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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Interview de Michelot Yogogombaye, Président du Bureau de la Représentation UFDD près la France & Union Européenne.


Magazin-Dialog, Berner-Oberland 08.06.2006


Traduction de l’allemand en français par Corine Zuberbracher

Magazin Dialog: Bonjour Monsieur Yogogombaye, c’est bien, j’ai bien prononcé votre nom ?


Monsieur Yogogombaye
 : Bonjour Madame. Oui vous avez assez-bien prononcé mon nom comme j’ai moi-même aussi bien prononcé « Moritz Luenberger » (rires) et je vous en remercie.


MagDI :
Monsieur Yogogombaye, vous êtes Président du Bureau de la Représentation d’une grande formation politico militaire UFDD [c’est juste ?], membre de la coalition des rebelles tchadiens qui combat en ce moment Idriss Deby, président du Tchad votre pays. On ne vous entend plus ou pas assez ces derniers temps. Qu’est-ce qui se passe en ces mois de printemps ? Vous semblez déserter le champ de la bataille médiatique au profit du Gouvernement tchadien ?


MY :
Oui vous avez raison, Madame. Mais nous n'avons pas de "Cocorico" à faire chaque matin et nous ne sommes pas non plus là pour proclamer notre « ufdédiétude » à tout bout de chemin. Nous faisons chaque jour un travail de fond pour la massification de notre mouvement, pour sa modernisation et son hégémonie nationale. Nous n’avons pas besoin de chanter tout cela, chaque jour. L’important pour nous, et Dieu merci pour cela, est que les tchadiens commencent peu à peu à se retrouver et à se reconnaitre dans les valeurs et les idéaux pour la défense desquels nous combattons.


MagDI :
Au point de vous taire sur l’actualité brûlante de l’heure ?


MY :
Si c’est au décès d’Omar Bongo que vous faites allusion alors laissez-moi vous dire que la mort de Bongo est un détail de l’histoire dans la buée des relations frustrantes et traumatisantes de la Francafrique. Ce genre d’actualités nous émeut peu et ne nous concerne vraiment pas en tant que nouvelles consternantes. Non ! Omar Bongo est un chef d’Etat en exercice qui est décédé. Ce n’est pas un Chef de la Résistance quelconque. Il appartient à ses pairs, chefs d’Etat en exercice ou pas, de s’en émouvoir et de présenter leurs condoléances aux Gouvernement et peuple gabonais. Nous ne sommes, pour le moment, ni un Etat, ni un gouvernement. Je ne vois, par conséquent, pas le niveau de l’ordre protocolaire où nous allons nous situer dans cette actualité.

Maintenant en tant que personnes, en tant qu’africains, nous respectons tous les morts et honorons leur mémoire quels qu’ils soient. De ce point de vue humain, du point de vue de la douleur que peut ressentir n’importe quel être humain à la disparition d’un être cher, nous partageons naturellement cette douleur avec les proches du disparu. C’est tout.

Personnellement, je ne ferais pas partie de ceux qui regrettent la disparition d’Omar Bongo. Ce Monsieur a été utilisé par la France depuis 1977 pour faire du mal au Tchad. Il fait partie de ceux qui, comme certains dinosaures heureusement disparus aujourd’hui, ont, par leurs choix politiques irrationnels, vendu et déshonoré l’Afrique pour leur gloire personnelle. Je ne pleurerai pas. 


MagDI :
 Le Gouvernement français rend hommage à l’homme. Quelques figures politiques le font également.


MY :
En réalité, le gouvernement français a beaucoup plus d’autres choses à rendre au peuple gabonais qu’un hommage « francafriquetaie », hypocrite et malvenu.


MagDI :
Quoi par exemple ?


MY :
Des centaines de millions, sinon de milliards d’Euros volés au peuple gabonais, à travers les réseaux occultes, à travers des sociétés « écrans », à travers des individus véreux, peu fréquentables ; de la gauche tout  comme de la droite française. Mais les gabonais et les gabonaises sont aussi créditeurs vis-à-vis de la France en ce qui concerne leur indépendance, leur souveraineté et le respect de celles-ci sans ingérences, aucune. Le Gabon et toute l’Afrique s’en iraient ainsi mieux.


MagDI :
vous pensez à la succession de Bongo par Bongo ?


MY :
Ali Bongo n’est pas Omar Bongo, tout comme hier Faure Eyadema n’est pas Gnansibé Eyadema.  C’est vrai. Il n’en demeure pas moins qu’un tyran  vient de mourir.  C’est une occasion de rupture en « or » pour une éclosion démocratique dans ce pays. Il faut faire jouer le jeu de la démocratie transparente en respectant la constitution et au final, organiser des élections libres et démocratiques pour permettre au peuple gabonais de choir librement leur Président comme les françaises et les farçais l’ont fait en 2007 avec Sarkozy.

Les français doivent aussi enfin comprendre que le Gabon est un pays au même titre que la France. Il y a une loi fondamentale en vigueur dans ce pays qui doit être respectée et appliquée. Le jeu démocratique doit se jouer pour que le meilleur gagne comme Sarkozy, en 2007 ! Je trouve que c’est de l’ingérence inadmissible de la part des médias français, encore et toujours eux, de se mettre à parler abondamment d’Ali Bongo comme probable successeur d’Omar Bongo. Il faut éviter la succession « dynastitaire » comme c’est le cas au Togo. Ces genres de pratiques dont la France arrose abondamment l’Afrique sont contraires à l’esprit et aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme.


Propos recueillis par H. Steinberg,
Magazin Dialog, Berner Oberland.