Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

Géo-localisation

Publié par Mak

« La France n’apportera son aide qu’aux régimes qui luttent contre la corruption. » A la veille de l’élection présidentielle, cette forte sentence figurait en toutes lettres dans le programme du candidat Sarkozy. Il plaisantait, bien sûr. Preuve entre cent, le zèle déployé par le parquet de Paris, actionné par l’Elysée.

Pour la troisième fois en dix huit mois, un procureur vient d’écarter la plainte d’associations de droits de l’homme contre les présidents africains Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou-Nguesso (Congo) et Theodoro Obiang Nguema (Guinée équatoriale). A moins que la chambre de l’instruction de la cour d’appel ne vienne contredire le parquet.

               Comptes à gogo

S’i c’était le cas, les trois pourraient faire valoir leur immunité de chefs d’Etat. Mais certains de leurs parents, également visés par la plainte, et qui ne disposent pas tous de passeports diplomatiques, ne devraient  pas bénéficier de la même protection….

Ces chefs d’Etat, qui totalisent à eux trois un siècle de pouvoir (record pour Bongo, intronisé il y a quarante-deux ans), se voient reprocher d’avoir investi en France une (petite) partie de la fortune qu’ils ont accumulée en détournant les richesses de leur pays. Tandis que leur peuple croupit dans la misère. Dans ces pays, l’espérance de vie ne dépasse pas cinquante-six ans et l’analphabétisme navigue entre 20% et 40%. Pour es associations Sherpa et Transparency International, appuyées par des citoyens des pays concernés, leurs seuls émoluments n’expliquent pas les dépenses effectuées en France par ces pleins aux as et leurs familles. Ceux de Bongo, d’après son avocat Patrick Maisonneuve, s’élèvent à 20.000 euros mensuels.

Pas mal, mais insuffisant pour alimenter 70 comptes bancaires en France et s’offrir une quinzaine d’immeubles - dont un à 19 millions – dns les quartiers chics  de l’Ouest parisien. Tableau de chasse identique pour Sassou-Nguesso, dont le clan nourrit 111 comptes en banque et cultive une innocente passion, comme ses deux collègues africains, pour les voitures de luxe (Mercedes, Porsche, Aston Martin).

La justice américaine est plus regardante que la nôtre. Ainsi, lorsque le fils Obiang s’est offert une modeste villa à Malibu, payée 70 millions de dollars ainsi qu’un jet privé, les Douanes et le ministère de la justice US ont ouvert une enquête. En France, quand il s’offre un parc automobile de plus de 5 millions financés par des comptes offshore, personne ne s’interroge sur cet argent honnêtement gagné à la sueur de son peuple.

En 2005, des plaintes déposées, aux Etats-Unis, par les fonds d’investissement anglo-saxons Kensington et FG Hémisphère avaient permis de mieux comprendre les mécanismes d’appropriation de la rente pétrolière par ces dirigeants. Dont celui-ci, très pratiqué au Congo : l’Etat cède une partie de la production au-dessous des prix du marché à des proches ou parents du Président. Lesquels la revendent immédiatement au tarif en cours. Et empochent la plus-value ;

                  Les amis de mes amis      

Est-ce la raison des bonnes manières françaises ? Les activités de ce pittoresque trio (surtout Bongo et Sassou) ont enrichi beaucoup d’amis de l’Afrique. Promoteurs et entreprises en tout genre au premier desquelles Total, mais aussi les groupes des très sarkozystes pédegés Bouygues et Bolloré. Selon « l’Express », la BNP, la Société Générale et le Crédit du Nord ont fait bon accueil aux magots demandeurs d’asile des Présidents.   

            En outre, Bongo ou Sassou comptent une foule d’excellentes relations dans la classe politique hexagonale, comme en témoignent les nombreux élus qui leur rendent visite lorsqu’ils descendent dans leurs hôtels parisiens respectifs, le Crillon et le Meurice.

            Ce n’est pas Sarkozy qui désavouera ce fan club. Plus d’une fois, il a eu recours aux conseils et à la médiation de ces « vieux sages » qu’il traite en alliés privilégiés sur le continent  noir, soutenu en cela par son ministre des affaires étrangères. Ces deux présidents – auxquels, simple consultant, il vendit des audits médicaux – furent naguère les clients de Kouchner. Ont-ils besoin d’un meilleur brevet d’honorabilité ?

 

Source : « Le Canard enchaîné » - mercredi 13 mai - Jean-François Julliard.