui ne pourra s’installer qu’avec la démocratie. Pour cela, ce pays a besoin d’une véritable conférence de réconciliation nationale qui apportera une solution pérenne aux malaises sociaux et politiques.

 

 

 

 

Paris le 20 février 2012

 

Marie-Reine HASSEN 

Ancien Ministre,

Ancien candidat aux élections présidentielles en RCA.