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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Invité à sa sortie de prison en 1999 pour prendre la parole à la 55ème session ordinaire de l’Assemble Générale des Nations Unies pour les Droits de l’Homme à Genève en 1999 et à la conférence de Cape Town en 2009 à la veille de ses crises de paralysie, le Député Ngarlejy Yprongar a, dans ses deux déclarations, invité les Nations Unies à traduire, devant les tribunaux internationaux, des Chefs d’Etats en exercice ou pas comme Idriss Déby et Hissein Habré qui se sont rendus coupables des génocides, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre, des actes de barbarie sur les populations tchadiennes innocentes et sans défense (www.yorongar.com)

 

La déclaration à la 55ème SESSION DE LA Commission des Nations Unies des Droits de l’Homme en 1999 «COMMISSION DES NATIONS UNIES POUR LES DROITS DE L’HOMME 55è SESSION POINT 17 20-21 Avril 1999 PROMOTION ET PROTECTION DES DROITS DE L’HOMME (DEFENSEURS DES DROITS DE L’HOMME)

INTERVENANT : YORONGAR Ngarlejy,

Madame la Présidente,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Participants,

Mon témoignage par des faits vécus au Tchad à, pour objet, de rappeler à la haute attention de la présente session que les violations des Droits sont la règle en Afrique. Pour cela, elles doivent être combattues.

Au seuil du troisième millénaire, la présente session de l’Assemblée Générale des Nations-Unies pour les droits de l’Homme se doit de prendre une résolution ferme pour assimiler toutes les violations des Droits de l’homme aux crimes contre l'humanité, crimes de guerre, génocides etc.

Ainsi, les coupables de ces crimes comme Hissein Habré et Idriss Déby et leurs complices doivent être poursuivis devant les tribunaux internationaux.

Madame la Présidente,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Participants,

L’Afrique est malade des droits de l’homme et en panne de sa démocratie et de son développement. Comment un continent si riche en toutes matières premières passe-t-il son temps à s’autodétruire,  à mendier, à massacrer ses populations, à faire valoir ses turpitudes.

Qu’on en juge par les atrocités commises au Tchad, en Somalie, en République Démocratique du Congo, au Rwanda, au Congo-Brazzaville, au Liberia, en Sierra Leone etc.

Il suffit de dénoncer des violations des Droits de l’Homme dans ces pays ou d’y contester la gabegie, les actes de corruption avérés ou un projet mal géré pour se retrouver en prison.

Et pourtant, l’Assemblée générale des Nations-Unies, dans sa résolution 53/144 du 9 décembre 1998, a adopté la Déclaration sur le droit et la responsabilité des individus, groupes et organes de la société de promouvoir et de protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales universellement reconnus etc.

Ma communication sur les violations des Droits des défenseurs des Droits de l’Homme vient à point nommé. Car, c’est en dénonçant ces violations des Droits de l’Homme au Tchad et en critiquant la gestion du projet pétrole et la corruption qui en découle que j’ai été, onze fois, arrêté, battu, torturé, pillé et incarcéré sur instruction expresse des Hautes autorités  de l’Etat.

Les conditions de ma détention sont inhumaines. Deux ans plutôt, bien que candidat à l’élection présidentielle en campagne, j’ai été arrêté et atrocement torturé. Du fait de ces tortures physiques, je suis un handicapé à vie. J’ai, à maintes reprises, failli être tué.

Le 14 novembre 1998 à 14 heures, j’ai échappé à un attentat perpétré par un garde national en service à la maison d’arrêt. Privé des nourritures que ma famille m’apporte, des visites de mes médecins, de mes avocats, de ma famille, de mes amis, je me suis nourri  d’œufs  plus d’un mois, ce qui provoque une augmentation dangereuse de mon taux de cholestérol.

Le 4 Février 1999, après huit (8) mois de détention dans des conditions particulièrement inhumaines, je viens d’être libéré, le 4 Février 1999 à la suite d’une mobilisation internationale en ma faveur. Il faut relever ici que, je suis pourtant protégé par les dispositions pertinentes de la constitution, du règlement intérieur de l’Assemblée Nationale et du code de la presse.

Au cours de ma détention, j’ai assisté, en direct à des assassinats. Comme les 95% de la population carcérale sont des jeunes de moins de 25 ans, j’ai vécu quotidiennement des drames. Ces jeunes abandonnés à eux même puisque désœuvrés font des allées et venues à la prison. Une fois en prison, ils rêvent de s’évader pour recommencer. Et lorsqu’ils sont repris au cours de ces tentatives d’évasion, ils sont purement et simplement exécutés par une balle dans la bouche pour faire éclater la tête. Une dizaine de ces jeunes ont ainsi été tués de cette manière.

Le 17 novembre 1998, après que Mme Emma AOUJ, experte indépendante chargée de la procédure 15.3 sur le Tchad et son assistant finissent de visiter ma cellule, ils ont failli être abattus par le chef de la garde. Grâce à la promptitude et à la vigilance des autres gardiens de prison, le pire a été évité de justesse. Ce chef gardien reproche à Mme AOUJ, à son assistant et à tant d’autres européens d’être hostiles au régime de son neveu, Idriss Déby, en me rendant visite dans ma cellule. Bien que le Premier Ministre ait promis à Mme AOUJ de le relever de son poste, il est toujours en poste à la maison d’arrêt.

Comme Maître Moahamed Aref, membre de l’Amnesty International et de la cellule de la coordination des ONG africaines des Droits de l’Homme, les défenseurs des Droits de l’Homme au Tchad sont soit tués soit traqués. C’est ainsi qu’en Février 1992, Maître Joseph Béhidi, vice-président de la Ligue tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH), a payé de sa vie ses activités contre les violations des droits de l’Homme. M. Dobian Assingar, l’actuel Président de la Ligue Tchadienne des Droits de l’homme (LTDH) a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat de la police politique à Moundou. Maître Jacqueline Moudeina, avocate à la Cour d’Appel et membre de l’Association Tchadienne pour la Promotion et la défense des Droits de l’Homme (ATPDH), a été assiégée à son domicile par les militaires de la garde républicaine (GR) parce qu’elle a abrité une réunion du collectif des Associations des Droits de l’Homme (ADH). Mme Kemnéloum Delphine Djiraïbé, Présidente de l’Association Tchadienne pour la Promotion et la Défense des Droits de l’Homme (ATPDH) est convoquée, à maintes reprises, par la police politique pour un oui ou pour un non. M. Béassemnda Julien, Président de l’Association Tchadienne pour la non-Violence (ATNV) est traqué et menacé de mort par les militaires réguliers de l’armée tchadienne etc.

Des hommes et des femmes de presse ne sont pas non plus épargnés. Beaucoup d’entre eux sont assassinés (près d’une dizaine de morts dont feux Duclos, Kodingar etc.). D’autres emprisonnés, torturés ou battus. Par exemple, Mme Sy Koumbo Singa Gali, Directrice de Publication de l’Observateur et son journaliste, M Togomissi Polycarpe, tous deux  impliqués dans la même affaire qui m’a conduit en prison sont séquestrés pendant dix jours avant d’être condamnés à un an de prison avec sursis et 500.000 F CFA chacun.  M. Néhémie Bénoudjita, Directeur de Publication du journal, Le Temps, a été plusieurs fois, menacé de mort et traduit constamment devant les tribunaux pour diffamation par le gouvernement. MM. Oulatar Bégoto, Directeur de Publication et Dieudonné Djonabaye, Rédacteur en Chef[1] de N’Djaména-Hebdo sont condamnés à un an de prison avec sursis, plusieurs fois passés à tabac par l’ANS (police politique) et les matériels informatiques de leurs bureaux saccagés. Des responsables du journal, Le Contact,  emprisonnés etc.

Les leaders politiques de haut rang ne sont pas épargnés par ce terrorisme d’Etat. Comme ce fut le cas du Député Alpha Condé, chef de parti et candidat à l’élection présidentielle en Guinée-Conakry, les chefs des partis politiques ont été jetés en prison pour faire place nette à Idriss Déby. MM. Saleh Kebzabo, opérateur économique et chef de parti politique[2], Kassiré Delwa Coumakoye, chef de parti[3], Abdérahman KOULAMALLAH, chef de parti[4], Yaya Batit Ali, chef de parti, Souleymane Abdallah, homme politique etc.)

Officiellement, plus de 40.000 personnes sont massacrées (1982-1990) sous le régime d’Hissein Habré par l’armée. Ce chiffre est nettement en dessous de la réalité puisque la commission créée par Idriss Déby en 1991 a procédé à des enquêtes sélectives. Les charniers retenus à la charge de ce dernier sont soigneusement épargnés par la commission. Et pour cause! Aucun groupe ethnique, aucune région, aucun groupe politique n’est épargné par le commandant en chef des Forces armées nationales tchadiennes que commandait Idriss Déby sous le régime d’Hissein Habré.

C’est pourquoi, nous demandons à la présente session d’ordonner une enquête indépendante pour déterminer l’ampleur de ces génocides, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et barbaries que perpétrait le tandem Habré-Déby de 1979 à 1990 et de 1990 à nos jours par Idriss Déby.

Pour la seule période de 1990 à 1998, les massacres massifs et collectifs tendant à l’extermination des groupes ethniques, religieux, régional se passent de commentaires : des femmes enceintes ont été éventrées et les bébés extraits de leur ventre sont égorgés et offerts en sacrifice humain à Allah (Dieu) à l’exemple de Mme Mannodji, de passage à Kaga à 30 km de Moundou; les populations civiles sans défense sont rassemblées par la garde présidentielle (GR) avant d’être obligées de boire l’acide pour économiser les munitions ; la garde républicaine (GR) remplit les églises des croyants avant d’y mettre le feu ; l’interdiction formelle est faite à la population d’inhumer les corps des victimes; à Moundou, seconde ville du Tchad, les blessés sont extraits des hôpitaux et sommairement exécutés et  leurs corps livrés aux cochons ; des médecins, des directeurs des sociétés sont arrêtés, ligotés, mis dans les sacs en plastique liés à des grosses pierres ou blocs de moteurs et jetés dans le fleuve Logone etc.

Madame la Présidente,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Participants,

Si le génocide est défini comme étant l’extermination d’un groupe ethnique, religieux, régional et politique, c’est que ce crime de génocide est pratiqué au Tchad (cf. rapport élaboré en 1997 par le collectif des associations des Droits de l’Homme y relatif).

Ce tableau non exhaustif prouve à suffisance qu’au Tchad, la culture démocratique et de tolérance font défaut au seuil du troisième millénaire.

Comme chez le peuple OGONI au Nigéria, l’accord que donnera la Banque Mondiale en Juin ou Juillet prochain pour permettre l’exploitation des bassins pétroliers de Doba et du Lac-Tchad sonnera le glas d’une terrible catastrophe écologique et  humain et de l’un des terribles génocides du troisième millénaire.

Madame la Présidente,

Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Participants,

Permettez-moi, faire la constatation suivante : Si l’OTAN intervenait au Tchad, en Somalie, au Rwanda, au Liberia, au Sierra Leone etc., on aurait également épargné des vies humaines comme on le tente actuellement de le faire au KOSOVO.

Pourquoi deux poids et deux mesures ?

De ce qui précède, nous demandons à la présente session de :

-          la nomination d’un rapporteur spécial pour un état des lieux des Droits de l’Homme au Tchad (crimes ethniques, politiques, religieux et régionaux) ;

-          le renforcement de la capacité des réseaux et mécanismes africains d’échanges d’informations sur les droits de l’Homme ;

-          La nomination systématique des experts indépendants  dans les pays africains où sont violées les violations des Droits de l’Homme ;

-          La traduction d’Hissein Habré et d’Idirss Déby devant les Tribunaux Internationaux pour les crimes qu’ils ont commis.

Je termine, Madame la Présidente, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Participants, par la citation de Victor Hugo qui disait, «qu’«assister silencieux  au mal, c’est assister le mal».

Je vous remercie de votre bienveillante attention

 

 



[1] Après son passage à tabac, M. Dieudonné Djonabaye a retenu la leçon. Il est, depuis lors, nomme Directeur Général adjoint de la presse présidentielle. Devenu ainsi, il est le plus grand griot que Idriss Déby a connu durant son règne.

[2] Après son séjour en prison, M. Saleh Kebzabo a fini par entrer plusieurs fois dans le gouvernement d’Idriss Déby.

[3] M. Kassiré Delwa Coumakoye qui a, dans un discours officiel, traité Idriss Déby de pire que le sida, finit par entrer accepter les postes ministériels et être nommé plusieurs fois Premier Ministre.

[4] M. Abdérahman Koulamallah est nomme plusieurs fois Ministre.