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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

Interview avec M.Bourma Daoud Ahmat, acteur politique tchadien et membre de l’Union des Forces de la Résistance (UFR).

 

Pour la troisième fois consécutive, M.Bourma Daoud Ahmat, effectue un voyage à l’est du Tchad pour apporter sa contribution indéfectible  à l’UFR, dont il est membre de par ses engagements politiques.

 

Ce gestionnaire de formation, nanti des diplômes supérieurs obtenus en France, s’est retrouvé en politique à cause de l’injustice indescriptible au Tchad.

 

A son actif : ancien porte-parole en France de la Concorde Nationale du Tchad (CNT), il avait également participé aux différentes initiatives de paix de l’opposition tchadienne en exil.

Bourma Daoud Ahmat a renoncé aux  nombreuses  sollicitations de ses anciens amis qui avaient regagné le régime et voulu le convaincre en vain de rentrer au bercail, il y  demeure intraitable et figure parmi les  irréductibles opposants politiques au régime de Ndjaména.

 

 

En  acceptant volontiers d’accorder à la rédaction de notre blog, cette interview exclusive qui coïncide avec  les préparatifs militaires en cours, notre compagnon de lutte et ami, tente d’apporter un éclairage pour lever le doute sur les zones d’ombres d’une rébellion à la croisée du chemin.

 

Il convient de rappeler qu’en été dernier, lors de l’un de ses séjours parmi les politico-militaires ,M.Bourma Daoud Ahmat, exilé politique en France, a fait partie des initiateurs  actifs qui ont œuvré dans le cadre de l’unité des forces en présence.

 

Aujourd’hui, encore, il prouve par ses actes et  paroles, qu’il est décidé d’accompagner la volonté commune des leaders de la coalition armée tchadienne vers une victoire et la marche sur Ndjaména.

 

Cet avant-goût sur cet homme de parole et de ferme conviction politique qui consacre sa vie au changement politique, vous conduit à lire dés demain  son  interview que nous avons réalisée depuis l’est du Tchad où il se trouve présentement.

 

 



1-
Bonjour M.Bourma ! Vous êtes à votre troisième séjour à l’est du Tchad et vous êtes  l’un des membres actifs des politico-militaires en général et  de l’Union des Forces de la Résistance (UFR), présidée par M.Timan Erdimi.

Comment est née cette coalition armée  au Tchad ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

Bonjour M. Makaila. Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous remercier de m’avoir offert cette opportunité afin de pouvoir m’exprimer sur l’actualité brûlante du moment.

Pour ce qui est  de la création de l’Union des Forces de Résistance (UFR), elle est née de la volonté de leaders de différents mouvements politico-militaires après un travail des commissions qui a vu la naissance de cette structure suivie d’un règlement intérieur, des statuts et de la désignation de son président en la personne de M. Timan Erdimi.

L’UFR est composée essentiellement de l’UFDD, du général Mahamat Nouri, de l’UFCD, du colonel Adouma Hassaballah, du FSR, du colonel Ahmat Hassaballah Soubiane, du RFC, de Timan Erdimi, du CDR, de Albadour Acyl Ahmat, de l’UFDD-F, de Abdalwahid Aboud Mackaye et du FPRN, du colonel Adoum Yacoub.

Il s’en est suivi la mise en place du bureau exécutif mais pour ce qui est des autres organes à savoir la désignation de l’état major, la composition du CSR et du Haut Commandement de l’armée (HCA), la publication est imminente.

 

 

 2- Pourquoi, les mouvements politico-militaires tchadiens ont-ils porté leur choix sur Timan Erdimi, qui est pourtant  plus proche de l’actuel système politique du Président Idriss Deby. Croyez-vous en l’homme pour sa sincérité de combattre le régime de Ndjaména et mérite-t-il cette place dans un tel contexte du changement politique?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Le choix sur Timan Erdimi se fait de manière consensuelle et ce, après plusieurs jours de débat. Mais, quand vous dîtes qu’il est proche de l’actuel système politique du Président Idriss Déby, sincèrement, je ne comprends pas le sens de votre question. Quand à la proximité de M. Timan avec l’actuel système, il n’est un secret pour personne que l’actuel président de l’UFR a été un des proches de M. Deby et ce, comme la majorité de responsables politiques et militaires de l’opposition armée mais seulement à des degrés divers. Chacun de ces responsables de l’actuelle opposition politico-militaire a eu à occuper à un moment donné de hautes responsabilités dans ce régime. Le cas de M. Timan est  atypique certes mais cela ne fait pas de lui comme étant celui qui a instauré ce système. Le système de Déby c’est Déby lui-même. Il est bien vrai qu’à une certaine période M. Timan et beaucoup d’autres cadres de différentes régions du pays ont créé ce que certains appelaient déjà « la mouvance présidentielle ». L’objectif de ce groupe de cadres étant d’aider le président Déby à mieux gérer le pays et à le préparer sur la voie démocratique. Mais, les hommes étaient ce qu’ils sont, ces différents cadres presque tous de la même génération n’ont pas voulu laisser une place d’expression pour les jeunes cadres surtout ceux de notre génération. Et, petit à petit, ces cadres au lieu de servir le Tchad et le peuple tchadien, ont commencé plutôt à servir leurs proches et à se servir eux-mêmes car comme ils représentaient les différentes régions du pays, toute nomination ou promotion d’un cadre de leurs régions respectives ne peut avoir que leur aval. Et, c’est dans ces conditions que nous avons assisté à des nominations en cascade dans l’administration, dans l’armée et surtout les différentes régies financières. Je ne dis pas que l’actuel président de l’UFR n’a pas une responsabilité quelconque sur ce qui s’est passé surtout concernant la plupart des nominations mais il n’est pas le seul à porter le fardeau car ne dit-on pas que la victoire est collective mais l’échec est individuel. Tous les responsables politiques et militaires qui ont collaboré de prés ou de loin avec Déby ont leur part de responsabilité et le temps est venu pour qu’ils saisissent cette occasion pour se faire pardonner par le peuple tchadien car ce dernier est tolérant par tradition.


Pour ce qui est de la sincérité de M. Timan, je vais vous faire une confidence qui va peut être vous surprendre c’est-à-dire qu’au Tchad, je ne le connaissais que de nom et la première fois où je l’ai rencontré c’est durant mon premier séjour à l’est du pays. Durant ce séjour, j’ai eu beaucoup de séances de travail avec lui et c’est à partir de là que j’ai été convaincu de son programme et de sa vision pour le Tchad. Je peux me tromper mais je ne crois pas un seul instant qu’une fois au pouvoir, il chercherait à s’accrocher et à le confisquer de manière autocratique mais comme disait Montesquieu « le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument ». Donc, il nous appartient à nous d’être vigilants et de ne pas être complaisants et de l’aider dans sa tâche pendant la période transitoire et ce, de manière honnête. M. Timan a une occasion en or de renter dans l’histoire en réconciliant les tchadiens d’abord entre eux-mêmes mais aussi l’ensemble du peuple tchadien et les zaghawas d’une part mais aussi entre le peuple tchadien et lui-même. A sa place, je n’hésiterai pas un seul instant à faire ce choix là et ce, quelle que soit la pression et quels que soient les délices du pouvoir.       

 

3- Pensez-vous que l’UFR, suscite-t-elle  un espoir auprès de l’opinion publique nationale ? Quels sont ses objectifs et a-t-elle les moyens de ses ambitions pour renverser le régime tchadien ?

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Depuis sa création, l’UFR a suscité d’immenses espoirs non seulement au sein de l’opposition politico-militaire mais également au sein de toute l’opposition et au sein du peuple tchadien et il revient donc à l’UFR et aux différents responsables de traduire tous ces espoirs en acte. Il y va donc de notre crédibilité, du sens que nous donnions à notre lutte et du changement que nous comptions apporter au peuple tchadien.

L’UFR dispose de moyens humains et matériels considérables pour renverser le régime dictatorial, mafieux et corrompu du Général Président. Nos objectifs sont ceux inscrits dans le manifeste politique signé par les principaux leaders des mouvements politico-militaires. Il nous incombe d’organiser un forum national pendant la période de transition, sécuriser le pays, démobiliser et réinsérer les militaires, assainir les finances publiques, réorganiser l’administration territoriale, instaurer le pluralisme politique, élaborer une nouvelle constitution par voie référendaire, organiser des élections libres, transparentes et véritablement démocratiques. La tâche est immense, les objectifs nobles et la réalisation de tout ça n’est pas impossible en y mettant un peu de volonté. Voilà en quelques mots, M. Makaila, les principaux objectifs de L’UFR, une fois ce régime prédateur renversé.    

 

4- Que dites de la réticence de son excellence M. Hassaballah Soubiane, Président du Front pour le Salut de la République(FSR) qui campe sur ses positions, refusant d’adhérer à cette coalition, craignant le retour à la case de départ ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

Je respecte la décision du frère Soubiane bien que je ne la partage pas et ne la soutiens pas non plus dans la mesure où le FSR est signataire non seulement du manifeste politique mais aussi de tous les documents constitutifs de l’UFR. A la désignation de M Timan, le président du FSR prend la décision de ne pas faire partie de cette structure. Je pense que le moment n’est pas propice pour la division qui fait le jeu du pouvoir en place en le consolidant mais malheureusement, je n’ai pas eu l’occasion de m’entretenir avec lui pour en savoir les raisons exactes de ce refus donc je ne peux pas être calife à la place du calife. Un jour viendra où il aura l’occasion de s’expliquer et nous en donner les raisons. Pour le moment, je ne peux que regretter cette décision qui isole M. Soubiane alors qu’il a toute sa place au sein de cette structure et nous avons besoin de son expérience politique et militaire. Je garde quand même l’espoir de le voir dans cette grande coalition bien que l’UFR ait commis l’erreur de l’isoler davantage en essayant de créer un FSR bis par le biais du capitaine Ismaïl et du Dr Ali Gadaye pour marginaliser M. Soubiane. Les responsables de l’UFR devraient au contraire privilégier le dialogue et faire certaines concessions mais il n’est pas encore trop tard. Sincèrement, je suis contre la multiplication des mouvements armés. Je suis optimiste tout en espérant que le sentiment national prévaudra.

   

5- Le régime d’Idriss Deby, a mis le pays dans un état de dégradation socio-politique si poussée. Pensez-vous que face à un tel pouvoir politique, la voie armée reste-t-elle la seule option ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Malheureusement oui. Jamais dans l’histoire de ce pays, nous n’avons connu un tel régime. Il n’ y a pas d’administration digne de ce nom, pas d’armée républicaine et nationale mais une milice qui n’obéît qu’à lui et à lui seul, pas de contrôle, donc il n’y a plus d’Etat. La corruption (cf. La racaille de la République Partie 1&2) a été érigée en système de gestion dont le Tchad est devenu le champion du monde en surclassant le Cameroun et le Nigeria voisins.

Nous n’avons pas choisi la voie armée par plaisir mais elle nous a été imposée par Déby. Le dictateur Déby ne nous a laissé  aucun espace démocratique pour que nous puissions nous exprimer et c’est contraint et forcé que nous avons fais recours à la lutte armée.

Sur le plan politique et social, les partis politiques, la société civile, les organisations des droits de l’homme, le syndicat et la presse sont muselés et ne peuvent faire normalement leur travail. Plusieurs familles ont de difficultés pour joindre les deux bouts et n’arrivent pas à assurer les trois repas quotidiens et se contentent d’un seul.


A côté de cela, les bouffons du prince nous parlent du quinquennat social à moins que nous n’ayons pas la même définition du terme « social ». Pour la population tchadienne, social en « français Itno » veut tout simplement dire destruction des habitations des paisibles citoyens (sans aucune compensation et au cas où il y a compensation, elle se fera à la tête du client), la faim, les maladies, etc.. Actuellement, à N’djamena, quand vous parlez du social, on vous demande si c’est le social du « Petit Larousse » ou c’est le social en « français Itno ».  Ainsi va le Tchad du Général Président Deby Itno.

Sur le plan économique, les ressources pétrolières et les recettes douanières servent à autre chose qu’au développement du pays. Le général Président a favorisé la création de vingt deux (22) entreprises de travaux toutes appartenant à des membres de sa famille. Ces entreprises ont obtenu des marchés de gré à gré d’un montant de 136 Milliards FCFA sans pour autant remplir les conditions d’attribution d’un marché.

La capitale N’djaména est devenue le carrefour de trafic de tous genres (armes, fausse monnaie et même les marabouts ouest africains  trouvent leur compte).

 

6- Le dialogue politique réclamé par tous les segments de la vie socio- politique au Tchad, se heurte au refus du pouvoir en place. Pourquoi, le régime est si réfractaire à cet appel à la paix  et au dialogue national pour une issue pacifique de la  crise?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Comme je l’ai dis plus haut, ce régime ne comprend que le langage des armes et aucune issue politique n’est possible avec lui mais cela ne veut dire que  nous ne privilégions pas le dialogue. Nous sommes disposés pour un véritable dialogue inclusif regroupant l’ensemble de l’opposition politico-militaire, l’opposition démocratique, la société civile, la diaspora. Il n’est plus question de ralliement ou d’achat de conscience. Il faut poser les vrais problèmes qui minent notre pays et en discuter sérieusement pour en trouver des solutions et ce, une fois pour toutes sinon ça sera l’éternel recommencement avec le même cycle de violence et d’instabilité.

 

 
7- Le chapitre des droits de l’homme au Tchad, est totalement sombre sous le régime actuel. Que dites-vous de l’affaire Ibni Oumar Mahamat Saleh, disparu en février 2008 et que le Président Idriss Deby  continue à évacuer sa responsabilité en parlant  des détails auxquels il ne s’attarde pas ? Pourquoi la France officielle est silencieuse sur cette affaire également ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

La situation des droits de l’homme dans ce pays est plus catastrophique surtout depuis l’attaque de février 2008 par les forces de résistance nationale.. Il y a une dérive autoritaire et un culte de la personnalité qui a fait son apparition. Les organisations des droits de l’homme n’arrivent pas à travailler dans de bonnes conditions et sont persécutées elles aussi. Pour ce qui est du cas de M. Ibni Oumar Mahamat Saleh, permettez-moi M. Makaila, de compatir avec sa famille pour ces longs mois d’attente et leur apporter tout mon soutien moral. Si M. Ibni Oumar est vivant et est toujours retenu quelque part (chose à laquelle je ne crois pas), il faut que Déby accepte à ce que les organisations humanitaires lui rendent visite et qu’il accepte à le libérer sans aucune condition ou si M. Ibni n’ y est plus (chose la plus probable), il faut qu’il rende le corps à sa famille afin qu’elle puisse faire son deuil.


Le dictateur est le seul et unique responsable de la probable disparition de M. Ibni Oumar avec MM. Sarkozy et Kouchner (ce dernier est en mission au Tchad ce week-end et est même fait « commandant de l’ordre de mérite du Tchad » par le Général Président). MM. Sarkozy et Kouchner portent la même responsabilité que leur poulain. Cette affaire n’est pas un détail comme aime le dire le dictateur Déby car on sait ce que le mot « détail » a coûté à M. Jean Marie LEPEN, le président du Front National (FN) en France. La France officielle est responsable non seulement dans la disparition de M. Ibni Oumar mais aussi dans tout ce qui se passe au Tchad car c’est elle qui maintient ce régime par la présence de ses militaires, ses diplomates et ses experts en fraudes dans le cadre de simulacre d’élections.

   

8- Dans le même ordre d’idées, l’ancien Président du Tchad, Hissein Habré est poursuivi par des ressortissants tchadiens qui l’accusent des atteintes aux droits de l’homme lors de son règne de 1982 à 1990. Les organisations qui soutiennent les victimes accusent le Sénégal de traîner les choses pour organiser le procès.

Que pensez-vous de cette affaire juridico-politique qui est restée pendante devant les tribunaux sénégalais et qui irrite l’opinion publique nationale et internationale ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

L’ancien Président Hissein Habré est poursuivi pour crimes et atteintes aux droits de l’homme pendant son règne de 1982 à 1990 et est responsable de 40.000 victimes selon ces organisations. Ces victimes incombent-elles à la responsabilité de M. Habré ? Est-il le seul et unique responsable ? Est-il au courant de tout ce qui se passait pendant son règne ?  Connaissait-il d’autres coupables ? Voilà, M. Makaila, autant de questions et bien d’autres qui méritent de réponses et je pense que M. Habré est le seul habilité à apporter ces réponses à l’opinion nationale et internationale. Mais, comme le stipule le droit international, toute personne est présumée innocente jusqu’à son inculpation et c’est ce qu’on appelle la présomption d’innocence. Je suis contre l’impunité et s’il y a des gens qui ont commis des atrocités, il faut qu’il réponde de leurs actes mais en leur organisant un procès équitable car il ne faut pas oublier les victimes et leurs familles.

 

Ainsi, c’est sans rancune et ni haine que je suis pour un procès équitable non pas de M. Habré mais du régime ou du système Habré bien que dans l’immédiat nos préoccupations sont la chute du  général président et l’instauration d’un régime démocratique.

 

9- La Crise du Darfour a éclaté en 2003.Selon les estimations des organisations proches de l’ONU, elle a fait des milliers des déplacés  et des morts. Pourquoi, le Soudan est indexé autant par la communauté internationale qui occulte la responsabilité du Tchad ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

Les pays occidentaux à leur tête les Etats-Unis ont aidé le Président Déby imposé au peuple tchadien par la françafrique à créer les prétendus mouvements rebelles de libération du Darfour en février 2003 et notamment le MJE du Dr Khalil Ibrahim.

Selon les estimations des organisations proches de l’ONU et selon la porte-parole du procureur de la CPI, Mme Béatrice LE FRAPPER HELLEN, ce conflit a fait plus de 300.000 morts soit 5.000 morts par mois et 2,5 millions de déplacés. D’où viennent ces chiffres fantaisistes ? Qui a fait le décompte ? Ces estimations étaient annoncées depuis 2005 et jusqu’à maintenant ce sont les mêmes chiffres qui  traînent. Soyons un peu sérieux quand même et qu’on arrête de nous gaver des chiffres fantaisistes pour émouvoir les populations occidentales qui ne croient qu’à ce que leurs médias veulent bien leur dire. Nous avons encore en mémoire les images de Srebrenica et celles de Timisoara.

 La crise du Darfour est tout simplement l’œuvre du dictateur Déby et les mercenaires du MJE du Dr Khalil Ibrahim qui ne sont que les supplétifs de la milice débyenne. Il n’y a pas de communauté internationale et je préfère que vous parleriez d’une communauté occidentale comme l’a préconisé un des internautes.

 

10-Après avoir inculpé le Président soudanais El-béchir, la Cour Pénale Internationale (CPI) a  émis à son encontre un mandat d’arrêt qui divise l’opinion internationale. Pensez-vous que cette décision est-t-elle opportune pour la paix  en ce  moment où le processus de paix est enclenché entre le Gouvernement de Khartoum et les groupes armés du Darfour. A vos yeux la CPI est-t-elle légitime pour poursuivre un Chef d’Etat en exercice d’un pays non  signataire du traité de Rome de 1998 ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

Le mandat d’arrêt émis par la Cour Pénale Internationale (CPI) et le procureur Luis Moreno Ocampo contre le Président Oumar Hassan Albachir pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité est tout simplement inique, non fondée et inacceptable dans la mesure où c’est pour la première fois qu’on inculpe un président en exercice en oubliant son immunité. Sur 192 pays membres de l’ONU il n y a que 109 pays qui ont signé le traité de Rome en 1998. Cette décision est contestable pour les Etats non membres dont le Soudan et les pays comme la Chine, les Etats-Unis, la Russie, Israël, n’ont pas adhéré à la CPI.

 

Cette décision est légitime pour les pays signataires du traité tandis que pour les autres, elle n’a aucune légitimité et en voyant les réactions de différents pays, ¾ de l’humanité est contre cette décision. C’est plutôt l’occident et leur valet local Déby qui sont par conséquent responsables des crimes contre les populations du Darfour et méritent d’être jugés pour crimes contre l’humanité.

Le  régime soudanais du Président AlBachir, contrairement à nombre des pouvoirs africains qui sont imposés, soutenus militairement, économiquement et diplomatiquement par l’impérialisme occidental, est l’un des rares  gouvernements indépendants et nationalistes qui œuvrent pour l’unité nationale du pays et son développement.

A l’accession du Président Oumar Hassan Albachir au pouvoir et de son parti Al-Inghaz, le Soudan n’était rien et ce, dans tous les domaines (éducation, santé, infrastructures, électricité,….). Sur le plan éducatif, tout le pays ne comptait que 4 universités dont 2 à Khartoum mais aujourd’hui, la seule ville de Khartoum compte plus d’une dizaine d’universités. D’un pays agricole, le Soudan est devenu un pays industriel. A titre d’exemple, au lieu d’exporter le coton, le Soudan exporte des vêtements. Au lieu d’exporter les arachides, le Soudan exporte de l’huile. Au lieu d’exporter du cuir, le Soudan exporte des chaussures. Sur le plan sanitaire et infrastructures aussi, les résultats sont éloquents et plus que satisfaisants.

Au moment où la décision de la CPI tombait, le Président Oumar Albachir inaugurait le plus grand barrage du pays à Moroé à 500 km au Nord de Khartoum d’une valeur de 2 Milliards de dollars et qui va doubler la capacité électrique. Voilà des réalisations concrètes.

 

 

11- Quelle est votre proposition de sortie de crise au Darfour et dans le différend qui oppose Khartoum à la CPI ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

Ma proposition pour une sortie de crise au Darfour ce sont des négociations directes entre le Gouvernement du Soudan et les différentes factions rebelles sans aucune ingérence extérieure. Il y a eu la résolution du conflit du sud Soudan pourquoi pas donc celui du Darfour. Il faut que les puissances occidentales soient neutres et facilitent le dialogue inter-soudanais et cela est valable aussi pour notre situation au Tchad.

Pour ce qui est du différend entre le Soudan et la CPI, il faut que la CPI annule purement et simplement cette décision inique mais pas une suspension comme le suggèrent certains pays..

 

 

 12-    Après  le Front Uni pour le Changement (FUC) et la Coordination Militaire Unifiée (CMU), les politico-militaires au Tchad, tentent leur troisième chance avec l’Union des Forces de la Résistance. On imagine que la responsabilité est lourde. La coalition  armée a-t-elle droit à l’erreur cette fois-ci ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

L’opposition politico-militaire n’a pas droit à l’erreur cette fois-ci et un troisième échec n’est pas du tout à l’ordre du jour. Cela démobiliserait non seulement les forces de résistance nationale mais toute la population qui attend de nous un véritable changement afin de jeter les bases d’une véritable démocratie pluraliste et l’instauration d’un Etat de droit avec tous ses attributs. La responsabilité des hommes politiques et militaires est certes énorme mais je demeure convaincu quant à la victoire de nos forces sur la dictature. La coalition actuelle est  très bien structurée et organisée tant sur le plan politique que militaire et dispose de matériels performants pris sur l’ennemi. Contrairement au FUC et à la CMU, l’UFR dispose d’un délégué à la défense et d’un Haut Commandement de l’armée (HCA) qui sera composé de plusieurs membres. Nous aurons un conseil de guerre qui aura sa propre stratégie dont tous les officiers sont aguerris. La préparation de l’offensive prendra le temps qu’il faudra mais une fois lancée, cette offensive sera foudroyante et ouvrira les portes de la capitale.

 

  
 

13-    En cas de victoire sur le régime tchadien. Pensez-vous que les leaders de l’UFR pourront-t-ils honorer leurs engagements devant le peuple tchadien qui craint toutes les dérives à la somalienne ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Une dérive à la somalienne n’est pas possible au Tchad bien que beaucoup de gens le pensent et le craignent. Je reste confiant dans la lutte que nous menions et j’en suis convaincu que l’intérêt national prime sur l’intérêt individuel. Il est bien vrai que beaucoup d’observateurs avertis voient en cette coalition hétéroclite, le champ libre à une somalisation ou à une autre guerre civile mais nous sommes conscients de la responsabilité qui nous incombe et des attentes de notre peuple. Je suis également que les leaders de différentes factions ont à l’esprit ce que pensent les autres et doivent privilégier la réconciliation nationale une fois ce régime dictatorial renversé. Ils doivent honorer leurs engagements pris dans le manifeste politique du 15 décembre 2008 et soulager le peuple tchadien meurtri par plusieurs décennies de souffrance et de guerres inutiles. Comme je l’avais dis un peu plus haut, ces leaders doivent saisir cette occasion pour se faire pardonner et si possible renter dans l’histoire par la grande porte. Donc, la balle serait dans leur camp dés que ce pouvoir sera renversé et avec l’aide du bon Dieu, nous arriverons à atteindre nos objectifs.

 

 

14-    Qu’est-ce qui garantirait selon vous une transition démocratique apaisée au Tchad ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Une transition démocratique apaisée au Tchad est non seulement souhaitable mais elle est obligatoire et nécessaire si nous voulons réellement instaurer une démocratie pluraliste suivie d’élections libres et transparentes. Pourquoi est-elle possible ? Pour la seule et simple raison que le manifeste doit être notre référence. Il faut d’abord sécuriser le pays, réorganiser l’armée en créant un comité de démobilisation, désarmement, réinsertion (DDR), organiser l’administration,… L’organisation du forum national doit aussi être un impératif et comme la transition doit être courte (18 mois), il faudra tout de suite aller à l’essentiel mais comme notre pays ne manque pas de ressources humaines et de compétences, je ne suis pas inquiet de voir réaliser les objectifs inscrits dans le manifeste politique.


15-
    A défaut du changement politique par les armes , peut-on autrement sortir de l’impasse politique actuelle au Tchad ?

 

-Bourma Daoud Ahmat :

 

La solution politique est la mieux indiquée n’eussent été l’intransigeance et l’arrogance du dictateur Déby. Aucun des accords avec son Gouvernement n’a été respecté. Nous avons toujours demandé la tenue d’un dialogue inclusif pour régler nos problèmes mais malheureusement nous nous sommes toujours heurtés au refus d’un seul homme qui ne privilégie que l’affrontement. Si ce Monsieur peut nous épargner des vies humaines, nous n’hésiterons un seul instant à choisir la voie pacifique car nous nous ne sommes pas des va-t-en guerre.

 

16-    Quel message avez-vous pour les leaders de l’UFR et des autres acteurs politiques tchadiens tenus à l’écart de ce  nouveau cadre politico-militaire ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Pour les leaders de l’UFR, nous leur demandons de saisir cette occasion pour offrir au peuple tchadien un vrai cadeau et comme je le disais tantôt de renter dans l’histoire par la grande porte en cas de victoire sur ce régime en instaurant une véritable démocratie pluraliste suivie d’élections libres et transparentes. Il faut qu’ils pensent à l’intérêt national et à ne pas s’accrocher au pouvoir et le confisquer par la force.

Pour les autres leaders qui n’ont pas encore rejoint l’UFR, nous leur disons que la porte est toujours ouverte et qu’ils ont toute leur place au sein de cette structure. Notre peuple a beaucoup souffert et nous avons perdu beaucoup de temps car le pays a besoin de la contribution de tout le monde pour son développement et son progrès.  Je souhaite du fond du cœur et prie le bon Dieu pour que cette rébellion soit la dernière pour notre pays et qu’on s’attelle plutôt à sa construction qu’à sa destruction.

 

 

 

17-    Quel est votre dernier mot à nos lecteurs ?

 

- Bourma Daoud Ahmat :

 

Je saisis cette occasion pour dire à vos lecteurs de privilégier le débat d’idées, un débat constructif pour permettre à chacun de donner son point de vue sur la situation de notre pays et de participer à sa manière sur les questions essentielles de la vie politique tchadienne. Il n’y a pas de place pour les injures, la haine envers telle ou telle communauté ou encore s’en prendre à la vie privée et même s’ils veulent faire des critiques, il faut que ces critiques soient constructives et qu’ils fassent des propositions pour nous aider à réaliser le Tchad de nos rêves. Il faut également critiquer l’Homme politique qui est un Homme public ainsi que ses actions mais il ne sert à rien  de s’en prendre à sa famille, à sa communauté, à sa vie privée. Les interventions de certains compatriotes sur le net laissent à désirer et ce n’est pas de cette manière qu’on fasse passer un message ou une idée.

Je demande aux administrateurs des sites et blogs de faire la part de choses entre une critique et une incitation à la haine raciale ou communautaire car il y va de la crédibilité de leurs sites ou blogs. Il faut également cesser de critiquer à longueur de journée l’opposition politico-militaire mais plutôt l’aider par des propositions leur permettant de rectifier le tir à chaque fois que c’est nécessaire sinon on fait le jeu du pouvoir en place. Je ne demande pas de pratiquer la censure car je ne veux pas qu’on donne un chèque en blanc à cette opposition mais critiquer pour le plaisir de le faire, ce n’est pas normal. Il y avait un certain moment où les sites et blogs tchadiens sont devenus la risée de tout le monde  et cette manière de faire de la communication est non seulement inacceptable mais elle est condamnable.

Par ailleurs, je demande aux jeunes d’être des acteurs et non des observateurs sur la situation de leur pays afin qu’ils participent au débat pour peser dans les décisions qui concernent leur pays et ne pas laisser le champ libre aux seuls leaders politico-militaires.

Le Tchad est pluriel parce qu’il  est multiculturel et multiconfessionnel et c’est ce qui fait notre richesse car nous sommes appelés à vivre ensemble.

Je vous remercie.

 

 

 

Interview réalisée

par Makaila Nguebla