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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

(...) En effet, la situation au Darfour et dans la région est trop souvent simplifiée à l’excès. D’une part, les problèmes humanitaires au Tchad ne sont pas le simple fait des combats sévissant au Darfour puisqu’il y de nombreux problèmes internes. D’autre part, dépeindre le Darfour comme un combat entre Noirs et Arabes, entre le Bien et le Mal (surtout aux Etats-Unis) est largement abusif. Certains n’hésitent pas à dresser des parallèles avec la Shoah [5] et c’est d’ailleurs « l’US Holocaust Museum » qui en 2004 proclamait qu’un génocide était en train d’être commis au Darfour : la déclaration du procureur de la Cour Pénale Internationale pour justifier le lancement d’un mandat contre le Président soudanais Omar al-Beshir étant la dernière manifestation de cette lecture simplificatrice.

Bref, dans cette région, comme ailleurs en Afrique, il n’y aurait ni histoire ni politique... Efficace au niveau de la publicisation du conflit et de la mobilisation, résumer ainsi le conflit au Darfour est évocateur d’un certain problème d’appréhension des dynamiques politiques dans cette région puisqu’il s’agit d’abord et avant tout d’un conflit, certes catastrophique en termes humains, pour le pouvoir et les terres (entre nomades et populations sédentaires). La diabolisation d’une des parties n’est ainsi pas favorable à la sortie politique et diplomatique d’une crise dont les conséquences majeures en termes humains sont surtout intervenues entre 2003 et 2004.


Ainsi, l’opération européenne pourrait s’avérer décisive si elle était accompagnée d’un véritable effort de résolution diplomatique, aussi bien au Tchad qu’au Soudan, à défaut duquel peu de changements seront induits. Cela est d’autant plus le cas que l’Eufor s’achèvera en mars 2009 avant que sa mission soit assurée par le Tchad - dont le Président lutte pour sa survie politique – et par les Nations Unies, qui souffrent de leur côté du désintérêt croissant des puissances occidentales en termes d’implication dans les forces de maintien de la paix. Comme sur d’autres sujets, l’Union européenne aurait certainement intérêt à consacrer ses efforts à la recherche de solution politique pour faire entendre sa différence et surtout à s’impliquer militairement, si nécessaire, par l’intermédiaire des forces Onusiennes (casques bleus) qui conservent un avantage comparatif certain en termes de neutralité et de légitimité ou de l’Union Africaine qui, dans un contexte très difficile, avait permis de limiter les massacres avant que ses soldats découragés, ne profitant pas des fonds promis par les pays européens (qui n’ont finalement jamais été versés), jettent le discrédit sur l’efficacité de l’Amis (Mission de l’Union Africaine au Soudan).

La mission hybride Union Africaine – ONU, qui opère aujourd’hui au cœur du conflit, manque cruellement de moyens et surtout d’arguments politiques à faire valoir à Khartoum. Là est peut être l’avenir de l’Union européenne dans la région : moins visible mais peut-être plus nécessaire et efficace.

 Clément Boutillier