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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 INTW 1

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse

 

Le dernier développement de ce qu’on appelle l’affaire Hissein Habré, a révélé à la face du monde deux enseignements importants pour le Tchad et le Sénégal. D’une part, l’absence marquée de confiance de l’opinion tchadienne, africaine et internationale vis-à-vis des  institutions républicaines du Tchad, en particulier de sa justice. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter aux réactions farouchement négatives de l’opinion tchadienne, des ONG et des instances internationales face à la volonté du gouvernement tchadien d’assurer la sécurité de l’ancien président tchadien et d’organiser un procès équitable en concertation avec les différents partenaires concernés.

 

D’autre part, l’attitude paradoxale du pouvoir sénégalais marquée par des contradictions dans le discours du gouvernement sénégalais, du moins sur l’exécution de la décision d’extradition prise par ce dernier dans l’affaire Habré. Le revirement manifesté dans l’engagement politique du Sénégal rend inaudible la parole du politique et le décrédibilise. A partir de ces deux enseignements de ce feuilleton politico-diplomatique, on s’aperçoit que ce scandale juridique

relève plus d’une stratégie de diversion au Tchad et au Sénégal que d’une volonté politique réelle de rendre la justice aux victimes.

 

Le manque de confiance du peuple tchadien en ses dirigeants et ses institutions n’est plus à démontrer. Il trouve ses origines dans les pratiques observables au niveau des différentes sphères du fonctionnement de l’Etat, du plus bas échelon au plus élevé. En principe, la fonction première d’un Etat est d’assurer la protection de ses citoyens contre toutes les formes d’injustice et de violence. Néanmoins, que constate-t-on dans le cas tchadien.

 

La plupart de ceux qui sont détenteurs du pouvoir, à quelque niveau que ce soit, produisent des injustices et créent des violences, dans une large mesure contre leurs propres concitoyens. Utiliser la force contre ses propres concitoyens pour les dominer et les faire plier, est malheureusement banal et trop fréquent au Tchad. Les injustices massives commises par l’Etat contre ses propres citoyens constituent une singulière perversion de l’ordre politique au Tchad.

 

Le fait que les tchadiens se détournent de la justice officielle au profit des mécanismes et instruments traditionnels est plus révélateur de ce manque de confiance. Ce manque est en outre renforcé par le fait que, comme le disait un compatriote, le centre du pouvoir d’Etat n’est pas dans les institutions officielles, mais dans les réunions des familles régnantes et de leurs alliés. Cette conception de l’exercice du pouvoir tend à confirmer l’analyse de l’ancien ministre des affaires étrangères français Hubert Verdine qui a déclaré que " le Tchad est l’un des pays africains où l’Etat n’a jamais réussi à s’enraciner ...."

 

Ce qui a pour conséquence l’accélération de la faiblesse de l’Etat et la prédominance des pratiques, des règles et des traditions coutumières, ethniques et tribales. Souvent, les décisions de la justice officielle sont peu considérées, contestées, voire même refusées.

 

Un imminent enseignant-chercheur et homme de droit tchadien a poussé la réflexion plus loin en faisant observer qu’au Tchad, chaque groupe ethnique pense à armer les siens pour se protéger et tenter de survivre dans cette jungle qu’est devenu le Tchad. Le pouvoir est clanique, la rébellion est clanique, les individus ne s’expriment et ne se réfèrent qu’aux repères identitaires dont les piliers sont les chefs de races, les chefs de cantons, les chefs de fil, les chefs de tributs, les chefs de famille… La société est hiérarchisée en pyramide. Les familles régnantes au sommet, les alliés, les co-régionaires, les coreligionnaires, les courtisans, les militants et les autres dominés et soumis à la loi du plus fort intouchable sont au bas de la pyramide. Cette observation pertinente traduit la réalité sociologique et politico-économique du Tchad actuel.

 

Il nous semble important que l’Etat n’a pas le droit de se retourner contre ceux qu’il devrait protéger. Sa manière d’agir déterminera au mieux sa volonté ou non d’être au service de l’intérêt général. Il est aussi important de noter que les décideurs politiques, au lieu d’être des extincteurs d’espoir, doivent être des serviteurs qui ont une vision novatrice pour leur pays, et des valeurs à partager qui permettent de voir autrement que par rapport à leur propre centre d’intérêts.  Ce qui n’est pas le cas au Tchad d’aujourd’hui.

 

Dans un tel contexte, il est inconcevable de projeter un procès d’Hissein Habré au Tchad, car les conditions d’un véritable procès, équitable aussi bien pour les victimes que pour leurs bourreaux ne sont pas réunies.

 

En ce qui concerne le deuxième point, c’est-à-dire la décision du Sénégal de revenir sur sa décision, cette ambivalence montre les incohérences et les précipitations d’un pouvoir affaibli par une situation nationale difficile à la quelle fait face le président Wade. Lorsqu’un Etat prend une décision importante, il se pose immanquablement des questions sur les conséquences et les différents contours d’une telle décision. Sur ce plan, le démocrate Abdoulaye Wade a raté son coup et fait de la diversion politique. 

 

Sur le contentieux Hisein Habré, il est primordial que justice soit rendue aux nombreuses victimes de cette période. Si les africains ne veulent pas qu’un de leur soit traduit et jugé par des instances non africaines, il appartient à l’Afrique de créer les conditions nécessaires pour que tous ceux qui ont commis des atrocités puissent être déférés devant les tribunaux africains. L’idée d’un tribunal spécial africain avec pour siège dans un pays d’Afrique où règnent la démocratie, la bonne gouvernance, l’Etat de droit, le respect des droits de l’homme et des instruments internationaux de justice s’avère indispensable.

 

Talha Mahamat Allim