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Publié par Mak

Ambassade du Tchad à Genève et diaspora tchadienne en Suisse : des rapports à repenser.

 

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

En référence à notre précédente analyse et à la lumière de ce que nous avons développé antérieurement, nous revenons sur le cas de certains faits illustrant l’état des rapports entre l’ambassade du Tchad à Genève et la diaspora tchadienne en Suisse à travers 3 exemples parmi tant d’autres.

 

Il convient d’abord de souligner que l’importance et les contributions de la diaspora tchadienne dans les quatre coins du monde et l’augmentation du flux migratoire des tchadiens vers l’étranger appellent le gouvernement du Tchad à s’appuyer sur sa diaspora non seulement à des fins de développement national ou dans le cadre de relations bilatérales, mais aussi à l’échelle régionale et internationale. Cependant, la relation entre le Tchad et sa diaspora n’est pas à la hauteur de la place et du rôle de cette dernière dans la vie de notre pays, comme le démontre la faiblesse du poids de cette diaspora dans la politique étrangère du pays alors qu’elle est le principal instrument du rayonnement du Tchad et de défense de ses intérêts à l’étranger. 

 

A titre illustratif, l’importance de la diaspora des pays africains se reflète par exemple dans le volume de leurs apports. Les statistiques internationales confirment que les contributions des africains de l’étranger dépassent largement l’aide publique au développement (APD). Par ailleurs, elle constitue un capital humain considérable et d’une importance stratégique comme a su en prendre conscience le Premier Ministre indien Rajiv Gandhi à partir de 1984, qui la considère non pas comme une fuite des cerveaux, mais comme une banque de cerveaux qui accumule des intérêts et qui attend uniquement d’être retirée des pays d’accueil  pour être à nouveau investie dans les pays d’origine. Ce qui fait de la diaspora tchadienne un atout considérable dont il faut tenir compte pour le progrès du Tchad.

 

S’agissant de la diaspora tchadienne en Suisse, elle est cosmopolite à l’image de la mosaïque culturelle au Tchad et symbolise la diversité de la communauté tchadienne. Avoisinant les 150 personnes, avec des potentialités multiples et variées, elle vit en harmonie et représente un atout formidable dans la participation des tchadiens à la (re) construction nationale. Son implication intellectuelle dans le débat autour de divers sujets vitaux pour le Tchad n’est plus à démontrer au même titre que ses contributions financières, ses réalisations au profit du monde rural tchadien et ses apports dans le rayonnement culturel du Tchad en Suisse.

 

Cependant, ses rapports avec l’ambassade du Tchad en Suisse restent très limités non pas que la diaspora ne veut pas mettre ses connaissances, expériences et valeurs ajoutées au service du Tchad, mais du fait de l’attitude du dirigeant de l’ambassade à l’égard de la communauté tchadienne en Suisse : sélectivité, manipulations, absence de consultations formelles, divisions pour mieux servir ses intérêts, désintérêt sinon méconnaissance des réalités de la communauté tchadienne en Suisse, moins au service de la diaspora que de ses propres intérêts etc.

 

Trois exemples parmi tant d’autres illustrent cette attitude qui fonde la quasi-absence de véritables rapports entre l’ambassade et la diaspora.

 

1) Des initiatives de la diaspora : la question de la paix au Tchad.

Il vous souviendra du compte-rendu que nous avons fait sur l’atelier de réflexion autour de la paix au Tchad : la nécessité d’un dialogue national inclusif et d’une culture de la compréhension mutuelle. Cet atelier organisé à Genève par l’association Utopie Nord-Sud le 4 mai 2010, auquel ont participé quelques membres de la diaspora tchadienne en Suisse, s’inscrit dans la logique de l’attachement de l’ensemble des acteurs tchadiens à la paix. Les réactions positives de nombreux tchadiens encourageant cette initiative le prouvent pertinemment.

L’objectif était donc de dégager les voies et moyens susceptibles de rendre audible et de renforcer l’initiative de la société civile tchadienne visant la recherche d’une paix durable à travers un dialogue impliquant toutes les forces sociales et politiques du Tchad et l’accompagnement de la dynamique de la société civile dans ce sens sans aucun parti pris.

Seulement voilà au lieu que cette initiative louable puisse faire l’objet d’un regard attentif ou du moins d’une attention diplomatique ne serait-ce que curieuse, notre représentant en Suisse s’est efforcé de dramatiser cette initiative et de lui donner une autre dimension, en dépassant même les frontières suisses pour exprimer son agacement. Il est allé jusqu’à dresser le pouvoir public tchadien contre les ONG qui ont participé à l’organisation de cet atelier.

Il est contre-productif d’agir de la sorte à moins qu’il ne trouve son compte dans la poursuite du conflit et de l’instabilité au Tchad. Au lieu d’utiliser des procédés d’un autre âge pour exprimer son opposition à une initiative de paix, il existe des moyens diplomatiques élémentaires de répondre à telle ou telle autre initiative populaire de la diaspora. Demander conseils à ceux qui sont plus expérimentés politiquement et diplomatiquement, avec une certaine intelligence sociale, pourrait sans doute s’avérer utile et permettre d’éviter intelligemment de commettre de telles erreurs. Comme le disait Richelieu "en matière d’Etat, il faut tirer profit de toutes choses, et ce qui peut être utile ne doit jamais être méprisé."

 

Notons tout simplement que cette mise en orbite sur la scène médiatique internationale des ONG mettant en avant la question de la paix au Tchad ne peut que contribuer à aider notre pays dans sa quête d’une stabilité durable et d’un progrès souhaitable. Une chose est certaine, la contribution que les acteurs de la société civile peuvent apporter dans le développement de nouvelles formes de gouvernance et en particulier dans le domaine de la prévention des conflits et de la promotion de la paix au Tchad n’est pas à négliger. 

 

2) De l’organisation du cinquantenaire de la proclamation de l’indépendance du Tchad à Genève et de la venue prochaine du Chef de l’Etat en Suisse

Pour ce qui est  de la commémoration du cinquantenaire, l’Etat a placé cet événement sous le signe de l'unité d'action de tous les fils du Tchad avec la participation de toutes les sensibilités tchadiennes sans distinction afin de donner un caractère véritablement national à ce grand événement. Cependant, le dirigeant de l’ambassade du Tchad en Suisse se réserve l’exclusivité de l’organisation  de cette commémoration, réduisant la majorité de la diaspora en spectateurs plutôt qu’en acteurs.

 

A l’image de ce qui a été fait par l’ambassade du Tchad en France ( Cf "Cinquantenaire de l’indépendance : Les tchadiens de France s’organisent", sur le site du journal La Voix), nous pensons que ce cinquantenaire est une opportunité pour organiser des journées de réflexion et de débats sur le passé, le présent et l’avenir du Tchad dans tous ses aspects, en insistant sur les défis à relever, les enjeux à défendre et les projets à construire.

 

Les résultats, conclusions et recommandations de ces journées pourraient constituer un document de travail ou un carnet de route pour nos dirigeants en marche vers le développement et la paix. Nous sommes convaincu que la diaspora tchadienne en Suisse a des contributions utiles à apporter dans la construction de notre pays. Il en va de même de la prochaine visite du Chef de l’Etat tchadien en Suisse, il ne s’agit pas d’une affaire privée, mais plutôt une opportunité de dialogue constructif entre le Chef de l’Etat et la diaspora pour un meilleur avenir du Tchad. Cependant, l’ambassade ne semble pas motivée pour encourager et préparer ce dialogue.

 

3) Du portail Internet de l’ambassade : l’absence…de la diaspora

 

En parcourant le portail Internet de l’ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève (www.ambassade-mission-tchad.ch), on remarque l’absence d’informations pratiques et utiles pour la communauté tchadienne en Suisse. On y retrouve des renseignements destinés aux étrangers mais pas des informations concernant les modalités ou les exigences pour l’obtention du passeport tchadien et sa prorogation, les actes d’état civil (acte de naissance, de mariage, de décès…), cartes consulaires, laissez-passer, authentification des documents administratifs ou officiels, l’enregistrement pour les listes électorales etc. Il n’y est même pas présenté l’organisation de l’ambassade et l’identification de son personnel pour que les tchadiens qui le désirent puissent savoir à qui s’adresser et quand le faire puisque les horaires n’y figurent même pas. Cela laisse penser que les étrangers désireux de se rendre au Tchad comptent plus aux yeux de la direction de l’ambassade que la communauté tchadienne en Suisse.

 

En conclusion, nous pensons qu’il est nécessaire d’impulser une dynamique de convergence et de véritable partenariat diaspora – Etat. Pour y arriver, il est impératif d’une part de dépasser la peur de cette convergence et ce partenariat ; ces derniers faciliteront  l’intégration et la consolidation de la place du Tchad dans la mondialisation tout en l’amenant ou l’encourageant dans les voies de la modernité. D’autre part, il faudrait cesser de céder aux vieilles habitudes d’opposer les uns les autres, et travailler plutôt à promouvoir leur unité et leur complémentarité.   .

 

La démarche raisonnable, de bon sens et honnête, qui pourrait nous y amener, consiste à changer des mentalités et à créer un cadre de dialogue-intégration quelque soit les différences.

 

Talha Mahamat Allim