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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

                                                 Ahmat Zéïdane Bichara
                                                  Prix Lorenzo Natali 2006
                               Blog-Infos" Regards d'Africains de France"
 


Cette lettre s'adresse à vous-toutes, compatriotes qui vivez au pays ou appartenez à la diaspora, car je suis de plus en plus persuadé que nous, les hommes, sommes  incapables de ramener la paix au Tchad. Notre orgueil et notre peur de celui qui n'est pas de notre famille ou de notre ethnie sont devenus tels que nous sommes un véritable danger pour notre cher pays, le Tchad
.

 

Tous les  Tchadiens qui partagent bon gré mal gré leur vaste territoire, quelle que soit leur ethnie, leur clan, la faction rebelle ou le parti politique auquel ils appartiennent, ne songent qu'à arracher le pouvoir par les armes à leur seul profit et à celui de leurs épouses et de leurs enfants. Tant que vos maris sont en rébellion, vous et vos enfants mourrez de peur de les voir se faire tuer, mais aussi parfois de faim et de soif.  Mais que vos époux accèdent, un jour au pouvoir, même par les armes, vous ne songez plus désormais qu'à fêter leur victoire, et l'arrivée de votre clan à la tête de la République. Vous oubliez le rôle que vous devriez jouer pour ramener la paix au Tchad dans la légalité, et sans bain de sang.

 

Quelques chanteurs africains n’ont-ils pas proclamé que "ce que  femme veut, Dieu le veut ? ". Cela signifie que si vous toutes, Tchadiennes de la diaspora et du continent, décidez de faire revenir la paix et la sécurité au Tchad, Dieu le voudra aussi. Il y a hélas beaucoup de Tchadiennes, du nord comme du sud, qui aujourd'hui passent la moitié de leur temps au service du régime du président Deby et de ses nombreuses épouses. Mais qui parmi elles protestent contre les achats d'armes et d'avions qui ruinent le pays ?

 

 Qui des épouses, des sœurs  et des mères des ministres tchadiens et de leur président,  tentent  de ramener Deby à la raison? Au contraire, elles profitent de son maintien au pouvoir, quels que soient les moyens immoraux mis en œuvre pour y parvenir. Elles ne sont pas avares de chants et de you-yous de victoire, mais aucune voix féminine ne s'élève pour demander à Dieu la paix au Tchad,  afin que tous les fils de ce grand pays d’Afrique centrale soient comme ceux d’une même mère, et se mettent au travail pour bâtir un avenir meilleur.

 

Tchadiennes de la diaspora et du continent, je sais que parmi vous, il y a des sœurs, des épouses, des filles, des amies et des mères de rebelles ayant pour base arrière le Soudan.  Mais aucune d’entre vous n’ose crier haut et fort à ces hommes révoltés de déposer les armes, et de négocier autour d’une table. Vous passez au contraire votre temps à les encourager par la magie du  téléphone,  comme si éliminer celui qui n'est pas du même bord politique était un jeu d’enfant. Vous aussi, vous n'attendez que le jour où le pouvoir tombera dans les mains de vos époux, même au prix de la mort des soldats qui sont aussi Tchadiens comme vous. 

 

 Tchadiennes de la diaspora et du continent, vous êtes vous aussi les adversaires de la paix, au lieu d’être les ambassadrices de la morale.Vous cautionnez et encouragez les actes immoraux contraires à la vie en société. Je suis convaincu que si aujourd’hui le peuple tchadien souffre de maux si nombreux qu'il est impossible de  les énumérer, c'est parce que vous, nos mères, nos sœurs, nos filles, nos épouses, nos amies, vous avez renoncé à parler de paix dans vos foyers, à vos enfants, à vos époux et à ceux qui vous entourent. Si les hommes sont des destructeurs en puissance, vous êtes les architectes de la nature car c'est vous qui donnez la vie. Vous devriez prêcher de nouvelles valeurs qui banniraient la haine, les préjugés, la violence et l’arrogance qui nous empoisonnent, et ne peuvent déboucher que sur des conflits armés.

 

Tchadiennes de la diaspora et du continent, n’avez-vous pas honte de voir votre pays  se déchire, et  sombre de plus en plus dans l'obscurantisme? Qu’avez-vous fait de votre courage et votre désir de réconciliation, chanté par de nombreuses artistes de votre pays ? Où cachez vous votre vrai visage, dont  même les colons blancs ont rendu compte avec admiration dans leurs  carnets de voyage et dans les livres d’histoire? N'avez-vous pas compris que c'est que l’absence de  paix au Tchad qui a fait de beaucoup d'entre vous des veuves et des orphelines ? Et plus terrible encore, de celles qui ont quitté leur pays, souvent des prostituées et des voleuses sans avenir ?

 

Malgré tout ce qui précède, je n’ai pas encore perdu confiance en vous : unissez-vous et conjuguez vos efforts afin que demain, vous sachiez convaincre à la fois les rebelles et le président Deby de s'asseoir autour de la table de la réconciliation nationale. Car ce n’est pas le Tchad qui  est un territoire maudit, c’est plutôt nous, tous les Tchadiens, qui sommes devenus nos propres ennemis. Sous d'autres cieux, comme en Côte d'Ivoire,  d'anciens adversaires ont réussi à déposer les armes. Cela devrait être également possible au Tchad, si nous tous, hommes et femmes, faisons de la paix, une priorité et une affaire personnelle.

Tant qu’il y a  la vie, il y a l’espoir.