Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

JUGEMENT ANNONCE DE L’ANCIEN PRESIDENT TCHADIEN: Inquiétude chez les «parents» lébous de Habré
(Walfadjiri 27/07/2012)


Les Occidentaux le veulent. Son nom est cité un peu partout dans le monde, car il est accusé d’avoir fait tuer des milliers de personnes. Lui, c’est l’ancien président tchadien Hissène Habré qui vit en exil au Sénégal depuis deux décennies. À Ouakam où il a élu domicile, l’annonce de son prochain jugement est diversement accueillie.

Si certains estiment que l’affaire Habré doit connaître son épilogue, puisque leur voisin mérite un repos paisible dans ce village où il est considéré comme un parent, d’autres préfèrent, en revanche, ne pas s’immiscer dans cette affaire pour le moins complexe. Mais une chose est au moins sûre : les «parents» lébous de Habré sont inquiets. Reportage.


Ouakam. Après quelques mètres de l’entrée de ce village traditionnel lébou, une station d’essence. Juste en face, vers la gauche, la «Cité Africa». Elle fait face au quartier Gouye Sor. À l’entrée, un vendeur de fruits est debout devant sa table qui jouxte une gargote de fortune. Devant le kiosque «Pmu» qui leur fait face, un petit groupe de parieurs discute. Concentrés sur les paris, ils parlent à haute voix et épiloguent sur les chevaux sur lesquels il faut miser. «Il faut jouer quinté si tu veux gagner», avance l’un d’entre eux à un camarade. Ces parieurs sont loin, très loin de s’intéresser à la vie de leur voisin qui occupe pourtant les colonnes de la presse africaine et internationale. Et qui devrait être jugé avant la fin de l’année pour crime contre l’humanité. Du moins, selon l’engagement pris par le gouvernement de Macky Sall, sous la pression de la communauté internationale.

Dans cette ruelle, à la troi- sième maison à gauche, réside Hissène Habré. Aux alentours de ce quartier plutôt calme, il n’y a que le chant des oiseaux et le bruit des moteurs de voitures pour perturber le silence de cimetière qui y règne. Peinte en blanc et maron, la maison des Habré est facile à repérer. Quelques arbres ornent la devanture des lieux où l’on peut aussi apercevoir de longs sapins. Tout est tranquille. Calme. On aurait dit qu’il n’y a pas âme qui vit dans cette concession. Que non ! Le vigile de la maison des Habré ouvre la porte en bois qui laisse entrevoir, la couleur blanche des murs qui ornent l’intérieur. Quelques secondes. Avant que la porte ne se referme. Juste le temps d’interpeller le vigile. Le petit sourire aux lèvres cache mal la méfiance du jeune homme. Parler de son patron est délicat pour lui. «Je ne peux pas me prononcer là-dessus. Il m’est interdit de le faire, veuillez m’excuser», balance-t-il. Avant de s’empresser de retourner dans la maison et de refermer la porte précipitamment.
Quelques minutes plus tard, un voisin de Habré, fraîchement installé, discute avec un vigile qui exerce dans ce quartier depuis deux ans. Toutefois, il ne sait pas grand-chose sur l’ex-président tchadien puisqu’il ne l’a jamais vu de ses yeux. «Je sais juste qu’il habite ici, je ne l’ai jamais vu de mes propres yeux. Mais parfois, je vois ses enfants jouer avec ceux de la maison d’en face», déclare le vigile sous le regard intéressé du nouveau voisin des Habré. Ouah ! Prononcer le nom de Hissène Habré est comme un tabou ici. Cela crée presque une peur bleue chez ses voisins.



«Il faut qu’on le laisse en paix, il va bientôt mourir»

La porte s’ouvre à nouveau. Une dame, un bol en inox sur la tête, sort du domicile des Habré. C’est une «vendeuse de petit-déjeuner à domicile», informe Adama, gérante de la gargote qui se trouve à l’angle. Dans son boubou Khartoum bleu, la dame se montre très réticente. Parler de la famille Habré est comme un interdit chez elle. «Excusez-moi, je travaille, je ne peux pas répondre à vos questions.» Pis, elle se montre agressive. Elle ne veut même pas se prononcer sur le contenu de son bol. Dans une nervosité assez particulière, le visage aussitôt renfrogné, la dame nous lance : «Laissez-moi partir. Ce que je vends ne vous intéresse pas. D’ailleurs, je ne vous dirai pas ce que c’est, j’ai jeûné.»

Si la dame refuse de parler de ses clients, Adama, elle, témoigne volontiers de la sympathie de l’ancien homme fort du Tchad. «C’est un monsieur qui passe souvent ici. Il a l’habitude de saluer le voisinage. Sa famille vient souvent acheter à manger ici», renseigne la fille. Mais Adama ne peut pas s’avancer sur le sort de celui qui est accusé de crime contre l’humanité et que le Sénégal a promis de juger à Dakar et non en Europe comme le voulait la Belgique où ses présumés victimes ont porté plainte.

Contrairement aux premiers interpellés, Ibrahima Ndiaye, lui, est d’avis que Habré doit être jugé le plus vite. «Juger Habré est tout à fait normal surtout si on a commis des crimes du genre dont on l’accuse. S’il faut qu’il paie, on doit le faire. Puisque depuis qu’il est là, il ne circule pas sans les éléments de la gendarmerie. Il est toujours sous escorte.» Mais cet avis n’est pas celui de Timéra. Il confie : «Habré est trop vieux pour être jugé. Il faut qu’on le laisse en paix, il va bientôt mourir. Je pense qu’il faut qu’on ait pitié de lui.» Même son de cloche chez le dignitaire lébou, Youssou Ndoye, Jaraaf du village de Ouakam. «Hissène Habré est pour nous un parent et c’est vraiment désolant tout ce qui lui arrive», dit le Jaraaf. Selon lui, la justice ne devrait plus se pencher sur le cas Habré. «Son dossier devrait être classé sans suite», estime le chef de village. Et de poursuivre : «C’est même inadmissible qu’on le juge dans ce pays, alors ceux qui doivent le faire n’ont jamais été au Tchad. Nous nous inquiétons de son sort parce qu’on ne sait pas s’il sera jugé conformément à la loi sénégalaise ou une loi étrangère. Il mérite de finir ses jours paisiblement.» «La fois passée, on s’était opposé à son extradition parce que Habré est quelqu’un de bien, c’est un bon voisin. Et on a l’habitude de partager la mosquée avec lui», témoigne Youssou Ndoye. Qui semble finalement se résigner : «Mais puisque force reste à la loi, on laisse tout entre les mains Dieu.»

Mame Coumba DIA