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Flash Info:vers des grèves multi-sectorielles au Tchad,Idriss DEBY n'aura pas de répît //

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Publié par Mak

 

Acheikh Ibn-Oumar : « Si, par extraordinaire, le régime me tendait la main, je pense que je n'opposerais pas un non catégorique, mais je poserais des conditions ».

 

Acheikh Ibn-Oumar  à cœur ouvert

Entretien avec Acheikh Ibn-Oumar

Ancien ministre des affaires étrangères

Ancien Secrétaire général du CDR

 



Lyadish Ahmed (L.A) Monsieur Acheikh Ibn-Oumar, il y a un peu plus de 2 ans que vous ne vous êtes plus exprimé. Pourquoi ce silence ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Ce silence date de mars 2007, c'est-à-dire depuis la rupture intervenue au sein de l'UFDD dont j'étais le Vice-président aux côtés du président fondateur le général Mahamat Nouri.

J'ai eu juste à faire une déclaration sur RFI pendant les combats de février 2008 pour attirer l'attention de la France et de l'Europe sur les bombardements de la population civile par l'aviation gouvernementale; j'ai été invité aussi quelques fois par les services arabophone et anglophone de France 24 pour parler, non pas du Tchad mais d'autres situations africaines.

La raison de mon mutisme était que les divisions au sein de l'opposition avaient pris une tournure assez ridicule, et je ne voulais pas étaler les contradictions internes sur le devant de la scène pour ne pas envenimer davantage une ambiance interne qui était assez délétère.

Parallèlement, j'avais décidé de m'écarter volontairement de la course au leadership et de me délier progressivement de toute responsabilité en tant que chef de groupe et ne plus me mettre en avant, tant qu'il n'y aurait pas un début d'unité au sein de ce qu'il est convenue d'appeler, incorrectement d'ailleurs à mon avis, «la Résistance»

 

Maintenant, je suis plus à l'aise pour rompre ce silence, car, premièrement, nous avons réussi à faire une passation de relais au sein du CDR, et, depuis le 02 janvier 2009, c'est le camarade Albadour Acyl Ahmad Aghbach qui est officiellement Secrétaire général du CDR, au sein duquel je suis redevenu un simple militant; deuxièmement, les forces de l'Est ont réussi tant bien que mal à se regrouper dans un cadre commun qui est l'UFR.

 

L.A - Certains pensent pourtant que vous cultivez délibérément le mystère dans l’optique de surévaluer votre personnalité politique…

 

Acheikh Ibn-Oumar. – De toute façon, la présence médiatique et les positions de responsabilités ne constituent pas une fin en soi mais des simples instruments de travail, dont on a besoin, souvent il est vrai, pour faire avancer un projet politique, mais qu'il est nécessaire parfois de ranger au placard pour faciliter la résolution de certains problèmes organisationnels, par exemple pour éviter que les divergences politiques, qui sont réelles au sein de l'opposition, ne soient toujours interprétées comme des rivalités. personnelles ou claniques.

Si dans la foulée, cet effacement fait «surévaluer ma personnalité», comme vous dites, ce ne serait qu'un effet collatéral et non un objectif central; d'ailleurs on pourrait tout aussi bien penser que le fait de prendre du recul ferait plutôt baisser la cote, dans ce monde où les positions de pouvoir et la visibilité médiatique sont des atouts indispensables.

 

L.A. -  Parlant des « positions de responsabilités qui ne constituent pas une fin en soi », je voudrais vous faire une révélation : il est aussi des gens qui croient que vous adorez la vie de «révolutionnaire», c’est la raison pour laquelle vous avez vécu presque toute votre vie en marge défensive de la vie politique nationale.

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Ceux qui disent que j'aime la « vie de révolutionnaire » n'ont pas tout à fait tort. J'ai une aversion innée pour l'opulence, l'ostentation matérialiste et le décorum liés au pouvoir.

Néanmoins, cette vie d'exil et de précarité matérielle que je connais depuis 1995, n'est pas un choix délibéré. Car l'exil est la pire des choses: chaque fois que vous apprenez le décès d'un être cher au pays, vous vous en voulez de ne pas avoir accompagné ses derniers moments. Pour moi cette vie de difficultés, que connaissent beaucoup d'autres que moi, et en pire, n'est pas un idéal mais je l'accepte comme le prix à payer pour refuser la compromission et garder un minimum de fidélité par rapport à ses principes de vie, un minimum d'autonomie de réflexion.

 

L.A. Autre constat : l’historique de votre parcours politique révèle une certaine tendance à la rupture d’avec vos coéquipiers. D’aucuns pensent que vous ne supportez pas l’autorité…

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Mon parcours politique est effectivement marqué par des ruptures avec les coéquipiers comme vous dites.

Je me suis engagé dans le Frolinat, au cours des années 70, et j'ai pris la direction du CDR en 1982, et il serait vraiment fastidieux de revenir ici sur toutes les péripéties qui se confondent avec les soubresauts des guerres civiles au Tchad.

Avec le recul, je dirai que j'ai une certaine naïveté, et, souvent, je découvre les vraies motivations de mes coéquipiers assez tard. Un penseur a dit: « un homme intelligent cherche à connaître tous les problèmes, un homme rusé cherche à connaître tous les individus »; je ne suis pas sûr d'être si intelligent que cela, mais ce qui est sûr, c'est que je ne suis pas un homme rusé.

Cette méconnaissance de la psychologie humaine m'a amené souvent à ne pas avoir pu éviter à temps la rupture avec des compagnons valables, ni à l'inverse, de ne pas rompre à temps avec des  compagnons nuisibles.

En tous les cas je reconnais avoir enregistré beaucoup d'échecs et je n'ai pas réussi à mener à bien les projets politiques pour lesquels j'ai sacrifié une bonne partie de ma vie, et pour lesquels, d'autres compagnons moins chanceux, ont sacrifié leur vie tout court.

 

Je ne supporte pas l'autorité ? Je déteste l'autoritarisme c'est sûr. Mes amis disent que je ne sais pas prendre des décisions fermes quand il le faut. Ce n'est pas tout à fait exact. J'ai eu à prendre des décisions tranchées, douloureuses. Ce que j'ai du mal à faire, c'est prendre des décisions tout seul et les imposer aux autres. Je suis prêt à assumer les choix les plus radicaux quand c'est nécessaire mais à condition que ce soit dans un cadre collectif où les arguments contradictoires s'affrontent.

Je ne supporte pas l'autoritarisme; je ne crois pas à ce mythe tragicomique du leader providentiel, infaillible, qui voit la vérité tout seul et avant tout le monde. Cette idée,le culte de la personnalité, a creusé le tombeau de toutes les idéologies à vocation émancipatrice; elle est à la base de toutes les dénaturations des combats révolutionnaires.

Ma conception du Chef, est celle d'un pédagogue, à l'exemple des anciens maîtres du tir à l'arc qui, devant leurs élèves, se contentaient juste d'esquisser le geste technique sans vraiment décocher la flèche, mais qui arrivaient néanmoins à former des auriges redoutables.

 

L.A. –  Il y a beaucoup de poésie dans cette conception que vous avez de l’autorité, mais les gens  croient que vous fuyez tout simplement vos responsabilités et que même si demain on vous élisait Président de la République, vous démissionnerez au premier clash avec vos collaborateurs….

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Si j'étais président de la République, ne vous inquiétez pas, je me montrerais aussi autocrate, aussi accroché au pouvoir, aussi répressif et arrogant que nécessaire (rires) ... Je plaisante évidemment. Honnêtement, je sèche sur cette question...comment dire...démissionner au premier clash avec mes collaborateurs ? Sûrement pas ; peut-être que je tiendrai jusqu'au deuxième et même au troisième clash.

Sérieusement, vous voyez bien que votre question me déstabilise, faîtes-moi la grâce de passer à la question suivante.

 

L.A. – Je vous en prie. Alors, parlant de Président de la République, pouvez-vous rappeler à ceux qui vont vous lire ce qui a motivé votre rupture avec Idriss Déby avec qui vous avez travaillé jusqu’en 1993 ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Je n'ai pas rompu avec le président Déby, c'est lui qui avait rompu avec moi.

En 1988, au cours d'un congrès militaire des forces du CDR repliées à la frontière libyenne, sous la direction de notre Commandant en Chef de l'époque feu le général Massaoud Dressa, auquel je rends ici un profond hommage, nous avions décidé de mettre fin à la lutte armée et d'œuvrer désormais à partir de l'intérieur du Tchad, quel que soit le régime.

D'où la réconciliation avec le gouvernement du président Habré, à travers l'Accord de Bagdad.

Quand le général Déby a pris le pouvoir, non seulement, nous nous en étions tenus à la même ligne, mais beaucoup d'entre nous pensaient que cela allait être mieux que sous Habré dans la mesure où le MPS avait proclamé l'instauration du multipartisme. J'avais accepté tout de suite de collaborer avec le général Déby qui me nomma Conseiller à la présidence.

Mon erreur, c'était de ne pas avoir compris que la démocratisation annoncée c'était juste pour apaiser les partenaires extérieurs, mais qu'en fait, le MPS était un parti unique déguisé ; et le président Déby avait besoin de courtisans plutôt que de vrais collaborateurs. Alors que moi, je pensais servir l'État, tout en gardant ma liberté de jugement, mon indépendance intellectuelle et un minimum d'éthique personnelle. Plus grave encore à ses yeux, j'avais des contacts réguliers avec certains amis qui venaient de former des partis d'opposition. Pour le président Déby, j'étais un ingrat car il m'avait nommé Conseiller avec un salaire de ministre et je refusais malgré tout de jouer le rôle de griot.

Un climat de suspicion s'est installé et certains délateurs, qui faisaient déjà ce boulot sous Habré, en avaient profité pour alimenter cette suspicion, allant jusqu'à faire des rapports disant que je travaillais avec le MDD qui était alors actif dans la région du lac Tchad, alors que si j'allais régulièrement au Niger c'était pour voir mon épouse qui attendait notre enfant; puis, que j'avais projeté  un coup d'État par le biais du général Mahamat Garfa. Finalement. Ce dernier avait été obligé de quitter clandestinement le Tchad pour éviter une arrestation certaine. Moi-même, j'avais quitté précipitamment le Niger pour les mêmes raisons.

N'eût été cette manœuvre d'intoxication, je serai resté au pays pour mettre mes modestes compétences au service de l'État, malgré toutes les réserves sur la qualité de la gestion. Tout cela , c'était fin 1994.

 

L.A. – D’autres raisons se sont certainement ajoutées à ces premiers motifs…..

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Effectivement, le fossé s'est creusé au fil du temps. Quelques frères avaient essayé d'intervenir pour que je retourne au pays, mais honnêtement, les propos du président Déby qui m'étaient rapportés, et la tournure prise par sa façon de diriger, ne me rassuraient pas du tout sur le plan de la sécurité personnelle.

Après quelques mois d'hésitation, j'avais fini par faire une déclaration à RFI, en mai 1995, pour annoncer que je passais à l'opposition.

Etant sous le coup d'une décision d'expulsion du territoire nigérien après la tentative ratée d'arrestation, je m'étais replié à Cotonou, où il y avait déjà le général Garfa, Brahim Mallah du MDD, puis nous fûmes rejoints par Hissène Koty et Bichara Idriss Haggar du CNR, Adoum Yacoub Kougou, puis les défunts Docteur Al-Harris, Ousmane Gam et Adoum Moussa Seïf.

Nous avions fait des groupes de travail auxquels se joignaient parfois feu Laokein Bardé.

J'avais réactivé quelques anciennes cellules extérieures du CDR et participé aux différentes démarches mais avec un profil plutôt bas, avant de passer à la vitesse supérieure en 2006 quand, avec quelques cadres, nous avions partiellement réactivé l'aile militaire du CDR pour former avec d'autres collègues l'UFDD sous la présidence du général Nouri.

 

Parallèlement à cette radicalisation de ma part, la gestion du régime n'a pas cessé d'empirer et il ne fut plus question de renouer le fil entre le général Déby et moi-même; le plus cocasse dans cette histoire c'est que parmi les amis qui s'étaient employés à essayer de me convaincre de regagner le bercail, beaucoup ont fini par prendre le chemin de l'exil à leur tour ou carrément nous rejoindre dans l'opposition.

 

L.A. – La gestion du régime empire comme vous le  constatez, mais Idriss Déby ne laisse planer aucun doute sur son désir de conserver à vie le pouvoir. Peut-on espérer un changement de régime pendant qu’il est encore en vie ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Changement de régime...vous voulez sans doute dire un changement par la voie électorale. Je pense que c'est tout à fait possible, mais cela nécessite qu'un certain nombre de conditions soient réunies.

 

L.A – Lesquelles ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Eh bien, tout d'abord, d'un côté, il faut que l'opposition politico-militaire soit unie et forte et marque des points significatifs sur le terrain, tout en ayant un programme bien articulé et convaincant de règlement politique, afin obliger le régime et ses soutiens extérieurs à accepter la redéfinition du champ politique national et, d'un autre côté, que les partis politiques légalisés de l'intérieur transcendent cet émiettement et constituent, non pas une organisation unique, mais un vrai front unique avec un leadership national.

Il est clair qu'avec plus de 100 partis à l'intérieur, et des mouvements armés  plus ou moins sérieux qui naissent tous les jours, le régime a les mains libres pour l'instauration d'une présidence à vie.

 

L.A. – Présidence à vie ? Alors quelle réponse donnerez-vous demain si Idriss Déby vous propose de collaborer avec lui comme ce fut le cas avec l’actuel Premier ministre, Youssouf Saleh Abbas qui l’avait rejoint après un bref passage par le MDJT entre 2000 et 2005 ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Le contexte dans lequel le frère Youssouf Saleh Abbas avait regagné le régime était différent. Si YSA était à l'extérieur aujourd'hui, je ne pense pas qu'il serait rentré; surtout après l'enlèvement odieux de notre ami et compagnon Ibni-Oumar Mahamat Saleh et l'ampleur de l'opposition armée. C'est pourquoi je me vois mal réintégrer le régime actuellement.

Mais en politique, « il ne faut jamais dire jamais » et on a rarement le choix entre le blanc et le noir, mais plus souvent entre le gris clair et le gris foncé.

Si par extraordinaire, le régime me tendait la main, c'est-à-dire en dehors du cadre réclamé par tous qui est la tenue d'une conférence globale (le fameux dialogue inclusif), je pense que je n'opposerai pas un non catégorique, mais je poserais des conditions.

 

L.A. – J’imagine que le cas Ibni Oumar fait partie de ces conditions ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Il faudrait que le climat général soit assaini ; et cela passe, en premier lieu par le problème de IBNI.  Il faut que le général Déby ait le courage de reconnaître qu'il l'avait fait arrêter au lieu de chercher des faux-fuyants, sous forme de pseudo-commission d'enquête ou de missions parlementaires française ou européenne, qu'il soit libéré, s'il est encore en vie, sinon que sont corps soit restitué ; que des funérailles dignes soient organisées et qu'il y ait des gestes forts de la part du régime pour faire son mea-culpa et prendre des mesures symboliques et matérielles à la hauteur du sacrifice de ce martyr de la Nation.

Pour ce qui est des conditions politques à proprement parler, par exemple,il faudrait que le général Déby s'engage à ne pas se représenter aux prochaines élections. En tout cas qu'on ne parle pas de récompense en termes de postes ou d'argent, comme c'est le cas jusque là,mais que soit mis en place ne serait-ce qu'une seule réforme structurelle qui permette d'enrayer cette dérive vers le chaos.et se traduire par une amélioration réelle des conditions de vie et de travail de la masse des citoyens.

L.A. – Par exemple?

Par exemple mettre en place une commission d'audit financier indépendante avec une participation décisive de l'opposition et de la Société civile pour chiffrer de façon aussi précise que possible tout ce que l'Etat a perdu du fait des détournements, de la surfacturation, des commissions, des passe-droits en douane, du non respect des règles pour les marchés, et des normes pour les constructions, des ponctions autoritaires, etc. Rien que la publication des chiffres aurait un impact très positif

Il faudra aussi recenser non pas toutes les victimes, mais au moins toutes les morts et disparitions qui sont le fait direct des forces armées et de sécurité : les cas les plus connus comme ceux de Demtita, Bisso, Mbaïlao, Me Behidi, Goukouni Guet, Abbas Koty, Bichara Digui,Youssouf Togoïmi etc. mais aussi les moins connus. Il faudra établir les circonstances exactes de leur mort et les lieux de leur enterrement si possible, dédommager leurs familles à travers un Fonds spécial.
Il faudra arrêter l'aide aux insurgés du Darfour et leur implication directe dans les problèmes militaires internes du Tchad.

Là , en fait, je réfléchis à haute voix, et je serai sans doute plus précis si la question venait sur la tapis.

 

L.A. –  Je vous ai croisé à la manifestation du 7 février organisée par le comité de soutien à Ibni Oumar Mahamat Saleh. J’imagine que vous avez connu cet homme…

 

Acheikh Ibn-Oumar. – Dire que j'ai connu Ibni, ne serait pas suffisant pour exprimer l'ancienneté, la profondeur et l'intensité des liens qui nous liaient depuis notre jeunesse. J'espère pouvoir livrer un témoignage détaillé sur notre histoire commune à une prochaine occasion. Nous avons eu le même parcours, nous nous étions abreuvés aux mêmes sources intellectuelles. Nous avons milité ensemble dans le mouvement étudiant, et nous avions créé ensemble les cellules clandestines du Frolinat au sein de la jeunesse universitaire. Les survivants de notre groupe qui me liront comprendront à quoi je fais allusion.

Et il y a une anecdote historique qui est à la base de la ressemblance de nos prénoms.

J'avais été intimement associé à la réflexion qui avait abouti à la création du PLD et je peux dire que sans en être un membre déclaré j'avais apporté une certaine contribution au PLD dans sa phase initiale.

Sur le plan politique, nous avons eu quelques divergences d'appréciations sur la question de la lutte armée et sur la question de l'articulation dialectique entre la nécessité du projet national et la réalité de la mobilisation communautaire.

J'ai profité d'un passage à Paris pour participer à la manifestation du 07, car je n'étais jamais sur place lors des manifestations organisées précédemment.

C'est bien d'organiser des marches de protestation ou de commémoration mais cela ne suffit pas.

Il faut que la mobilisation soit plus large, plus multiforme, et plus permanente. L'enlèvement de IBNI, son assassinat probable, c'est l'équivalent de l'affaire Ben Barka ou l'affaire Ingrid Bettancourt. En dehors de ses qualités intrinsèques, n'oublions pas qu'Ibni était le coordinateur de la CPDC, c'est-à-dire le coordinateur de l'opposition.

Le régime se trompe lourdement, s'il mise sur l'oubli avec l'usure du temps selon sa technique macabre de faire oublier le crime d'aujourd'hui en commettant un autre crime plus grand demain. Si nous baissons les bras, demain ce sera un autre dirigeant de parti ou de la Société civile que nous allons pleurer, dans des conditions encore plus traumatisantes.

 

L.A. – Pour quelles raisons croyez-vous que le régime d’Idriss Déby aurait voulu la disparition ou la mort de cet homme qui avait pourtant répété à plusieurs reprises qu’il refusait la prise du pouvoir par les armes ainsi que sa confiscation par les armes ?

 

Acheikh Ibn-Oumar. – D'abord, il faut bien avoir en tête que ce n'est pas le général Déby tout seul qui l'a fait disparaître mais le président Sarkozy est en partie responsable. Par conséquent, la pression doit s'exercer en direction de celui-ci et celui-là. Quant aux raisons de cet acte ignominieux, elles sont au moins trois:

 

- Première raison: L'accord du 13 août 2007.

En signant cet accord, l'opposition intérieure, sans le savoir, avait signé l'acte de condamnation de Ibni. Comme l'Union Européenne était partie prenante de accord qui laissait entrevoir de sérieuses possibilité d'élections non entièrement manipulées, c'est-à-dire qui seraient perdues par le MPS, le régime s'est trouvé acculé; et la seule issue c'était de démanteler la CPDC et d'intégrer les partis qui la compose dans le gouvernement pour les amadouer, et se donner ainsi la possibilité de vider progressivement cet accord de son contenu.

Cette manœuvre ne pouvant pas aboutir tant que Ibni était présent sur la scène; il fallait l'écarter d'une façon ou d'une autre dans la mesure où on ne pouvait pas l'acheter.

 

- Deuxième raison: bloquer la possibilité d'une conférence globale de réconciliation.

Comme des voix commencent à se lever au sein des partis légalisés et de la Société civile appelant à un dialogue inclusif avec les politico-militaires, il fallait répandre des rumeurs insidieuses comme quoi Ibni étaient en complicité avec l'opposition armée; comme çà, toute personne qui prend contact avec les politico-militaires ou réclame une conférence globale courrait le risque de subir à son tour l'accusation de complicité avec la rébellion et pourrait de subir le même sort. C'est ce que les Chinois appellent «égorger le chat pour effrayer le singe».

 

- Troisième raison: Ibni était très estimé par les millions de Tchadiens et des milliers d'Africains et d'Européens, pour son intégrité, sa droiture et sa hauteur de vue. Il fallait donc blesser tous ces gens au plus profond d'eux-mêmes, et, en même temps, décomplexer la bande des griots et courtisans en leur assurant que l'honnêteté est un choix perdant et que  seule la bassesse paie.

Acheikh Ibn-Oumar : « beaucoup pensent que Timane Erdimi est très impopulaire dans les forces armées, ce qui est faux !».

 

Acheikh Ibn-Oumar  à cœur ouvert

Entretien avec Acheikh Ibn-Oumar

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Ancien Secrétaire général du CDR