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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak



Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh, victime d'une  barbarie planifiée d'un régime clanique au Tchad, présidé et dirigé par Idriss Deby.En décembre 1998, l’université de Ouagadougou au Burkina Faso est en ébullition. Norbert Zongo, un journaliste d’investigation engagé dans la recherche de la vérité sur l’assassinat de David Ouedraogo, chauffeur de François  Compaoré, frère et conseiller inamovible du président de la république, vient d’être assassiné à son tour. Très vite, le mouvement estudiantin s’élargit, il touche tous les niveaux de la société et étend son théâtre aux autres contrées du pays. C’est véritablement une affaire nationale qui fait trembler dans leurs bottes les dignitaires du régime. Un collectif est vite mis en place et les meetings se succèdent. Désormais, le beau Blaise est seul face à la colère du peuple. Ici, le peuple a su réagir, sous l’aiguillon d’une jeunesse excédée et d’un courage exemplaire.

Vendredi 7 août 2009

 


En février 2008, l’opposant tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh est enlevé à son domicile par les éléments de la garde présidentielle et nul ne le reverra jamais. Après moult tergiversations, l’on finit par admettre une évidence bien embarrassante pour le régime du dictateur Deby et ses mentors français : Ibni est mort. Paix à son âme ! La réaction, issue de différents milieux de la société tchadienne et de l’opinion internationale, est timide. Aucun tollé d’indignation à inscrire dans les pages d’Histoire du Tchad. Mais tout est dans ce silence. Lorsqu’un peuple reste coi à la suite de l’élimination de l’un de ses fils les plus illustres, le bon sens recommande d’élucider les raisons  de ce silence, étape indispensable dans la nécessaire démarche visant à équiper ce dernier des instincts vitaux qui poussent à la subversion.


Il faut signaler que l’affaire Ibni se distingue par son contexte. En effet, la disparition de l’opposant tchadien suit de près le repli des troupes rebelles qui avaient réussi quelques heures auparavant à semer la panique dans le camp gouvernemental, contraint à se retrancher derrière les remparts du palais présidentiel. L’état d’urgence instauré de fait, concomitant à une forme d’hébétude engendrée par l’intensité des bombardements en pleine ville, sont des facteurs propres à exacerber l’instinct de survie, dont le rôle dans la suite des évènements n’est  guère des moindres. On comprend d’autant plus facilement l’absence de réaction des tchadiens que cette période fut accompagnée de nombreuses exactions très souvent perpétrées dans le seul but de semer la terreur.  La priorité, en ces temps douloureux, concerne des questions sécuritaires. Les droits de l’homme et le sort des populations sont relégués au second plan. Le président des tchadiens estime alors que la disparition de Monsieur Ibni et celle de centaines d’autres personnes est un détail qui sera traité en temps opportun. Ainsi, le décor était campé.


Cependant, nulle protestation significative ne survient après l’accalmie. Et là, bien sûr, le bât blesse. Pour comprendre ce silence aux allures interlopes, suggérant une amnésie collective sur un fait d’Histoire récente qui contient en filigrane le péril de toute une nation, puisqu’il tolère les assassinats politiques les plus abjects, il faut se pencher sur les rouages de la société tchadienne. Celle-ci fonctionne en effet selon des schémas féodaux. Le chef, dans l’imaginaire collectif, est un homme à craindre. Le pouvoir, par essence, est incontestable. Libérer le peuple tchadien de l’oppression des multiples dictatures qui lui sont imposées depuis des décennies, c’est d’abord dépouiller sa mentalité de cette vision étriquée du monde, et meubler sa conscience du sens réel des choses, qui implique sa préséance sur tout, et l’irréductible qualité de sa souveraineté.


Un premier exercice, dans le cadre de cette démarche, consiste à contester les pouvoirs en place. Cela représente une nécessaire entreprise de désacralisation de ces pouvoirs. En février 2008, nous avons failli à ce devoir, et cet échec est surtout le fait des milieux intellectuels qui ne surent pas se dresser comme un seul homme et demander à Deby de rendre des comptes sur la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh. La raison en est-elle la peur ? Cela se peut bien. Mais alors, jusqu’à quel niveau d’humiliations et d’exactions sommes nous prêts à aller, avant de décréter la fin de la barbarie ? Il est clair que tant que la frange la mieux informée de la société ne décide pas de rompre le silence et de briser le carcan de la peur, tous les travers auront libre cours, et les travers au Tchad sont nombreux. En attendant, l’Histoire nous juge, et elle garde de nous l’image de gens faibles et couards. L’assertion de Martin Luther King, selon laquelle celui qui a peur de mourir ne mérite pas de vivre, ne s’applique aux tchadiens que dans la mesure des altercations intersubjectives, au cours desquelles la sauvagerie atteint parfois son paroxysme. Ce qu’il faut maintenant, c’est transposer cette combattivité à la seule échelle qui compte, et dans le cadre du seul combat qui vaille, c’est-à dire la lutte de tout un peuple en vue de sa libération définitive. Considérer que l’injustice est un fait divers tant qu’elle ne nous atteint pas de plein fouet est une attitude funeste qui conduira inéluctablement la nation à sa perte.

 

Pour la libération du Peuple, pas de quartier !!!


N’djamena, le 06/08/09

 

Tachadi AZRAGH

tachadi@hotmail.fr