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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Selon un communiqué du gouvernement lu sur les antennes de la Radio Nationale hier tard dans la soirée et ce matin, des « évènements meurtriers » se sont déroulés dans le Département du Lac Léré, Région du Mayo Kebbi Ouest, frontalière avec le Cameroun, causant mort d’hommes. Selon les termes de ce communiqué, les « auteurs de ces actes sont arrêtés et seront mis à la disposition de la justice ». Mais le communiqué du gouvernement ne donne aucun détail sur le bilan des personnes décédées, ni sur la cause des tueries, ni sur les auteurs de « ces évènements meurtriers ». De source digne de foi, le gouvernement aurait dépêché sur place une délégation pour faire la lumière sur ces évènements.
Selon d’autres sources, ces violences se seraient déroulées dans un petit village du nom de Matta, situé juste sur la frontière entre le Tchad et le Cameroun. Le conflit opposerait deux camps qui revendiqueraient la même chefferie. Le chef de ce village et quelques uns de ses notables auraient trouvé la mort dans cette bataille rangée.

Il faut dire que la Région du Mayo Kebbi Ouest - tout comme d’ailleurs plusieurs autres régions du Tchad - est confrontée à une insécurité permanente : l’enlèvement des enfants contre rançon d’une part, le conflit lié à la revendication de la chefferie de l’autre. L’enlèvement des enfants contre rançon est une pratique spécifique à cette région du pays depuis plusieurs années. Souvent, des bandits armés viennent du Cameroun enlever des enfants et s’y replient, et vice versa. Ils exigent ensuite des rançons faramineuses contre la vie de ces enfants.

Souvent, et après moult discussions indirectes entres ravisseurs et parents, ceux-ci, soucieux de préserver la vie de leurs enfants, finissent toujours par verser aux ravisseurs les sommes exigées. D’une manière générale, les parents n’entrent jamais en contacts directs avec les ravisseurs. Ceux-ci utilisent toujours des intermédiaires, taxés à tord ou à raison des complices des malfaiteurs. Depuis plusieurs années, le gouvernement tente de combattre ces criminels d’un autre âge en déployant sur le terrain des forces spéciales avec de gros moyens. Mais compte tenu du caractère transfrontalier et des complicités évidentes qui entourent ce crime organisé, le phénomène persiste. Ce qui donne l’occasion aux organisations de défense des droits de l’homme et à certains pays amis du Tchad (les Etats – Unis en particulier) de penser que le gouvernement tchadien ne combat pas efficacement le trafic d’enfant.

En ce qui concerne les violences liées aux revendications de la chefferie, plusieurs raisons l’expliquent : la mauvaise compréhension de la décentralisation par certains cadres, la mauvaise interprétation de la démocratie et la mauvaise gouvernance administrative des autorités administratives locales.

La politique de la décentralisation entamée par le gouvernement suite à la résolution de la Conférence Nationale Souveraine donne l’occasion à certains cadres installés dans la capitale et en mal de popularité dans leur village de vouloir coûte que coûte se tailler un canton, une sous-préfecture ou un département. Pour parvenir à cette fin, ils alimentent depuis la capitale des antagonismes entre parents au village. De leur côté, certains villageois, passablement lettrés et sous prétexte que le Tchad est un pays démocratique, estiment n’avoir de compte à rendre à personne. Pire, ils se croient en droit d’être chef de village ou chef de canton, soutenus dans ces aventures par des administrateurs incompétents et voraces, prêts à marcher sur des cadavres pour s’enrichir.

Ils saignent ainsi à blanc les détenteurs des chefferies qui veulent à tout pris les conserver et les prétendants à ces mêmes chefferies qui sont prêts à se marier au diable pour les obtenir. C’est la quadrature du cercle. C’est véritablement un gouffre, et le gouvernement a du pain sur la planche.

MbaÏRé Bessingar