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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

La diplomatie tchadienne : des cliques et leurs bénis oui-oui à l’action réfléchie et efficace.

Par Talha Mahamat Allim

Genève, Suisse.

Nous avons fait observer dans nos analyses précédentes que l’influence diplomatique du Tchad sur la scène régionale et internationale ainsi que la contribution de sa diplomatie au développement local et national dépendent entre autres :

-          de l’efficacité, de la cohérence et de l’efficience de la politique intérieure et extérieure du Tchad ainsi que de son financement adéquat ;

-          de la volonté de nos décideurs politiques et de leur capacité à placer les personnes qualifiées et compétentes à la place qu’il faut pour mener à bien cette politique ;

-          de l’implication effective et soutenue de chacun(e) de nos compatriotes en général, et nos cadres diplomatiques et techniques en particulier, dans la définition et la mise en œuvre de la politique intérieure et extérieure du Tchad ;

-          de la vitesse de réaction et d’adaptation de chacun(e) de nos concitoyens, plus particulièrement de nos décideurs à tous les niveaux, face à l’évolution de l’environnement international et aux multiples défis qu’elle suscite pour le Tchad.

C’est sur cette base que nous nous efforçons de participer au mouvement de réflexion déjà entrepris par certains de nos concitoyens sur la diplomatie tchadienne et aux efforts de certains de nos dirigeants, en vue de la rénovation  de notre diplomatie et de sa contribution au développement durable du Tchad. Nous ne prétendons pas être le spécialiste de la diplomatie tchadienne, mais nous sommes profondément convaincu que nous pouvons apporter notre contribution – modeste soit-elle – aux efforts individuels et collectifs de nos cadres techniques et diplomatiques.

Nos réflexions partent du fonctionnement de la représentation diplomatique du Tchad à Genève, en raison de la position stratégique de Genève sur la scène internationale et du fait que nous avons non seulement participé aux efforts de la mise en place et de l’ouverture de cette représentation, mais aussi nous y avons exercé pendant deux ans.


De ce point de vue, il est contre-productif que certains esprits malintentionnés usent de tous les subterfuges pour saper les efforts constructifs de nos concitoyens et de ternir leur image par des propos calomnieux et mensongers dans l’unique souci de plaire à tout prix aux hautes autorités tchadiennes et de conserver, par conséquent, leurs places et les privilèges y afférents. Ce n’est pas rendre service à ses concitoyens ni à son gouvernement ni à son pays, encore moins à son chef. Ainsi, certaines autorités – jusqu’au plus haut niveau – sont induites en erreur et prennent certaines décisions hâtives et inadaptées, du simple fait qu’elles ne prennent pas le temps de procéder à des vérifications des faits et propos qui leur sont rapportés. Cela est renforcé par l’attitude de certains de nos dirigeants et de nos représentants diplomatiques qui, au lieu de s’occuper des questions pertinentes et des problèmes vitaux du Tchad, passent plus de temps à faire de « la chasse aux sorcières », cherchant des criminels, des ennemis de l’Etat, des bouc-émissaires… là où il n’ y en a pas. Ils préfèrent collaborer avec des bénis oui-oui, manipulables à leur guise. C’est ainsi que, après notre limogeage sous prétexte de notre prétendue appartenance à un mouvement politico-militaire rebelle, de notre origine régionale et de nos liens ethniques, c’est autour du Premier Secrétaire de l’Ambassade, Mission permanente du Tchad à Genève d’être réaffecté ailleurs alors qu’il n’a même pas fini son installation à Genève et qu’il n’a pas sollicité cette mutation.  La principale raison de cette mutation repose sur le fait qu’il n’est pas un béni oui-oui. Et il est surprenant que le Chef de Mission s’étonne de cette mutation et verse des larmes de crocodile alors qu’il est en grande partie responsable : quelle hypocrisie diplomatique ! Il ne serait pas étonnant que demain nous apprenions le rappel ou la réaffectation d’un(e) autre cadre compétent(e) qui se refuse d’être un(e) béni oui-oui.

Rappelons tout simplement, d’une part, que ni les manipulés ni les manipulateurs ne rendent service à leur pays, encore moins à eux-mêmes et aux leurs ; ils sont un danger pour la paix, la stabilité, la cohésion sociale et le développement du Tchad. D’autre part, il se pose la question même de la rationalité de cette mutation. Au-delà de la déstabilisation professionnelle, familiale et sociale, y compris la désorganisation de la scolarité des enfants, ce genre de mutation entraîne des dépenses supplémentaires au moment où la gestion rationnelle des ressources humaines et financières est nécessaire.


Le Tchad a des cadres et agents de grande valeur qui, utilisés rationnellement, peuvent apporter
d’importantes valeurs ajoutées à notre pays et renforcer sa crédibilité à l’échelle nationale, régionale et internationale. Il est temps que certaines de nos représentations diplomatiques, plus particulièrement celle de Genève – de par sa position stratégique, les opportunités qu’elle offre et les enjeux dont elle est le théâtre, soient gérées par des cadres et diplomates techniquement et politiquement compétents, ayant le sens des  relations et de l’excellence.


Cela est d’autant plus vital que la multiplication des alliances régionales et d’organismes internationaux ainsi que le développement des relations politiques, économiques, culturelles et scientifiques régionales et internationales poussent les diplomates à l’élargissement de leurs domaines de compétence et à évoluer en permanence. Ce qui ne cadre pas avec l’attitude du Chef de la représentation diplomatique tchadienne à Genève, et nous interroge sur les critères de nomination de nos Chefs de Mission au regard des pratiques d’un autre âge incarnées par certains de ces chefs ; leur attitude rappelle les tristes pratiques des agents de l’ancienne police politique (DDS) et met en péril le respect et la promotion des droits de l’homme auxquels ces Chefs attachent trop de discours qui sont par ailleurs creux. Est-ce parce que les hautes autorités de l’Etat disent être sensibles à la question des droits de l’homme que ces chefs s’agitent derrière elle ? Dans l’affirmative (ce qui nous semble être le cas), cela revient aux pratiques que nous ne cessons et ne cesserons de dénoncer.


En notre connaissance, les agents diplomatiques contribuent à la mise en œuvre de la politique extérieure de l’Etat qu’ils représentent, en la relayant à l’étranger. Ils ont une mission de représentation, d’information et de négociation dans les domaines politique, économique, culturel et social, sur les plans bilatéral et multilatéral. Les informations qu’ils transmettent aux autorités de leur Etat participent à la (re)définition de la politique étrangère. Ils contribuent non seulement à la protection des intérêts nationaux mais aussi à celle des intérêts privés des ressortissants nationaux à l’étranger. Ce que ne peut réaliser, pour reprendre notre compatriote Amine Adoum Baba, « le lobby d’analphabètes politicards en déperdition qui n’ont d’autres objectifs que de détruire les cadres de valeur » ; par cette destruction, ils mettent en péril l’avenir du Tchad et de sa population. Dans le même sens, il est déraisonnable que le Chef de Mission du Tchad à Genève préfère recruter du personnel étranger alors que des tchadiens ayant les mêmes compétences voire supérieures sont frappés par un chômage sans précédent.


Dans la plupart des Etats, la préférence nationale est de mise de manière formelle ou informelle, en cas de situation critique au niveau de l’emploi ; mais notre Chef de Mission exclut les tchadiens ; il va jusqu’à les marginaliser et les stigmatiser par des propos désobligeants. Cette façon de considérer nos concitoyens est indigne de la part d’un représentant de l’Etat, qui se doit en principe d’être au-dessus de la mêlée et de défendre les intérêts de tous. Il en va de même de son attitude consistant à maintenir la représentation du Tchad à Genève dans l’ombre au point qu’il y a des compatriotes (venant du Tchad ou résidant en Suisse) qui ne savent pas que cette représentation existe alors qu’elle est présente sur le territoire helvétique depuis près de 5 ans.


Il est aussi déraisonnable que notre Chef de Mission boycotte des événements importants organisés par l’Union africaine sous prétexte des propos tenus par le Chef de l’Etat à l’égard de cette institution ; un diplomate se doit d’être un pompier qui éteint le feu et non pas un pyromane, d’autant plus que ces propos ont été tenus dans un contexte spécifique. L’avenir du Tchad est lié à celui de l’Afrique, et la participation de tous les Etats africains est nécessaire pour consolider et rendre efficace l’Union africaine, au service du  développement de l’Afrique.


Cela étant, il serait judicieux de renforcer l’Ambassade du Tchad à Genève en ressources humaines et matérielles  afin que notre pays puisse tirer pleinement profit des nombreuses possibilités qu’offre de manière spécifique Genève et de manière générale la Suisse et ses environs. Dans cette perspective et dans le souci de rationalisation de nos ambassades, il serait utile de désengorger certaines d’entre elles, voire même de redéfinir la cartographie et les missions de nos représentations diplomatiques au regard de la transformation des enjeux géostratégiques, politiques, socioculturels et économiques régionaux et internationaux.


Il convient de souligner que tant que la compétence et la performance seront mises aux placards au profit des arrangements et des compromissions, le Tchad aura du mal à se défaire de l’image de « République bananière » ou de « l’Etat-néant » qui lui colle à la peau et à construire un véritable Etat-nation. Ses ressortissants et ses cadres en général, et ses diplomates en particulier seront des éternels frustrés tant que trôneront aux différents échelons des institutions publiques des gens qui ne sont préoccupés que par la protection de leurs postes, de leurs avantages et de leurs cliques, au lieu de réfléchir aux voies et moyens pour faire triompher les priorités du Tchad sur la scène internationale et garantir un meilleur avenir aux tchadiens.


C’est pour contribuer à éviter cela que nous avons entamé une série de réflexions et que nous aimerions solliciter la contribution de nos compatriotes et des lecteurs (analyses, expériences dans une représentation diplomatique ou autre institution étatique….) dans l’optique d’un ouvrage collectif en préparation sur la diplomatie tchadienne.


Talha Mahamt Allim